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Du mucus intestinal contre les maladies auto-immunes ?

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Plus qu'une simple barrière contre les corps étrangers, le mucus intestinal contiendrait des substances capables de freiner la réponse immunitaire. Cette propriété limiterait l'inflammation et le développement de maladies auto-immunes.

Le mucus protège les organes contre les envahisseurs. Lors d’un rhume, la couleur du mucus provient du cytochrome des oxydases des granulocytes neutrophiles. Selon cette étude, le mucus intestinal limiterait la réponse immunitaire et préviendrait ainsi les réactions d’inflammation. © beatboxbadhabit, Flickr, cc by nd 2.0

L'organisme possède tout un arsenal de stratégies pour lutter contre les envahisseurs. Le mucus, une substance visqueuse sécrétée par les muqueuses internes, est l'un des premiers moyens de défense du corps. Il empêche les organes de se dessécher et les protège contre les poussières et les germes en tout genre. Il est présent dans les régions ouvertes sur l'extérieur, à savoir les systèmes respiratoire, digestif et reproducteur.

Dans les intestins, le mucus a toute son importance. Il faut dire que cette région du corps est un lieu privilégié pour de nombreux organismes et corps étrangers. Si certains sont les bienvenus, d'autres sont nocifs et doivent à tout prix être détruits. Le système immunitaire n'a donc pas la tâche facile. Il doit différencier les milliards de microbes qui composent le microbiote intestinal des quelques agents pathogènes inopportuns. S'il ne fonctionne pas de manière satisfaisante, les microbes peuvent s'immiscer plus facilement dans les tissus et créer une infection. En revanche, s'il travaille trop, les tissus sains sont attaqués, ce qui peut entraîner le développement d'une maladie auto-immune, comme la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse.

Des milliards de bactéries comme celles-ci ont élu domicile dans nos intestins. Le système immunitaire ne doit pas se tromper et attaquer seulement les envahisseurs. Cet équilibre immunitaire compliqué fait intervenir de nombreux acteurs, dont le mucus fait partie. © Microbe World, Flickr, cc by nc sa 2.0

Muc2, une protéine clé du mucus

Une équipe de la Mount Sinai School of Medicine à New York vient de mettre en évidence le rôle essentiel du mucus intestinal dans le contrôle de la réponse immunitaire. Les résultats, publiés dans la revue Science, pourraient conduire au développement de traitements contre les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.

Pour cette étude, les auteurs ont isolé le mucus intestinal de souris, de cochons et d'humains. Ils se sont ensuite intéressés de près aux cellules dendritiques, les cellules chargées de présenter les antigènes aux lymphocytes afin de déclencher une réponse immunitaire. Grâce à des techniques de biochimie et de biologie moléculaire, ils ont pu montrer que ces cellules produisaient davantage de cytokines anti-inflammatoires en présence de mucus, et en particulier d'une protéine du mucus, la mucine 2 ou Muc2. En d'autres termes, le mucus modérerait la réponse immunitaire et protégerait l'intestin contre les inflammations.

Le mucus intestinal aurait donc deux fonctions essentielles dans l'intestin. D'une part, il jouerait le rôle de barrière protectrice contre les germes et les toxines, et, d'autre part, il limiterait la réaction immunitaire pour protéger les tissus. Ces découvertes pourraient conduire à un traitement contre les maladies inflammatoires de l'intestin. Les chercheurs espèrent un jour fabriquer un médicament oral à base de mucus synthétique. Ces recherches ouvrent également la voie vers une meilleure compréhension du cancer.« Plusieurs types de cancers induisent la production de mucus, et en particulier de Muc2, indiquent les chercheurs. Cela pourrait expliquer pourquoi le système immunitaire a du mal à évincer les tumeurs. »