Un mystérieux syndrome affecte la vision des astronautes : lors de séjours prolongés dans l’espace, leur vue, pourtant excellente au départ, se détériore. Ce syndrome, dont le lien avec la pression intracrânienne reste à prouver, pourrait poser problème pour envoyer des Hommes sur Mars.

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    Les séjours dans l'espace sont connus pour avoir des effets sur le corps des astronautesastronautes : ils grandissent, leurs muscles fondent, mais il y a aussi un effet secondaire bien gênant, à savoir une détérioration de leur vue.

    Par exemple, la vue de l'astronaute John L. Phillips, qui a travaillé à bord de la Station spatiale internationaleStation spatiale internationale (ISS) en 2005, est passée de 20/20 à 20/100 en six mois. En revenant sur Terre, il a subi des IRM, des scanners de la rétine, des tests neurologiques et une ponction lombaire. Résultats : sa vision, mais aussi ses yeux, avaient changé. L'arrière de ces organes était devenu plus plat, ce qui a repoussé la rétine vers l'avant. Il avait aussi des plis sur la choroïde et une inflammationinflammation des nerfsnerfs optiques. Six mois après son retour sur Terre, sa vision s'est un peu améliorée, puisqu'elle est passée de 20/100 à 20/50, niveau auquel elle s'est stabilisée pendant les onze années suivantes.

    L'histoire de John Phillips ne serait pas isolée. Des cas similaires ont été décrits chez d'autres astronautes. Ce serait même un problème fréquent chez ceux qui ont effectué de longues missions dans l'espace. Mais comment l'expliquer ? L'hypothèse souvent avancée est celle d'une modification de la pression intracrânienne. En effet, sur Terre, la gravitégravité pousse les fluides corporels vers le bas mais dans l'espace l'excès de fluides dans le crânecrâne pourrait augmenter la pressionpression dans le cerveau et à l'arrière des yeux.

    Cette théorie de l'accumulation de fluides dans le crâne n'a jamais vraiment été testée dans l'espace. Les méthodes de mesure de la pression intracrânienne sont invasives, ce qui est assez contraignant, comme l'explique au Washington Post J. D. Polk, un chirurgien de la Nasa : « Il y a le risque d'infection et, pour être franc, rien que le fait de réaliser la procédure dans l'espace est difficile ».

    Dans le fond de l'œil, un médecin peut observer, entre autres, le disque optique (point où partent les vaisseaux et le nerf optique). © <em>Left-Handed Photography</em>, Shutterstock

    Dans le fond de l'œil, un médecin peut observer, entre autres, le disque optique (point où partent les vaisseaux et le nerf optique). © Left-Handed Photography, Shutterstock

    L’hypothèse de la pression intracrânienne doit être testée dans l’espace

    Pourtant, pour Michael Barratt, astronaute et spécialiste de la médecine de l'espace, il faudra passer par la mesure de la pression intracrânienne dans l'espace, même si la technique est invasive. Une possibilité consisterait à placer une sonde crânienne chirurgicalement des mois avant le vol spatial afin de mesurer la pression. Alors qu'il était en mission pendant six mois dans l'espace en 2009, Michael Barratt s'est aperçu que sa vue se détériorait. Avec un collègue de l'équipage, Robert Thirsk, ils ont décidé de mieux étudier ce problème. Les deux hommes ont enchaîné les examens ophtalmologiques. Ils avaient tous deux des signes de gonflement du nerf optique, un aplatissementaplatissement de la forme de l'œilœil et un œdèmeœdème du disque optiquedisque optique.

    Sur Terre, le syndromesyndrome le plus proche de ce syndrome est l'hypertensionhypertension intracrânienne idiopathique. Les patients qui en souffrent ont des pressions augmentées dans le crâne et présentent des problèmes de vision proches de ceux des astronautes.

    Cependant, une étude parue en avril 2015 a mis en doute l'hypothèse de la pression intracrânienne. Lors d'un vol parabolique qui a atteint la gravité zéro pendant 25 secondes, des chercheurs l'ont testé chez quatre hommes qui portaient un casque avec des implantsimplants. Au cours du vol, les résultats ont montré un pic dans la pression intracrânienne, mais, au moment de la gravité zéro, elle a diminué : c'était l'inverse de ce qui était attendu !

    Aussi, avant d'envoyer des Hommes sur Mars (dans les années 2030), il faudra résoudre ce problème car le voyage durera six à neuf mois. Ce soucisouci de vision n'est peut-être qu'un des risques que la microgravité fait courir à la santé, comme l'explique Michael Barratt : « Nous en voyons les manifestations ophtalmiques, visuelles et neuronales. Je suis assez certain que c'est un peu plus global que cela ».