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Leucémie aiguë lymphoblastique : l'espoir de mieux combattre la récidive

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Si 80% des enfants atteints de leucémie aiguë lymphoblastique peuvent aujourd'hui être guéris, ce taux chute à 30% en cas de récidive. On vient enfin de comprendre pourquoi...

Prolifération maligne clonale de cellules lymphoïdes immatures et bloquées à un stade précoce de leur différenciation (blastes). Pr D. Bordessoule

Parmi les formes de leucémie affectant les enfants, la leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) est de loin la plus fréquente. Cette pathologie entraîne la transformation maligne de cellules immatures originellement destinées à intégrer le contingent de la défense immunitaire. Elles restent alors bloquées à un stade précoce de la différenciation cellulaire.

Cette population cellulaire envahit la moelle osseuse et ensuite le sang, voire les ganglions, les reins, puis le système nerveux central. La maladie frappe des enfants dans 80% des cas, des adultes dans 20% mais on constate un pic aux environs des 60 ans. En Belgique et en France notamment, cette forme de leucémie représente 28% de toutes les affections malignes de l'enfance entre 2 et 6 ans.

Redoutée il y a peu de temps encore, la leucémie aiguë lymphoblastique présente aujourd'hui une excellente réponse aux traitements avec une guérison dans 80% des cas (10% vers 1965, 40% vers 1975, 50% vers 1980 et 70% vers 1985). Mais dans le cas d'une rechute, ce taux s'effondre à moins de 30% de chances de guérison, sans que la cause en soit connue.

Augmentation du taux de guérison de LAL chez l’enfant. Source : Fédération Leucémie Espoir

La mission des chercheurs : comprendre…

Une équipe de chercheurs s'est attaqué à ce problème, menée par Charles G. Mullighan, de l'hôpital pour enfants de St. Jude (St. Jude Children’s Research Hospital) à Memphis (Tennessee, Etats-Unis). Ces chercheurs ont étudié en détails les cellules cancéreuses présentes lors de l'apparition de la maladie ainsi qu'en cas de rechute.

Des échantillons cellulaires ont été prélevés chez 61 enfants souffrant de leucémie aiguë lymphoblastique, d'abord en première phase, puis lors d'une rechute. Les scientifiques en ont passé le génome au crible, à la recherche des changements caractéristiques des cellules "de rechute". Sans surprise, des différences génétiques très fréquentes ont été constatées.

« Dans plus de 90 % des cas, nous avons trouvé des différences dans le nombre, l'ampleur et la nature des anomalies d'un point de vue génétique, rapporte Charles Mullighan, confirmant ainsi qu'il existe donc bien deux types de cellules impliquées dans la leucémie. Examiner les changements génétiques survenant dans les cellules de rechute nous en dit beaucoup sur les lésions génétiques pouvant conférer une résistance au traitement et être responsables des événements de rechute ».

L'étude démontre que les anomalies acquises lors de la rechute impliquent d'abord certains gènes associés à la régulation du cycle cellulaire et du développement des lymphocytes B, dont le rôle essentiel est de fabriquer des immunoglobulines, c'est-à-dire des anticorps responsables de l'immunité humorale.

Des cellules distinctes

Mais ce n'est pas tout. Alors que la logique eût voulu que les cellules impliquées dans la rechute soient dérivées des cellules leucémiques prédominantes au moment du diagnostic, l'étude démontre que dans plus de la moitié des cas, elles étaient au contraire déjà présentes dès la première manifestation de la maladie. « C'est la découverte-clé de notre travail, commente Charles Mullighan. Les cellules donnant naissance aux cellules de rechute sont sélectionnées au cours du traitement et réapparaissent ensuite comme une base solide de la rechute ». Ces conclusions viennent d'être publiées dans Science du 28 novembre 2008.

Les auteurs proposent une nouvelle hypothèse décrivant le développement de la leucémie : une cellule ancestrale donnerait naissance à deux types cellulaires, un groupe de cellules induisant la leucémie initiale et un autre groupe, quantitativement moins important, qui émergerait ensuite lors de la rechute, entraînant plus souvent une issue fatale.

Cette distinction, qui apparaît nettement entre deux types de cellules cancéreuses associées à la même maladie, pourrait révéler de nouvelles cibles de thérapie spécifique permettant d'atteindre dans le futur un taux de guérison aussi important en cas de rechute que lors du diagnostic initial.