Santé

Largage surprise de moustiques OGM en Malaisie

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Pour lutter contre la dengue, des moustiques OGM ont été discrètement largués dans la nature malaisienne au mois de décembre dernier. Si ces moustiques ne peuvent pas se multiplier, la façon dont a été menée l'opération provoque la colère des associations de protection de l'environnement.

Le moustique OGM Aedes aegypti ne peut pas donner une descendance viable dans la nature. © DR

Mauvaise surprise pour les anti-OGM : le gouvernement malaisien a largué en toute discrétion 6.000 moustiques OGM destinés à lutter contre la dengue, selon un communiqué de l'Institute of Medical Research (IMR) de Malaisie. L'opération avait bien était prévue en octobre dernier, mais avait été repoussée pour poursuivre les tests en laboratoire. Finalement, le lâché aura eu lieu le 21 décembre 2010, sans que la presse ni la population n'en soient alors informées. L'opération se serait achevée le 5 janvier 2011.

Les moustiques sont des mâles appartenant à l'espèce Aedes aegypti, ceux-là mêmes responsables de la propagation du virus de la dengue, dont ils sont les vecteurs, mais possédant des modifications génétiques. Le but de ce test grandeur nature n'était pas d'éliminer la population des moustiques sauvages, mais juste d'« étudier la dispersion et la longévité de ces moustiques dans la nature », a expliqué l'IMR. Pourtant, à terme, l'objectif est bien d'interférer avec la population locale du moustique vecteur.

Les moustiques OGM sont stériles

Selon la société britannique (Oxitec) qui a développé ces moustiques OGM, les pupes mâles et femelles sont séparées mécaniquement avant le largage des moustiques dans la nature, grâce au fait qu'ils possèdent naturellement des différences significatives de taille. De plus, un marqueur génétique a été introduit (le DS-Red), une protéine fluorescente rouge qui peut être utilisée comme outil de contrôle qualité au sein de la production ou dans la nature.

Un moustique OGM a peut-être vu les tours Petronas de Kuala Lumpur en Malaisie. © Phalinn, Flickr, by-nc-nd 2.0

Il n'y aurait donc aucun risque pour la population d'être piquée par un moustique OGM, puisque seules les femelles moustiques s'attaquent aux Hommes pour se nourrir de leur sang et pouvoir se reproduire et, involontairement, transmettre le virus responsable de la dengue. De plus, si les mâles OGM viennent à se reproduire avec les moustiques femelles sauvages, il n'y a théoriquement aucune chance d'obtenir une progéniture génétiquement modifiée viable. Les modifications génétiques apportées à l'insecte empêchent en effet les larves d'atteindre l'âge adulte, sauf en présence d'un apport nutritionnel particulier, procuré dans les laboratoires mais non disponible dans la nature.

Un moyen risqué de protéger la population ?

Après la mort de la génération de moustiques lâchés, il ne devrait donc plus y avoir de trace de modifications génétiques dans les populations locales de moustiques. Malgré la prétendue sécurité de l'opération, des associations malaysiennes (Consumer association of Penang et Sahabat Alam Malaysia), depuis le départ opposées au projet, se disent « très choqués » et déplorent « le manque de transparence ».

Le déploiement de moustiques OGM pour lutter contre la dengue peut sembler audacieux, mais ce n'est pourtant pas le premier essai du genre. L'été dernier, la firme Oxitec avait vu plus gros en lâchant dans la nature environ 3 millions des mêmes moustiques sur l'île Grand Cayman. Selon un communiqué de l'entreprise de biotechnologie, la méthode serait une réussite puisqu' « une réduction significative de la population locale de moustique a été observée ».

Quoi qu'il en soit, il faut savoir qu'à l'heure actuelle, il n'existe aucun traitement ni aucun vaccin qui permet de lutter contre le Flavivirus responsable de la dengue, maladie qui touche 50 millions de personnes par an selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). D'autres moustiques OGM, destinés à lutter contre le paludisme, sont également en développement.