Pour éviter des épidémies de dengue, de Zika ou de chikungunya, des chercheurs ont planifié la libération de moustiques mâles stériles. © tacio philip, Fotolia

Santé

Des moustiques stériles pour limiter les épidémies

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Verily, une entreprise américaine spécialisée dans la recherche sur les sciences de la vie (anciennement Google Life Sciences), vient de lancer un vaste plan de libération dans la nature de moustiques stériles. Objectif : endiguer la prolifération de moustiques, vecteurs de virus.

En France métropolitaine, le risque lié aux piqûres de moustiques n'est pas toujours pris au sérieux. Pourtant, ces petits insectes sont susceptibles de transmettre, notamment, le virus Zika, la dengue ou le chikungunya, engendrant ainsi des maladies particulièrement graves. De nombreuses recherches visent à mettre au point une méthode efficace pour enrayer les épidémies qui en résultent.

Une idée consiste à anéantir, le plus naturellement possible, les populations de moustiques à l'origine de la propagation de ces maladies. C'est justement ce qu'espère obtenir Verily (anciennement Google Life Sciences) en relâchant des colonies de moustiques un peu particulières.

Une image au microscope électronique en transmission de la bactérie Wolbachia dans une cellule d’insecte. © Scott O’Neill, Wikipédia, CC by-2.5

Verily et ses moustiques infectés par la bactérie Wolbachia

En effet, dans la nature, les moustiques mâles infectés par la bactérie Wolbachia deviennent stériles. Alors, Verily a décidé d'en élever des hordes pour les libérer ensuite à Fresno (Californie), sans risque de piqûre supplémentaire pour la population puisque les moustiques mâles ne piquent pas.

L'objectif est de relâcher, à partir d'aujourd'hui, pas moins d'un million de moustiques stériles chaque semaine pendant quelque vingt semaines consécutives. Les moustiques femelles avec lesquels ceux-ci s'accoupleront ne donneront jamais de descendance et la population totale devrait naturellement aller décroissante en peu de temps.

Pour en savoir plus

Des moustiques sans sperme contre le paludisme

Article de Bruno Scala, paru le 11/08/2011

Pour faire face au paludisme, fléau dévastateur, de nombreux espoirs de lutte sont placés dans l'utilisation de moustiques génétiquement modifiés. Une équipe de chercheurs a travaillé sur la mise au point de moustiques stériles, obtenant des résultats concluants.

Chaque année, le paludisme tue entre 1 et 3 millions de personnes soit environ un mort toutes les 30 secondes. On comprend pourquoi les scientifiques cherchent activement des solutions pour freiner voire éradiquer la propagation du paludisme.

Le principal responsable de ce fléau est le moustique Anopheles gambiae qui transmet l'agent pathogène (un protozoaire du genre Plasmodium) de la maladie. Le but des chercheurs est donc de diminuer les populations de moustiques. Jusqu'à présent, les produits chimiques représentaient la solution la plus commune mais pour des raisons sanitaires évidentes, les recherches portent de plus en plus sur des moyens de lutte non chimiques, en ayant recours à des moustiques génétiquement modifiés par exemple.

Nombre de morts à cause de la malaria en 2006, sur des populations de 1.000 personnes. © Organisation mondiale de la santé, 2009

Rendre les mâles stériles par modification génétique est une des solutions envisagées. Elle est sans danger pour les populations humaines et est en théorie particulièrement efficace. Si les mâles sont stériles, ils ne peuvent pas se reproduire et les populations de moustiques diminuent.

Des moustiques génétiquement modifiés

En revanche, la méthode est techniquement périlleuse. Il s'agit d'empêcher la production de sperme sans altérer les autres fonctions physiologiques de l'insecte. Concernant cette difficulté, il semble que les expériences de Janis Thailayil de l'Imperial College London et ses collègues soient un succès.

En utilisant une technique moléculaire (l'interférence ARN) qui consiste à insérer un brin d'ARN dans les embryons de moustiques, les chercheurs ont provoqué la désactivation d'un gène essentiel pour le développement des testicules, annihilant ainsi la production de spermatozoïdes.

Non seulement cette manipulation génétique n'a pas altéré les autres fonctions physiologiques des moustiques mâles, mais les tests en laboratoires, décrits dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, ont en plus montré que les femelles réagissaient normalement à cette modification lors de la reproduction. Ce qui veut dire qu'une fois qu'elles se sont accouplées avec un mâle stérile, elles ne se rendent pas compte de la supercherie et ne se dirigent pas vers d'autres mâles.

Vers une production de masse ?

En outre, les femelles pondent un nombre normal d'œufs (non fécondés, bien entendu). À titre de comparaison, celles qui se sont accouplées avec des mâles stériles ont pondu dans 74 % des cas, avec une moyenne de 58 œufs, tandis que 83 % des femelles s'étant accouplées avec des mâles fertiles ont pondu, avec une moyenne de 49 œufs par ponte. Aucune différence significative, donc.

Bien sûr, les femelles qui ont pondu des œufs, qu'elles se soient accouplées avec un mâle stérile ou fertile, ont eu recours à des repas sanguins pour alimenter leur portée et ont donc potentiellement transmis le parasite responsable du paludisme. Mais c'est à la génération suivante que les résultats commencent à se faire sentir puisque les femelles pondent des œufs non fécondés.

Le problème majeur est qu'en l'absence de descendance, la modification génétique ne peut évidemment pas se transmettre. Ainsi, le défi est maintenant de produire des mâles stériles en grande quantité.

Un moustique qui pique vu au microscope  Sur cette vidéo, on peut observer comment un moustique fait bouger sa trompe (ou proboscis, en marron) à la recherche d'un vaisseau sanguin dans la peau d'une souris anesthésiée. Contrairement à une seringue, celle-ci n'est pas rigide mais bel et bien souple. Il finit enfin par trouver son bonheur autour de la 20e seconde et commence à aspirer le sang qui passe à sa portée. © Choumet et al., Plos One, 2012