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Ménopause : le traitement hormonal à l’origine de cancers du sein

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Les femmes subissant un traitement hormonal de la ménopause, à base d'œstrogènes et d'un progestatif, auraient environ 50 % de risques en plus de développer un cancer du sein. Si un lien entre les deux avait déjà été établi, on pensait que cela affectait surtout les tumeurs les moins graves. Ce pourrait être une erreur : cette thérapie faciliterait aussi les formes les plus agressives.

Le cancer du sein est le plus fréquent chez la femme. Mais il serait encore plus commun chez les patientes traitées par substitut hormonal contre les symptômes de la ménopause. © Sagabardon, Flickr, cc by nc 2.0

À la ménopause, les ovaires cessent peu à peu la production des hormones sexuelles féminines, les œstrogènes et la progestérone, ce qui se manifeste par des symptômes déplaisants. Pour pallier ces effets secondaires désagréables, les médecins prescrivent à certaines patientes un traitement hormonal substitutif, de manière à maintenir artificiellement les taux d'hormones sexuelles.

Cependant, cette thérapie ne serait pas sans risque. Un essai clinique de 2002, mené sur plus de 90.000 femmes, montrait qu'elle augmentait les risques de développer tous les cancers du sein. Des études suivantes semblaient plus modérées, et estimaient que seule l'apparition des tumeurs les moins graves était facilitée par un tel traitement.

Des scientifiques du Los Angeles Biomedical Research Institute ont voulu apporté une réponse claire à cette question. Dans le Journal of the National Cancer Institute, ils tombent plutôt d'accord avec les chiffres avancés il y a 11 ans, et trouvent même pire...

La ménopause se fait parfois ressentir chez les femmes. Maux de tête ou de ventre, irritabilité, sueurs nocturnes et insomnies sont des symptômes rencontrés lorsque la fertilité disparaît. © Sergeitelegin, StockFreeImages.com

Environ 1,5 fois plus de risques de développer un cancer du sein

Ainsi, 41.449 femmes âgées de 50 à 79 ans ont été recrutées. En tout, 16.121 suivaient une thérapie à base d'œstrogènes et de progestatif, tandis que les 25.328 restantes ne prenaient aucun traitement hormonal. En moyenne, le suivi a duré 11,3 ans.

De manière globale, 2.236 cancers du sein ont été contractés durant l'étude, ce qui a concerné chaque année 0,42 % des femmes non traitées, contre 0,6 % dans le groupe des patientes sous médication. Après les calculs des risques, les auteurs évaluent que ces dernières ont une probabilité 1,55 fois plus élevée de développer des tumeurs mammaires. L'étude de 2002 l'avait estimée à 1,25...

Ces risques sont encore plus forts pour les patientes qui commencent le traitement dès les premiers symptômes de la ménopause. D'autre part, cela vaut pour toutes les formes de tumeurs, de la moins agressive avec peu de chances de récidive, à la plus sérieuse, comme le cancer du sein triple négatif. Le pronostic de rémission dans les deux cas devient semblable. Des données qui poussent donc les auteurs à conclure que la mortalité est plus élevée chez ces femmes.

Que faire du traitement hormonal substitutif de la ménopause ?

Cette recherche renforce donc l'idée que les traitements hormonaux substitutifs ne s'avèrent pas sans risque pour les femmes et que de ce fait, il est important de leur préciser des dangers auxquels elles s'exposent avant prescription. Au médecin aussi de bien peser le pour et le contre. Il semble que pour les patientes touchées par les symptômes les plus sévères, les bénéfices sont les plus importants. À l'inverse, les risques surpasseraient les avantages chez les femmes ménopausées depuis 10 ans ou plus.

Cependant, ce travail ne résout pas toutes les questions, selon un éditorial publié dans la même édition du journal. Deux scientifiques du National Cancer Institute américain précisent qu'il n'y a pas encore suffisamment de preuves pour conclure qu'effectivement, le traitement des symptômes de la ménopause augmente bien tous les types de cancer du sein. Elles appellent à de nouvelles études qui apporteraient une réponse définitive à ce problème.