Des souris ont pu recouvrer la vue grâce à des neurones qui repoussent. Pourra-t-on faire la même chose chez l’Homme ? © Kuttelvaserova Stuchelova, Shutterstock

Santé

Des souris recouvrent la vue grâce à des neurones qui repoussent

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Par Marie-Céline Jacquier, Futura

Des souris ont pu recouvrer la vue. Pour réussir cette prouesse, les chercheurs ont reprogrammé des cellules nerveuses pour qu'elles reprennent leur croissance et, en même temps, stimulé la vision des souris. Un espoir pour traiter des maladies telles que le glaucome, les lésions de la moelle épinière ou la maladie d'Alzheimer.

Différentes études ont suggéré qu'un axone, le prolongement du neurone qui transmet un signal, peut repousser. Alors pourquoi ne pas imaginer que des axones, en repoussant, restaurent des fonctions considérées comme perdues ? Dans une étude parue dans la revue Nature Neuroscience, des chercheurs de Stanford montrent pour la première fois chez la souris que des axones peuvent repousser et restaurer la vision.

Pour arriver à ce résultat, les scientifiques ont employé une approche en deux étapes. Le premier défi était de faire repousser les cellules nerveuses. En effet, en général, une fois que celles-ci arrivent à maturité, elles basculent dans un état dans lequel elles ne se développent plus. Pour « faire revenir les cellules en arrière », les chercheurs ont utilisé une technique de manipulation génétique. C'est la voie de mTOR (mammalian target of rapamycin) qui aide à stimuler la croissance qui a été utilisée. Les chercheurs ont inversé la croissance cellulaire avec une thérapie génique délivrée par un virus, mais d'après Zhigang He, un des auteurs de l'article, il y aurait d'autres moyens plus simples pour faire la même chose chez l'Homme.

L'autre étape consistait à faire travailler l'œil endommagé en montrant à la souris des rayures contrastées en mouvement. Les chercheurs ont couvert le bon œil de la souris pour la forcer à regarder les rayures uniquement avec l'œil endommagé.

En combinant ces approches, les chercheurs ont observé un effet synergique. Les axones des cellules ganglionnaires de la rétine se régénéraient sur de longues distances, comme l'explique Andrew Huberman, le neurobiologiste de Stanford qui a mené ce travail : « Les neurones ont poussé sur d'énormes distances, 500 fois plus longues, et plus rapidement que ce qu'ils auraient fait normalement ».

Les axones ont pu repousser grâce à l’approche utilisée par les chercheurs. © ktsdesign, Shutterstock

Les axones des neurones repoussent dans la bonne direction

La croissance des axones ne se faisait pas n'importe comment puisque l'axone était régénéré dans la bonne direction : « Ils peuvent essentiellement retrouver leur chemin et se souvenir de leur histoire du développement ». Les neurones retournaient vers leurs bonnes cibles visuelles et formaient les connexions nécessaires à la restauration des fonctions visuelles. 

Pour Andrew Huberman, l'étude montre aussi qu'il n'est pas forcément nécessaire de régénérer chaque neurone pour obtenir une récupération significative de la fonction visuelle. En effet, même si moins de 5 % des cellules du ganglion rétinien endommagées repoussaient, cela suffisait pour faire une différence sur la vue des souris.

L'activation de mTOR et des cellules nerveuses peut donc servir à régénérer des axones. Ceci montre la capacité des neurones du système nerveux à restaurer des connexions chez l'adulte. Mais qui pourrait bénéficier d'un tel traitement ? Andrew Huberman espère que ce travail sera utile pour aider des personnes qui ont un glaucome à éviter la dégénérescence qui conduit à la cécité. Toutefois, l'approche n'est pas prête d'être utilisée chez l'Homme, d'autant plus que les cellules humaines ont besoin de grandir bien plus que celles de la souris.

Ce travail suggère également que d'autres cellules du cerveau pourraient un jour être réparées, pour restaurer le mouvement après une lésion de la moelle épinière ou la mémoire chez des malades d'Alzheimer.

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