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Des plantes chinoises pour rester zen après une chimiothérapie

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Si les chimiothérapies sauvent de nombreuses vies, leurs effets secondaires sont difficiles à supporter pour beaucoup des malades du cancer. L'efficacité curative de quatre plantes, issues de la médecine traditionnelle chinoise, sur les problèmes intestinaux a été prouvée par les sciences modernes et rendra probablement les traitements contre le cancer moins douloureux.

La pivoine de Chine, en plus d'être jolie, contient des molécules aux propriétés médicinales. © Wikimedia Commons

La pivoine de Chine, la réglisse chinoise, le jujube et la scutellaire chinoise : utilisés ensemble, ces quatre végétaux, originaires de Chine comme leurs noms l'indiquent, semblent apporter un soulagement aux souffrances des patients sous chimiothérapie. Le cocktail, nommé Huang Qin Tang, est utilisé en médecine traditionnelle chinoise depuis 1.800 ans pour traiter les problèmes gastro-intestinaux.

Le laboratoire pharmaceutique PhytoCeutica (une start-up dédiée au développement de médicaments à base de plantes médicinales chinoises) a eu l'idée de réutiliser ces quatre plantes en les associant dans une seule pilule, dénommée PHY906. Au cours d'essais cliniques de phase I et II, ce produit a montré des effets très positifs réduire les violentes diarrhées associées à la chimiothérapie. De plus, sur des souris possédant des tumeurs au côlon, l'administration de la pilule en plus de la chimiothérapie avait un double effet, en améliorant l'efficacité antitumorale et en diminuant la perte de poids des rongeurs.

Des chercheurs de la Yale University School of Medicine et de PhytoCeutica, tous deux basés à New Heaven, ont tenté de comprendre les mécanismes moléculaires responsables de tels bénéfices pour les patients. Les nouvelles données sur la pilule PHY906 publiées dans la revue Science Translational Medicine montrent comment agissent, sur des souris, les molécules du cocktail médicinal.

Les rongeurs ont d'abord été traités avec du irinotécan, une des molécules couramment utilisées en chimiothérapie. Ce médicament bloque une enzyme appelée topoisomérase, importante pour la réplication de l'ADN et donc la multiplication cellulaire des tumeurs... mais aussi des tissus sains du tube digestif, causant de sévères perturbations intestinales.

Les plantes disponibles dans les pharmacopées chinoises (ici à Hong-Kong) sont de plus en plus étudiées pour en identifier les molécules actives, qui finiront dans des pilules commercialisées dans des pharmacies occidentales. © mailer_diablo / Licence Creative Commons

Quatre plantes pour une multitude de molécules

Une seule dose de PHY906 a été suffisante pour améliorer la situation des souris. L'analyse des épithéliums digestifs a permis de montrer un nombre plus important de cellules vivantes et en division cellulaire chez les rongeurs traités par les plantes médicinales que chez les souris non traitées. L'analyse de l'expression des gènes explique ce résultat : la pilule PHY906 entraînerait la surexpression des gènes de la voie de signalisation Wnt, garante de la multiplication des cellules digestives.

Mais l'action de PHY906 ne s'arrête pas là. Les molécules contenues dans ce mélange de plantes médicinales aideraient aussi à réduire la réaction inflammatoire provoquée par l'irinotécan. Les intestins des souris traitées présentent moins de cellules immunitaires associées à l'inflammation (des macrophages) et les trois gènes analysés, marqueurs de l'inflammation (Cox2NF-κB et iNOS), sont également sous-exprimés.

Tous les mécanismes d'action de PHY906 ne sont peut-être pas encore élucidés car la pilule contient un nombre important de molécules variées encore non identifiées. Le fait que les ingrédients du mélange ne soient pas connus n'est pas un problème pour la Food and Drug Administration (FDA), qui depuis 2004 autorise la commercialisation d'herbes médicinales dont l'efficacité et l'innocuité sont prouvées, même si les composants moléculaires ne sont pas précisés.

Cependant, l'identification des molécules contenues dans le mélange serait un atout pour la start-up. Cela simplifierait les processus des contrôles qualité et surtout la standardisation des quantités de molécules actives contenues dans chaque lot, qui pour l'instant ne sont pas homogènes. De plus, la qualité des plantes médicinales dépend de l'environnement dans lequel les végétaux se sont développés, et même du procédé et du moment de leur récolte. Ces paramètres peuvent influencer la production de molécules chimiques au sein de la plante, qui peuvent affecter sa qualité médicinale en la rendant au mieux inefficace, au pire toxique pour les patients.

Les chercheurs utilisent maintenant des outils scientifiques de pointe pour identifier les molécules contenues dans le cocktail. Chromatographie en phase liquide, spectrométrie de masse et culture cellulaire devraient permettre d'y parvenir.