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On a compris la toxicité du plomb

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En se fixant sur certaines enzymes, le plomb empêche leur fonctionnement. La raison : sous sa forme ionique, l'atome de ce métal est bien plus volumineux que ce que l'on croyait. C'est la réponse à une vieille énigme mais aussi un espoir pour des thérapies futures contre le saturnisme.

Depuis des siècles, on sait que le plomb est un dangereux poison. Ingéré, il produit différents troubles (anémie et problèmes digestifs). A doses plus fortes, il attaque le système nerveux. C'est le saturnisme. Ces effets sont plus marqués chez l'enfant et le saturnisme infantile est dans de nombreux pays une maladie très grave directement liée aux conditions de pauvreté.

Comme remède, on ne connaît aujourd'hui que des produits chélateurs, c'est-à-dire des composés organiques fixant les métaux. Leur gros défaut est de ne pas faire de différence entre les bons et les mauvais. Ces chélateurs agrègent aussi le calcium ou le zinc qui, eux, sont utiles à l'organisme. Il serait donc utile de comprendre précisément l'action de ce métal sur le métabolisme.

Le plomb des canalisations anciennes passe facilement dans l’eau, surtout quand celle-ci a stagné un moment dans les conduits de l’habitation. Pour boire sans risque, il suffit alors de laisser couler quelque temps, surtout quand l’installation n’a pas été utilisée pendant plusieurs heures.

Protubérance atomique

C'est dans les propriétés de l'atome lui-même que deux chercheurs du Laboratoire de chimie théorique (LCT) de l'université Paris VI ont trouvé les racines du mal. Olivier Parisel et Christophe Gourlaouen ont étudié l'action du plomb sur deux protéines, en l'occurrence la calmoduline, impliquée dans le transport du calcium, et une enzyme, la déshydratase de l'acide delta-aminolévulinique (ou Alad), qui participe à la fabrication de l'hémoglobine. On sait que l'activité des deux est dégradée par l'action du plomb, qui conduit donc à à la fois à un mauvais métabolisme du calcium et à une anémie.

Le métal provoque ses dégât quand il se fixe sur l'une de ces protéines. Les chercheurs ont découvert que sous sa forme ionisée Pb2+, l'atome de plomb augmente de volume. « Les deux électrons de la couche la plus externe de Pb2+ ne créent plus la densité sphérique observée habituellement autour de l'atome de plomb, mais un nuage électronique protubérant ! Ce qui empêche les substrats naturels de se fixer correctement sur les sites actifs des enzymes et ces dernières de fonctionner normalement » détaille Olivier Parisel. Ainsi, la calmoduline présente quatre sites de fixation de calcium. Le plomb vient s'accrocher à sa place. Même s'il n'occupe qu'un des quatre emplacements disponibles, son encombrement plus important empêche l'enzyme d'adopter la forme idéale pour son fonctionnement (les changements de configuration d'une enzyme sont l'une des clés de son action catalytique).

En poussant plus avant la compréhension des effets du plomb, les chercheurs espèrent bien que cette voie permettra à terme de mettre au point des produits à fonction antisaturnisme plus efficaces et avec moins d'effets secondaires que les actuels chélateurs.