La musique aiderait les patients à réduire leurs traitements médicamenteux. © pavelkubarkov, Fotolia

Santé

Alzheimer : de la musique pour les malades

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Et si une playlist avec ses morceaux de musique préférés pouvait aider des patients souffrant d'Alzheimer à aller mieux ? C'est ce que propose Music & Memory (M&M), un programme de musicothérapie qui a permis de réduire la prise de médicaments et améliorer des symptômes. Une initiative qui mérite d'être mise en avant à l'occasion de la journée mondiale d'Alzheimer.

  • Le 21 septembre est la journée mondiale de lutte contre la maladie d'Alzheimer.
  • Une étude récente a montré qu'un programme de musicothérapie limitait la prise d'antipsychotiques chez les patients.
  • Cette thérapie a été popularisée grâce à un documentaire, Alive Inside.

En France, d'après l'association France Alzheimer, environ 850.000 personnes souffrent de la maladie d’Alzheimer et 225.000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Les patients sont souvent traités avec des médicaments comme des antipsychotiques. Mais ces traitements présentent aussi des risques. D'où l'intérêt de développer des médecines complémentaires, avec moins d'effets secondaires.

La musicothérapie consiste à utiliser la musique pour soulager des symptômes. Elle a un potentiel intéressant pour réduire l'agitation, l'agressivité, l'anxiété, améliorer l'humeur ou agir sur le comportement. En 2014, un documentaire, Alive Inside, a révélé au grand public les résultats obtenus avec un programme de musicothérapie (M&M) chez des résidents de maison de retraite souffrant de démence. Le documentaire montre les patients qui chantent, dansent, esquissent des des mouvements, interagissent avec d'autres personnes, tout en écoutant leur musique favorite.

Le film Alive Inside a popularisé la méthode M&M aux États-Unis. En voici la bande-annonce. Une traduction très approximative peut être obtenue en cliquant sur le bouton activant les sous-titres (en bas de la fenêtre) et en choisissant le français dans le menu des paramètres. © YouTube

Moins de médicaments en écoutant ses morceaux préférés

Le programme M&M a été rendu populaire aux États-Unis grâce à ce documentaire. Le principe consiste tout simplement à fournir aux résidents un appareil pour écouter de la musique ; le personnel de la maison de retraite doit l'aider à personnaliser sa playlist en fonction de ses préférences et de son histoire personnelle. Mais cette thérapie est-elle vraiment efficace ?

Pour savoir si le programme M&M améliorait les symptômes, des chercheurs de la Brown University School of Public Health ont comparé six mois de résultats chez des patients souffrant de maladie d'Alzheimer ou d'une démence associée. L'étude incluait 12.905 résidents de 98 maisons de retraite qui participaient au programme M&M et 12.811 résidents de 98 autres structures qui ne participaient pas au programme.

En six mois, la proportion de résidents qui a arrêté son traitement antipsychotique est passée de 17,6 % à 20,1 % dans les maisons de retraite qui utilisaient le programme M&M, tandis qu'elle est restée stable dans les autres établissements (entre 15 et 16 %). Pour les anxiolytiques, la même tendance était observée : l'arrêt du traitement passait de 23,5 % à 24,4 % alors qu'il diminuait chez les établissements témoins, passant de 24,8 % à 20 %. Il y avait aussi moins de problèmes de comportement chez les patients qui suivaient le programme M&M. Mais il n'y avait pas d'effet observé sur l'humeur ou la dépression.

Cette thérapie pourrait donc éviter les effets secondaires des médicaments antipsychotiques et anxiolytiques pour traiter la démence, sans présenter de risque. Le programme M&M propose une solution à faible coût : il suffit d'un lecteur MP3 et d'acheter des morceaux de musique. Le personnel doit aussi être formé pour aider les résidents à choisir les morceaux de musique les plus adaptés à chacun.

Ces résultats paraissent dans la revue American Journal of Geriatric Psychiatry.

Pour en savoir plus

10ème journée mondiale sur la maladie d'Alzheimer

Article de Bernard Poch, Service de Psychogériatrie CH de Dax, Landes, paru le 21 septembre 2003

Aujourd'hui en France, plus de 700.000 personnes sont atteintes de la maladie d'Alzheimer ou de pathologies apparentées. Il y a 130.000 nouveaux cas par an et plus de 40 % de malades de plus de 75 ans depuis 10 ans (source Paquid, enquête épidémiologique Inserm Bordeaux).

La maladie d'Alzheimer est devenue avec l'explosion démographique un problème majeur de santé publique. Cette pathologie se caractérise par un affaiblissement lent et insidieux du fonctionnement psychique et intellectuel avec un retentissement sur la vie quotidienne et une perte progressive d'autonomie. L'évolution est longue, sur une dizaine d'années. L'aggravation vers la démence se fait avec la perte des facultés de jugement et de raisonnement logique. En aucun cas il ne faut assimiler cette évolution à un processus normal du vieillissement. Le processus Alzheimer est toujours pathologique, lié à une altération dégénérative cérébrale et avec un volet psycho-dynamique marqué par une catastrophique défaillance rationnelle.

La maladie d'Alzheimer reste sous-diagnostiquée, avec moins d'un malade sur deux repéré ; et pourtant, des soins spécialisés sont utiles et nécessaires pour améliorer les capacités attentionnelles et bien utiliser les capacités cognitives restantes. L'aide médicamenteuse permet parfois de ralentir ou de stabiliser un temps l'évolution clinique. Elle devrait s'accompagner d'une filière de soins spécifiques que nous n'avons pas su anticiper.

Les familles sont confrontées à une souffrance sous-estimée et ont besoin d'une aide et de soutien encore peu organisé. La canicule de cet été [2003, NDLR] a montré les défaillances de la prise en compte de cette véritable « épidémie ».

La recherche d'un vaccin thérapeutique contre la protéine bêta-amyloïde responsable des plaques séniles cérébrales de l'Alzheimer ne devrait pas nous dispenser d'une meilleure organisation de la prise en soin de ces malades.

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Un implant révolutionnaire pour éviter la maladie d’Alzheimer  La maladie d’Alzheimer attaque progressivement les neurones, provoquant tout d’abord des troubles de la mémoire jusqu’à la perte des fonctions autonomes puis la mort. Des chercheurs de l’EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne), en Suisse, ont développé une capsule qui pourrait protéger les neurones et enrayer la maladie. Voici son fonctionnement présenté en vidéo.