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Grippe aviaire : la vaccination des volatiles pour bloquer la propagation

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Une équipe composée de scientifiques de l'Institut central de contrôle des maladies animales de Leystad et du Centre universitaire et de recherches de Wageningen (Pays-Bas) a dévoilé les résultats d'une étude portant sur l'effet de l'immunisation de la volaille contre la grippe aviaire et concluant que la vaccination pourrait représenter une arme cruciale de contrôle et permettre de prévenir la prochaine pandémie de grippe humaine en éliminant les sources d'infection pour l'homme.

Grippe aviaire : la vaccination des volatiles pour bloquer la propagation

Toutes les expériences menées par cette équipe sur les virus responsables de la grippe aviaire s'inscrivaient dans le cadre du projet européen AVIFLU, achevé récemment et financé au titre du Cinquième programme-cadre (5e PC). Le projet a permis d'aborder la pathogenèse et l'amélioration du diagnostic et du contrôle des infections liées à la grippe aviaire.

Selon cette étude, publiée dans les comptes rendus de l'Académie royale néerlandaise des sciences, "la vaccination permet de réduire le niveau de transmission au point d'empêcher une épidémie majeure".

Il est largement admis que la vaccination constitue une mesure potentiellement attrayante dans le contrôle et la prévention d'épidémies de grippe aviaire hautement pathogène (GAHP). Ces dernières années, plusieurs vaccins ont été mis au point contre les virus de la grippe H5 et H7 affectant la volaille, et il a été établi que la vaccination pouvait avoir un effet préventif sur la morbidité (maladie patente) et la mortalité de poulets.

Si l'on continue, pour contrôler les épidémies de GAHP, d'avoir recours à l'abattage et à la destruction de la volaille infectée - 30 millions de volatiles ont été ainsi éradiqués durant l'épidémie survenue en 2003 aux Pays-Bas - plutôt que de se contenter de les vacciner, cela tient au fait que, bien qu'il soit établi que la vaccination prévienne le décès et les symptômes, l'on a également pu observer une excrétion virale asymptomatique. Un doute subsistait donc sur le fait que les volatiles immunisés puissent, indépendamment des épidémies, continuer à propager "silencieusement" la maladie, accroissant le risque de nouvelles poussées épidémiques et exposant l'homme à une sérieuse menace. Le vaccin idéal devait par conséquent non seulement stopper la maladie, mais aussi empêcher sa transmission.

On savait jusqu'à présent peu de choses sur la faculté des vaccins contre la grippe aviaire de réduire la transmission des virus de la GAHP parmi les poulets ou sur l'impact quantitatif de cette réduction : les recherches se sont exclusivement portées sur l'efficacité du vaccin à empêcher les volatiles de contracter la maladie. On continuait à manquer de connaissances sur l'efficacité avec laquelle le vaccin réduit la propagation du virus. Cette méconnaissance constituait un point critique devant être impérativement clarifié avant le démarrage de campagnes de vaccination à grande échelle et qui a pris une dimension urgente lorsque la Chine a annoncé son intention de vacciner des milliards d'animaux et que l'Organisation mondiale de la santé animale a enjoint l'Indonésie et le Vietnam de s'engager dans la même voie.

Les scientifiques néerlandais ont étudié l'effet de la vaccination sur la propagation du virus parmi une population de poulets en menant des expériences dites "de transmission". Dans une telle expérience, on fait cohabiter un certain nombre de poulets infectés et non infectés et l'on observe la chaîne d'infection. Ces expériences permettent aux chercheurs de quantifier l'effet de la vaccination sur la dynamique de transmission. Les volatiles ont été infectés par la souche H7N7, isolée durant l'épidémie de grippe aviaire ayant sévi aux Pays-Bas en 2003, et vaccinés en ayant recours à deux vaccins disponibles sur le marché : l'un contre le H7N1 (Italie 99), l'autre contre le H7N3 (Pakistan 95).

Les recherches se sont déroulées de la manière suivante : dans l'une des expériences, tous les volatiles avaient été prévaccinés, puis cinq poulets ont été placés dans une cage et se sont vu inoculer le virus. Au bout de 24 heures, cinq poulets de contact ont été ajoutés et l'on a suivi la propagation du virus. Les expériences ont duré trois semaines. On a également mené des expériences "témoins" sur des poulets vaccinés et inoculés ainsi que sur des poulets de contact sains mais non vaccinés.

Dans tous les cas, les expériences étaient entourées de mesures de sécurité strictes : on sait que la souche H7N7 infecte l'homme et a même fait une victime aux Pays-Bas durant l'épidémie de 2003.

Les résultats ont montré que, deux semaines après la vaccination, les vaccins testés étaient tous les deux capables de bloquer totalement la propagation de la maladie. Durant de brèves périodes, et malgré le fait qu'une semaine après la vaccination les poulets ne tombaient plus malades si on leur inoculait le virus de la grippe, on observait cependant encore des transmissions.

Les expériences prouvent que la vaccination non seulement prévient la mortalité et la morbidité chez les poulets, mais qu'elle réduit aussi la propagation du virus au sein d'une volée au point d'empêcher une épidémie majeure. Les scientifiques ont toutefois admis que, puisque la vaccination ne bloquait probablement pas totalement la transmission du virus, il fallait considérer les programmes de vaccination comme une mesure complémentaire. Les conclusions d'une étude menée antérieurement par le même groupe de recherche mettaient en garde contre le risque induit par le relâchement, une fois la campagne de vaccination menée, des mesures fondamentales d'hygiène, de restrictions du transport et de surveillance.

Le chercheur Michiel van Boven a expliqué à CORDIS Nouvelles que son groupe avait également réalisé d'autres expériences sur la vaccination de canards et de faisans contre le virus H7N7 de la grippe aviaire, lesquelles avaient montré qu'il était parfaitement concevable, pour chaque combinaison spécifique hôte-agent pathogène, de déterminer si la vaccination s'avérerait un outil efficace de prévention des épidémies. Reste que les virus de la grippe aviaire, en plus de varier énormément, peuvent présenter des caractéristiques différentes selon l'espèce-hôte, et que la vaccination doit par conséquent être spécifique en ce qui concerne le type de vaccin, la dose et le nombre d'injections.

Des expériences similaires ont été menées sur les canards avec la souche H5N1 isolée durant l'épidémie survenue en 2004 au Pakistan, en utilisant un vaccin contre le H5N2. Le groupe analyse actuellement les résultats et espère publier ses conclusions au début de l'année prochaine.