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Science décalée : la poésie, une douce musique pour le cerveau

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La poésie, s'apparente-t-elle à la prose ou à la musique ? Pour le cerveau, il s'agit plus ou moins du mélange des deux ! C'est ce que montre une étude de chercheurs britanniques.

La lecture d'une poésie active les mêmes zones du cerveau que celles qui nous donnent la chair de poule à l'écoute de la musique. © photic.org.ua, cc by nc nd 3.0

« La poésie est cette musique que tout Homme porte en soi. » William Shakespeare aurait-il compris le pouvoir des mots sur le cerveau 400 ans avant les scientifiques ? Car des chercheurs, eux aussi Britanniques, viennent de confirmer l'intuition du génial écrivain dans une étude encore très préliminaire publiée dans le méconnu Journal of Consciousness Studies. Pour les poètes, la rime possède la même puissance émotive qu'une note de violon.

Le contexte : de l’art ou de l’émotion

La science et l'art sont-ils vraiment incompatibles ? Si la première tend à objectiver le savoir et à lui faire perdre toute connotation sensorielle, le second privilégie la subjectivité pour amener le spectateur à une certaine forme de vérité, celle des émotions. Bien qu'étant deux disciplines diamétralement opposées, certains brillaient dans les deux domaines : Léonard de Vinci en est sûrement le meilleur exemple.

Si certains artistes ne sont pas gênés pour exprimer leur vision de la science, l'inverse devient de plus en plus vrai. Un autre Britannique, Charles Darwin, s'étonnait déjà de l'impact de la musique sur ses émotions dans la seconde moitié du XIXe siècle. Plus tard, d'autres ont même voulu modéliser ses effets dans le cerveau grâce à des techniques d'imagerie modernes. Et y sont parvenus.

Désormais, une équipe de chercheurs de l'université d’Exeter s'est risquée, pour la première fois, à comparer l'impact de la prose et de la poésie sur notre cerveau. Et il s'avère que les vers et leurs rimes se rapprochent de la musique !

Faudra-t-il écrire la poésie sur des partitions, comme pour la musique, puisque les deux activent les mêmes zones du cerveau ? © Brandon Giesbrecht, Flickr, cc by sa 2.0

L’étude : la poésie au plus profond de nous

Adam Zeman, principal auteur de l'étude, a recruté chez ses collègues 13 volontaires pour lire différents textes : une notice de montage d'un système de chauffage, des passages de romans, des sonnets plus ou moins complexes à comprendre, jusqu'à leur poésie préférée. Les exercices étaient effectués sous un système d'IRM fonctionnelle, de manière à observer les zones cérébrales qui s'activaient durant l'acte.

Sans aucune surprise, à la lecture de la prose comme des vers, la région chargée de la lecture s'illumine. Mais dans le cas de la poésie, d'autres zones, plus impliquées dans le système des émotions, se réveillent également, comme avec de la musique. Majoritairement retrouvées dans l'hémisphère droit, elles sont associées à la sensation de chair de poule qui nous traverse à l'écoute d'une chanson qui nous touche...

Au moment de lire leur sonnet préféré, les cerveaux des participants délaissaient davantage la région de la lecture pour solliciter principalement les aires de la mémoire, preuve qu'il s'agit davantage de récitation. Enfin, si la prose peut également nous émouvoir, la poésie appuie surtout sur des zones cérébrales telles que le cortex cingulaire postérieur ou les lobes médiaux temporaux, associés à l'introspection, et donc au soi. On ne peut que se sentir directement concerné.

L’œil extérieur : de la mise en musique des mots

Finalement, cette recherche révèle pour la première fois que la musicalité des mots existe bel et bien. Peut-être même a-t-elle constitué la base de la musique, qui repose également sur un rythme précis et millimétré.