Suite à la tempête Harvey, la région de Houston (Texas) subit d’importantes inondations. Quels sont les risques pour la santé des habitants ? © trongnguyen, Fotolia

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Tempête Harvey : quels risques pour la santé des habitants ?

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Après les inondations en Inde, au Népal et au Bangladesh il y a deux semaines, c'est la région de la ville de Houston (Texas, États-Unis) qui est durement touchée à cause de la tempête Harvey. Quels sont les risques sanitaires pour les populations pendant et après de telles inondations ?

  • Les inondations engendrent un risque d'infections à cause du déversement
  • d'eaux usées contaminées.
  • Les moisissures peuvent persister dans les logements pendant des années.
  • La population peut aussi souffrir de traumatismes après de telles catastrophes naturelles.

Au-delà du danger immédiat pour les personnes piégées, les inondations causées par la tempête Harvey engendrent une pollution par des eaux usées qui fait peser un risque sanitaire important sur les populations touchées, parfois des années durant. Si les efforts actuels se concentrent sur l'évacuation pour éviter noyades, électrocutions ou hypothermies, le tableau à long terme pourrait être plus tragique encore, en raison des énormes quantités d'eaux polluées qui ont envahi rues, maisons ou entreprises de quartiers entiers, soulignent les experts.

Le risque principal, c'est le déversement d'eaux usées et les infections bactériennes.

Quand une zone aussi peuplée que Houston, quatrième ville des États-Unis avec 2,3 millions d'habitants, est inondée, la saleté fait partie du danger, expliquent-ils.

« Il y a des eaux usées, toutes sortes de pesticides, de déchets, d'herbicides, des toxines dont nous ignorons la nature, et tout cela va se mélanger », explique Ranit Mishori, médecin généraliste et professeur à la faculté de médecine de Georgetown University.

« Des centaines de types de bactéries et de virus différents peuvent venir contaminer les eaux », a-t-elle ajouté. Les gens peuvent tomber malades rien qu'en marchant dans les zones inondées s'ils ont une blessure ou une égratignure. « Le risque principal, c'est le déversement d'eaux usées et les infections bactériennes », souligne Howard Selinger, professeur de médecine générale à la faculté de médecine de Quinnipiac University.

Des risques d'infections avec le choléra et la leptospirose

Les eaux souillées peuvent aussi infiltrer le système d'approvisionnement en eau potable, augmentant le risque de contamination et de choléra. Si les pays industrialisés comme les États-Unis ont été relativement épargnés par la maladie, celle-ci progresse depuis dix ans, selon les Centres américains de contrôle des maladies (Centers for Disease Control).

« La propagation du choléra est un des principaux dangers après toute catastrophe naturelle, mais plus encore après un ouragan », selon Robert Glatter, médecin urgentiste au Lenox Hill Hospital de New York.

« Le choléra est très contagieux, et peut se transmettre d'une personne à une autre via des matières fécales infectées, après ingestion d'eaux souillées ou de nourriture contaminée par les bactéries Vibrio cholerae », dit-il.

Il existe un risque infectieux en marchant dans de l’eau souillée. © Rico Löb, Fotolia

Des études menées après plusieurs inondations à travers le monde ont également montré des pointes de leptospirose, une maladie causée par l'urine des rongeurs, des cochons ou des chevaux, qui peut être mortelle. La bactérie pénètre le corps via la peau, les muqueuses, ou en buvant de l'eau. Les symptômes peuvent apparaître au bout de deux jours ou quatre semaines et ressembler initialement à une grippe, avec fièvre, frissons, vomissements. Certaines personnes voient ensuite leur état s'aggraver, sont atteintes au foie ou aux reins et contractent une méningite.

« Les personnes âgées et les enfants sont les plus vulnérables, ce sont les premières victimes », souligne le docteur Mishori. Des maladies peuvent aussi être contractées en se lavant dans des eaux contaminées. « Après une inondation, il est essentiel de faire bouillir toutes les eaux destinées à la toilette, pour se brosser les dents, ou pour boire. L'eau en bouteille est la plus sûre dans ce genre de situation », selon le docteur Glatter.

Traumatismes, moustiques et moisissures à long terme

À ces maladies, s'ajoute le traumatisme potentiel après une évacuation forcée, un séjour dans des hébergements précaires et la perte de tous ses biens, traumatisme qui peut durer des années après la catastrophe. Les hôpitaux sont souvent vite envahis, rendant l'accès à des soins ou des médicaments essentiels difficile.

Dans les semaines et les mois à venir, les bâtiments détrempés développeront aussi des moisissures, qui peuvent être toxiques et causer toutes sortes de problèmes de santé. « L'une des conséquences de Katrina[l'ouragan qui a dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005, NDLR] a été les moisissures qui sont restées très, très longtemps dans les écoles et d'autres bâtiments », selon le docteur Mishori.

Des maladies virales comme le Zika ou le Nil occidental pourraient aussi se propager dans les semaines qui viennent, avec la recrudescence de moustiques attirés par toutes ces eaux pour se reproduire.

De nombreuses études sur les effets sanitaires à long terme de ce genre de catastrophes ont montré que la bataille ne fait que commencer lorsque les eaux commencent à se retirer. « La plupart ont montré qu'un an après, dans les villes touchées, les taux de mortalité sont bien plus élevés, tout comme les attaques cardiaques et cérébrales », a indiqué le docteur Mishori.

L’ouragan Matthew analysé en 3D par un satellite de la Nasa  Conçu pour étudier les précipitations en 3D, le satellite américano-japonais GPM (Global Precipitation Measurement Core Observatory) est passé au-dessus de l’ouragan Matthew entre le 6 et le 9 octobre 2016. La couleur verte indique les pluies les plus faibles et le rouge situe les plus fortes. Le bleu correspond aux précipitations solides (neige, glace...). Les précipitations les plus fortes sont au centre, ce qui indique la grande quantité d’énergie mise en jeu. Le sommet des nuages atteint près de 13 km d’altitude (8 miles). GPM a pu suivre le cheminement de Matthew et a observé son passage de catégorie 1 à 5 en 24 heures, avant l’arrivée sur Haïti. La couleur violette indique alors des pluies très fortes. Ce satellite aide les scientifiques à mieux comprendre ces tempêtes tropicales.