La technique consiste à transplanter le pronucleus de l’œuf (le matériel génétique du noyau obtenu juste après la fécondation) dans un autre œuf, dont les mitochondries sont saines. © nevodka, Shutterstock

Santé

Bébé à trois parents : la technique n'est pas sûre à 100 %

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Il y a un an, les députés britanniques s'étaient prononcés en faveur des « bébés à trois parents » lorsqu'il s'agit d'éviter une maladie mitochondriale. Mais des résultats récents montrent que la technique de fécondation in vitro, qui utilise une donneuse de mitochondries en plus des deux autres parents biologiques, laisserait quand même, parfois, passer des mutations.

Les mitochondries, les organites qui fournissent de l'énergie à la cellule, contiennent aussi un ADN, différent de celui du noyau et qui n'est hérité que de la mère. Cet ADN mitochondrial peut porter des mutations associées à différentes maladies, dont des myopathies. Pour éviter la transmission de maladies mitochondriales, des chercheurs de l'université de Newcastle ont développé une technique : elle consiste à transplanter l'ADN nucléaire d'un œuf fertilisé dans une cellule contenant des mitochondries saines provenant d'une donneuse.

Cette méthode est controversée car elle donnerait des bébés portant de l'ADN de trois parents : deux mamans, dont l'une donne ses mitochondries, et un papa. En 2015, le parlement britannique a voté en faveur de cette procédure. Mais l'autorité régulatrice en la matière (Human Fertilisation and Embryology Authority) a réclamé davantage de preuves sur la sécurité et l'efficacité de la technique avant d'autoriser le traitement.

C'est pourquoi les chercheurs décrivent dans un article paru dans Nature de nouveaux résultats sur leur technique. Leur objectif est d'arriver à un embryon sans maladie mitochondriale grâce au transfert pronucléaire. Dans l'article, ils décrivent une amélioration de la technique : le pronucleus doit être transféré rapidement après la méiose, le premier jour de la fécondation, plutôt qu'après la première mitose.

Les scientifiques annoncent aussi qu'ils ont réussi à mettre en œuvre leur technique sur des embryons humains qui semblaient bien se développer. Mais ils ont aussi trouvé que la technique laisse passer des mutations : jusqu'à 4 % de l'ADN muté était transféré aux embryons.

Si cette technique est autorisée, les parents devront être conscients qu’il y aura toujours un risque de transmettre une maladie mitochondriale. © Photographee.eu, Shutterstock

Le risque de maladie mitochondriale est réduit mais pas nul

Plus précisément, les embryons n'ont été maintenus vivants que six jours, mais des cellules ont été prélevées et mises en culture plus longtemps. Il est apparu que dans un cas l'ADN muté qui avait été transmis augmentait au fil du temps jusqu'à atteindre des niveaux correspondant à la maladie. Par conséquent, il n'est pas possible de garantir que la maladie sera empêchée.

Pour Mary Herbert, auteur de ces travaux, il faut encore travailler pour se rapprocher du risque zéro. L'autorité sanitaire britannique devra donc, en fonction de ces nouveaux résultats, décider si elle autorise ou non la procédure. Si la réponse est oui, les premiers bébés à trois parents pourraient naître l'année prochaine.

D'après les scientifiques, s'ils arrivent à améliorer la technique, cela apporterait un espoir à environ 150 femmes par an qui craignent de transmettre des maladies mitochondriales à leurs enfants. Malgré les problèmes rencontrés, l'équipe se réjouit qu'aucun embryon n'avait de signe d'anomalie chromosomique qui aurait pu causer une fausse couche ou d'autres problèmes. Pour Doug Turnbull qui a participé à ces travaux, « les embryons créés par cette technique ont toutes les caractéristiques qui conduisent à la grossesse ». Il rappelle également que tout traitement médical n'est pas totalement sûr et qu'il faut donc rester prudent.

En définitive, la technique peut réduire le risque de transmission de maladie mitochondriale sans l'empêcher complètement.

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