Santé

Les travailleurs du bitume seront mieux protégés

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Epandre du goudron sur la route peut-il provoquer un cancer ? Médicalement, la question n'est pas complètement résolue. Mais une décision juridique crée un précédent sans doute lourd de conséquences pour l'industrie des travaux routiers, en reconnaissant la responsabilité de l'employeur dans la survenue d'un cancer chez l'un de ses ouvriers.

L'épandage du bitume provoque-t-il d'autres victimes de la route ? © Dinostock / Fotolia

Le Tribunal des Affaires de Sécurité sociale (TASS) de Bourg-en-Bresse dans l'Ain, a reconnu la société Eurovia coupable de « faute inexcusable ». La filiale du groupe Vinci était en effet poursuivie par la famille d'un ouvrier décédé en 2008 d'un cancer de la peau, aux yeux de qui son activité - l'épandage de goudron sur des chantiers routiers - avait entraîné son cancer. De son côté, la CGT a saisi l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) « dans le but de réaliser une évaluation des risques pour la santé des travailleurs liés à l'usage des bitumes ».

Dans un communiqué diffusé le 10 mai, l'agence soulignait la « portée générale » de l'étude à venir, pour laquelle « un recensement complet des données scientifiques existantes doit être réalisé ». Une « expertise collective (transdisciplinaire) transparente et indépendante » doit permettre à l'Afsset de conduire une série d'auditions au cours desquelles la composition des bitumes et l'identification des composants des fumées seront également pris en considération.

Des précautions à prendre

Composés d'un mélange d'hydrocarbures, les bitumes sont largement employés par l'industrie des travaux routiers, qui emploie 75.000 salariés en France. Parmi eux, au moins 4.200 sont directement exposés aux fumées de bitume. Or, celles-ci « contiennent des substances toxiques, en particulier des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dont certains sont cancérogènes », précise l'Institut national de Recherche et de Sécurité (INRS). Les extraits de bitume sont même reconnus par l'Union européenne comme des produits cancérogènes de catégorie 2.

En attendant la mise au point de produits de substitution et pour réduire - au mieux - le contact des bitumes avec la peau et l'inhalation de leurs émanations, l'INRS recommande :

  • « Le port de vêtements de protection (combinaisons, gants, et dans certains cas masque et lunettes) » ;
  • « L'application de mesures d'hygiène élémentaires : disposer de vêtements propres, se laver les mains régulièrement, prendre une douche immédiatement après le travail ».

Certes, des évolutions techniques ont permis de réduire l'exposition directe des salariés à ces substances. Par exemple, « les opérateurs affectés aux travaux de dépose des enduits superficiels télécommandent désormais les différentes tâches à partir de la cabine », indique l'INRS. Mais l'information des travailleurs doit être complète - c'est là une responsabilité des employeurs - et l'observance des mesures de sécurité doit être sans faille. Sur ce dernier point, sans doute les employeurs ont-ils aussi une obligation de résultat...