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Maladie de la langue bleue : état des lieux de la déferlante

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C'est à l'échelle de l'Allemagne entière que la maladie de la langue bleue, également appelée fièvre catarrhale, poursuit actuellement sa progression : tel est le triste constat dressé à l'issue de travaux de recherche menés à la demande du Ministère de l'alimentation, de l'agriculture et de la protection des consommateurs (BMELV) coordonnés par le professeur Heinz Mehlhorn avec pour support expérimental des captures locales du moucheron vecteur ainsi que des analyses sanguines.

La maladie de la langue bleue est innofensive pour l'homme. DR

Apparue pour la première fois dans deux exploitations hollandaises proches de la frontière allemande en août 2006, cette pathologie s'est ensuite étendue à la Belgique et à l'Allemagne avec comme porte d'entrée la région d'Aix-La-Chapelle. Cette épizootie a poursuivi sa course en Rhénanie du Nord-Westphalie, Rhénanie-Palatinat, Hesse, Sarre et Basse-Saxe jusqu'à la fin de l'année 2006. Le vecteur de cette épidémie d'origine virale, identifié alors par l'équipe du professeur Melhorn est un moucheron piqueur d'une taille de 0,8 mm : Culicoides obsoletus.

L'espoir d'un hiver 2006/2007 auquel le virus ne pourrait survivre fut de courte durée puisque c'est selon un scénario similaire mais d'ampleur plus spectaculaire que la fièvre catarrhale s'est à nouveau installée en Allemagne en 2007. Partant des foyers de l'ouest de l'Allemagne initialement touchés en 2006, cette infection virale s'est répandue en direction du nord, du sud et de l'est, touchant actuellement une douzaine de Länder. Le nombre de cas recensés depuis l'apparition de cette pathologie l'an dernier s'élevait, au 25 octobre 2007, à 16.262 animaux (8.900 bovins, 7.230 moutons, 92 chèvres et 40 ruminants sauvages). Selon les dernières estimations du 16 novembre 2007, 18.407 animaux touchés seraient enregistrés.

Ce sont en effet les ruminants sauvages ou d'élevage qui représentent la cible principale du virus de la fièvre catharrale. Si, habituellement, le virus affecte plus particulièrement les ovins, l'épidémie observée ici se distingue par l'apparition de signes cliniques chez les bovins (survenue de fièvre, salivation excessive, atteinte des muqueuses, langue enflée et colorée en bleue pour certains animaux). Cette pathologie conduit au décès de l'animal dans 40 % des cas pour les ovins et 4 % des cas pour les bovins.

Du réchauffement climatique ou de la mondialisation, quel est le phénomène à l'origine d'une telle expansion ? Telle est la question que se sont posée, en filigrane de leurs observations, les chercheurs de l'équipe du professeur Mehlhorn. Le moucheron Culicoides imicola, originaire d'Afrique et également retrouvé au Nord du pourtour méditerranéen, aurait-il migré vers des latitudes plus septentrionales avec la hausse globale des températures, emportant ainsi avec lui le fameux virus ?

C'est par la négative que les chercheurs répondent à cette interrogation. Culoides imicola n'a pu être mis en évidence ni en Allemagne ni en Belgique ni en Hollande. Seule l'espèce Culicoides obsoletus, représentée de façon importante en Europe centrale, a pu être retrouvée dans les captures de moucherons effectuées en 2006 et 2007 par l'équipe de Düsseldorf. Il semblerait ainsi que le transport d'animaux contaminés vers l'Europe centrale représente l'origine la plus vraisemblable de l'apparition de cette pathologie provenant de Hollande.