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Les moustiques ont deux odorats !

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Des chercheurs américains ont montré la présence d'un deuxième type d'odorat chez les moustiques. Cette découverte pourrait permettre de mieux comprendre ce qui les attire ou les répugne, afin de développer de nouvelles méthodes de lutte contre le vecteur de la dengue et du paludisme.

Le moustique Anopheles gambiae qui a servi de modèle dans cette étude est responsable de l'épidémie de paludisme. Crédits DR

Certaines personnes sont constamment la cible de nombreuses piqûres tandis que d'autres, au milieu d'une nuée de moustiques, sont épargnées. Il semblerait que nos odeurs corporelles, plus ou moins attirantes pour le moustique, soient impliquées dans cette injustice. Ces insectes, par exemple, sont réputés pour leur dégoût de la citronnelle, qui peut donc être employée comme répulsif. En connaître plus sur le fonctionnement de l'odorat des moustiques n'est donc pas inutile pour apprendre à les éloigner et à se protéger des maladies qu'ils transmettent.

La première grande découverte sur le nez des moustiques a eu lieu il y a 10 ans grâce à une collaboration des chercheurs des universités de Vanderbilt et de Yale, au cours du séquençage du génome du moustique. Des récepteurs odorants ont été identifiés et sont toujours actuellement l'objet d'études.

Ces récepteurs sont localisés sur les antennes de l'insecte, dans des cavités appelées sensilles, et sont reliés à des nerfs sensoriels qui s'activent lorsqu'une molécule s'y fixe. Le système nerveux central du moustique est alors informé de la nature du composé, provoquant attirance ou répulsion. A l'heure actuelle, 75 récepteurs différents ont été identifiés et il a été montré qu'un même composé est reconnu par plusieurs récepteurs. C'est cette reconnaissance multiple qui permet au moustique d'identifier spécifiquement la nature de l'odeur.

Les chercheurs Chao Liu et Jason Pitts de l'université de Vanderbilt sont en train d'étudier le comportement des moustiques face à différentes odeurs. © John Russel

50 nouveaux récepteurs identifiés

Au cours des nouveaux travaux parus dans le prestigieux journal Plos Biology, les mêmes chercheurs ont voulu identifier les récepteurs des odeurs corporelles humaines. Pour cela, des larves de moustiques (Anopheles gambiae) ont été placées dans une boîte contenant une odeur. Plus le moustique est attiré, plus il est actif, effectuant de nombreux mouvements qui peuvent être comptabilisés. Des moustiques sauvages et génétiquement modifiés (extinction par ARN interférence des gènes codant pour ces récepteurs) ont été inclus dans les expériences.

Les chercheurs ont confirmé que le répulsif DEET, potentiellement toxique mais largement utilisé, est reconnu par certains de ces récepteurs odorants. En revanche, si le système nerveux des moustiques est bel et bien activé par des odeurs émises par la sueur ou l'haleine humaine (ammoniac, acide lactique, aminobutane), aucun de ces récepteurs ne semble impliqué dans la reconnaissance des molécules.

Les chercheurs ont montré que le nerf activé est relié à un type particulier de sensille, privé de récepteurs odorants mais contenant un autre type de récepteurs appelés ionotropiques, déjà identifiés chez la drosophile. Ces récepteurs ionotropiques, au nombre de 50 chez le moustique, ressemblent à ceux retrouvés dans les synapses neuronales, sensibles à un neurotransmetteur, le glutamate. Le même type d'expérience a permis de montrer qu'ils sont effectivement sensibles à l'aminobutane, ce qui incite les chercheurs à penser que les autres composés humains sont certainement aussi reconnus par ces récepteurs.

Ces résultats mettent en lumière un nouveau pan du mécanisme de reconnaissance et d'attirance des moustiques qui pourra être étudié afin de développer de nouvelles stratégies de lutte contre ces insectes vecteurs de nombreuses maladies mortelles (dengue, paludisme...).