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Les secrets du Dichroa febrifuga, plante médicinale chinoise

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Un hortensia, le Dichroa febrifuga, utilisé dans la médecine traditionnelle chinoise, vient de livrer certains de ses secrets. Dans sa racine, une molécule nommée halofuginone donne l'illusion aux cellules d'être privées de nourriture, enclenchant ainsi une réponse métabolique qui pourrait combattre les maladies auto-immunes.

Si la racine du Dichro febrifuga a été utilisée contre le paludisme dans la médecine traditionnelle chinoise et que l'halofuginone qu'elle contient soigne des maladies auto-immunes, ses feuilles servent également à traiter le cancer de l'estomac et son écorce pourrait guérir des fièvres. © Keith Edkins, Wikipédia, cc by sa 3.0

Dans l'herbologie chinoise, il existe 50 plantes médicinales fondamentales parmi lesquelles le Dichroa febrifuga, un hortensia rencontré fréquemment du Népal à la Chine. Sa racine était employée depuis plus de 2.000 ans pour soigner le paludisme. Ces dernières années, on a eu l'idée d'utiliser l'halofuginone, une molécule dérivée de la fébrifugine retrouvée dans la racine, comme principe actif contre diverses maladies auto-immunes mais aussi contre le cancer.

Si le médicament faisait reculer la sclérose chez les souris en ciblant les lymphocytes Th17, en partie responsables des manifestations auto-immunes, le mode d'action restait encore méconnu. Depuis, des chercheurs de l'université d’Harvard ont percé quelques secrets supplémentaires de cette plante et les ont révélés dans la revue Nature Chemical Biology.

On savait que l'halofuginone activait ce que les scientifiques appellent l'amino acid response (AAR), une situation durant laquelle la cellule se trouve privée d'acides aminés, les briques composant les protéines, et délaisse la synthèse de toute protéine qui n'est pas indispensable. Une condition qui diminue les inflammations et abaisse l'immunité des lymphocytes Th17 par exemple.

La proline, ici représentée en 3D, est l'un des 20 acides aminés qu'utilise la vie terrestre comme briques des protéines. Ainsi, lorsque la prolyl-ARNt synthétase, l'enzyme qui l'intègre aux protéines en formation, est inhibée, c'est toute la synthèse protéique qui est affectée. © Benja bmm27, Wikipédia, DP

L’halofuginone empêche l’intégration de la proline

Cette AAR consiste en une succession de réactions chimiques qui s'enchaînent. Le point de départ : une enzyme, la prolyl-ARNt synthétase, chargée de placer dans les protéines en formation un acide aminé particulier, la proline. Lorsque cette molécule vient effectivement à manquer, un certain nombre de peptides ne peuvent se former. La cellule,  face à ce manque de nutriments, ralentit alors son métabolisme.

Les chercheurs ont découvert que l'halofuginone inhibe la prolyl-ARNt synthétase, donnant ainsi l'illusion à la cellule qu'elle ne dispose pas des ressources nécessaires pour tourner à plein régime, l'obligeant à entrer dans la voie AAR. Cela affecte donc les lymphocytes Th17 qui deviennent moins agressifs vis-à-vis des cellules de l'organisme.

À partir d'expériences complémentaires, les chercheurs sont parvenus à la conclusion que l'halofuginone agissait spécifiquement sur le métabolisme de la proline, et n'affectait en rien les 19 autres acides aminés que l'on retrouve dans l'organisme.

Voilà qui apporte de nouvelles questions auxquelles les scientifiques vont tenter de répondre. En quoi la privation en acides aminés affecte-t-elle les maladies ? Pourquoi la restriction en proline inhibe-t-elle la production de lymphocytes Th17 ? Cette découverte permet au moins d'appuyer l'idée que l'AAR ouvre des voies thérapeutiques nouvelles.