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Première greffe réussie de bronche artificielle

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La greffe d'une bronche artificielle a sauvé un patient, atteint d'une tumeur, de l'ablation totale de son poumon droit. Cette première mondiale est française, et redonne de l'espoir aux malades de ce cancer très meurtrier.

La première greffe de bronche artificielle a été un succès. © Best In Plastics, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

Après plusieurs « premières » réussies dans le domaine de la greffe (greffe de trachée, de larynx, d'artères biosynthétiques), c'est au tour de la première transplantation de bronche artificielle d'être sous le feu des médias. Un homme de 78 ans, atteint d'un cancer du poumon, a bénéficié de cette opération en octobre 2009 et serait aujourd'hui en bonne santé.

Le patient greffé était atteint d'une forme non métastasique de cancer du poumon, dont la tumeur maligne bronchopulmonaire était étendue au niveau des deux lobes supérieurs du poumon droit. Dans le cas du cancer du poumon (l'un des plus difficiles à traiter), l'ablation de la tumeur est souvent la seule solution thérapeutique efficace. Mais si les chirurgiens essaient au maximum de ne retirer que les tissus affectés, une pneumonectomie (ou ablation totale du poumon) s'avère parfois être la seule solution pour éliminer une tumeur trop centrée. Malheureusement, cet acte chirurgical est risqué pour le patient, puisque plus d'un quart des personnes opérées décèdent dans les trois mois qui suivent l'opération.

Ablation de deux lobes pulmonaires sur trois

Pour retirer les cellules cancéreuses chez ce patient, les chirurgiens n'avaient d'autre choix que d'effectuer une bilobectomie (ablation de deux lobes pulmonaires), et ne laisser en place que le troisième lobe pulmonaire sain. Mais cette intervention a également nécessité l'ablation d'une partie des tissus bronchiques, ne permettant plus la continuité du conduit respiratoire entre le lobe pulmonaire restant et les voies aériennes supérieures.

Le poumon droit (right lung) est constitué de trois lobes pulmonaires, alors que le poumon gauche (left lung) n'en possède que deux. © Gray's anatomy, domaine public

Pour essayer de conserver malgré tout ce dernier lobe pulmonaire non atteint par la maladie, les chirurgiens de l'hôpital Avicenne de Bobigny (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), dont le chirurgien thoracique et vasculaire Emmanuel Martinod, ont alors tenté une nouvelle méthode. Développée pendant dix ans et préalablement testée avec succès sur des animaux, la technique repose sur la greffe d'un tissu biologique provenant d'un donneur décédé.

Une aorte transformée en bronche

Il s'agit plus précisément d'un morceau d'artère au diamètre particulièrement large (l'aorte), obtenue auprès d'une banque de tissus où les organes biologiques sont préservés par cryoconservation, à l'image des banques de cellules souches ou germinales. Pour maintenir une certaine solidité afin d'éviter que la structure ne s'écrase sur elle-même et n'empêche la bonne circulation de l'air une fois greffée sur le patient, un stent métallique interne a été installé dans cette bronche artificielle. Vue l'origine du tissu biologique, le patient n'est pas contraint de suivre un traitement antirejet, contrindiqué chez les malades de cancer.

Malgré quelques difficultés postopératoires (arythmie supraventriculaire, œdème pulmonaire, affaissement des alvéoles pulmonaires du lobe droit et une colonisation bactérienne), l'intervention a mené à un résultat qui semble satisfaire les médecins. Plus d'un an après la greffe, toutes les analyses s'accordent à dire que le lobe pulmonaire survivant joue son rôle respiratoire. La bronche greffée elle-même ne montre aucun signe de complication suite à son séjour à très basses températures.

Ces résultats positifs, publiés dans la revue scientifique The Annals of Thoracic Surgery, donnent de l'espoir à tous les malades du cancer du poumon, mais doivent cependant être confirmés prochainement sur une vingtaine ou une trentaine de patients. Une conférence de presse est prévue cet après-midi à l'hôpital Avicenne à Bobigny, en présence des chirurgiens à l'origine de cette avancée médicale : Emmanuel Martinod, Dominique Valeyre (chef du pôle hémato-oncothorax) et Alain Carpentier (père du cœur artificiel).