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Grippe aviaire : pourquoi la France n'est pas prête

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Malgré un nouveau plan de prévention et de lutte « pandémie grippale » contre la grippe aviaire mis en place par le gouvernement, la France n'est pas réellement prête face aux risques d'épidémie.

Virus de la grippe aviaire

Le plan de prévention et de lutte « pandémie grippale sur l'épizootie aviaire » (daté du 6 janvier) a été mis en place pour faire face tant en matière médicale que d'organisation en cas de crise. Mais après 144 cas avérés dans le monde, et 76 personnes mortes dont trois en Turquie, « la France n'est pas prête » selon un rapport de la mission d'information parlementaire sur le virus H5N1 qui vient d'être rendu public(1) .

Des modèles précis de cinétique et d'impact d'une pandémie sont à l'étude. Mais les chiffres sont d'ores et déjà inquiétants : en l'absence d'intervention sanitaire, le bilan pour la France pourrait être de 9 à 21 millions de malades, de 91 000 à 212 000 décès en fin de pandémie, de 500 000 à un million de personnes sujettes à des complications nécessitant leur hospitalisation. Outre cet aspect sanitaire, une pandémie pourrait provoquer la désorganisation du système de santé à cause de la saturation des services de soin, et même une paralysie partielle des services essentiels au fonctionnement de la société et de l'Etat.

D'ici à 2007, l'objectif est donc de porter à 14 millions le nombre de traitements antiviraux disponibles, soit 140 millions de gélules de Tamiflu, et à 200.000 les traitements de Relenza. Ils seront mis gratuitement à disposition des médecins et des établissements de santé pour favoriser le traitement à domicile. La médecine libérale assurera alors la première ligne d'action et l'Etat envisage dans ce cas de renforcer ses effectifs par d'autres professionnels de santé. En attendant, les vaccins contre les virus de grippe saisonnière ou le vaccin antipneumococcique, dont l'efficacité reste incertaine, peuvent être utilisés de manière préventive.

Pour la prévention, en cas de risque le port du masque est fortement conseillé : en tissu, lavables et réutilisables pour la population générale ; anti-projections pour les malades ; et des « dispositifs de protection respiratoire individuelle » (PRI) pour les professionnels de santé. Environ 50 millions ont été livrés ou sont en voie de l'être. En matière d'organisation, le plan précise les actions gouvernementales et en particulier le rôle de chaque ministre selon les domaines, sachant que le Premier Ministre dirige les opérations, aidé du délégué interministériel à la lutte contre la grippe aviaire et des principales agences sanitaires.

Des stocks de médicaments insuffisants, pas assez de masques !

Sur le terrain, il est prévu la mise en place d'exercices de simulation grandeur nature, en février au niveau régional et en mars au niveau national. Mais le choix de la région concernée par la première manoeuvre n'est pas encore arrêté. Enfin, une dizaine de sites Internet des ministères concernés et de plusieurs institutions informent et prodiguent des conseils. Un site « officiel » de la grippe aviaire a même vu le jour avec un fil d'actualité, des dossiers d'experts et des réponses aux questions que l'on se pose le plus souvent(2) .

Mais c'est loin de suffire : le rapport alerte sur le fait que les stocks de médicaments prévus ne permettraient pas d'assurer une couverture de la population conforme aux recommandations de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) à savoir de 25 à 40% de la population nationale. Et ce sont quelque 250 millions de masques qui seraient nécessaires, au lieu des 50 millions qui ont commencé à arriver !

(1) Rapport parlementaire N° 2833 - Rapport de M. Jean-Pierre Door fait au nom de la mission d'information sur la grippe aviaire : mesures préventives
(2) http://www.grippeaviaire.gouv.fr/