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Les Français contaminés par les pesticides

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Les premiers résultats d'un bilan effectué par l'INVS montrent que les Français sont davantage contaminés par les pesticides que leurs voisins. La toxicité de ces substances n'étant plus à prouver, mieux comprendre le mode d'exposition est logiquement devenu un enjeu de santé publique.

Attention, utilisation de pesticides ! © Summerrunner2009, Flickr, CC by-nc-sa 2.0

L'exposition de la population à différents polluants fait régulièrement la une des médias (chlordécone des bananeraies, particules fines des villes...), mais cette fois-ci une étude menée par l'INVS confirme que les Français sont contaminés à des niveaux parfois supérieurs à leurs voisins. Ce sont les premiers résultats du volet environnemental de l'Étude nationale nutrition santé (ENNS) réalisée en 2006-2007, parus le 14 mars dernier.

Les concentrations biologiques de quarante-deux substances, appartenant à la classe des métaux, des pesticides et des PCB, connues pour être présentes dans l'environnement et dans l'alimentation, ont été dosées. Ces substances pouvant être dégradées par l'organisme en molécules plus petites (métabolites), ce sont les biomarqueurs d'exposition qui ont réellement été recherchés dans les cheveux, le sang ou les urines d'un échantillon représentatif de la population, choisi de façon aléatoire. Au total, 3.400 Français (adultes et enfants) ont été volontaires pour cette étude.

En plus du fer dans le sang, du mercure dans les cheveux

Le niveau d'exposition aux onze métaux dosés, qui sont connus pour leur action toxique pour les systèmes nerveux et rénal, est dans l'ensemble relativement faible, et comparable à celui de nos pays voisins. Parmi eux, le cadmium (utilisé pour protéger l'acier contre la corrosion et retrouvé dans des alliages et des batteries) est retrouvé à des niveaux équivalents à ceux issus de précédentes études. Bonne nouvelle, la concentration de plomb dans le sang a, quant à elle, nettement baissé (60 %) depuis les derniers relevés effectués en 1995, grâce aux efforts mis en place.

En revanche, les quantités de mercure retrouvées dans les cheveux sont supérieures aux Allemands et Américains. Ce phénomène s'expliquerait par une plus forte consommation de poisson, dans lequel le mercure s'accumule particulièrement (surtout ceux situés en haut de la chaîne alimentaire) puis se transmet irrémédiablement à l'Homme par son ingestion. Les niveaux restent néanmoins inférieurs à ceux observés en Espagne, où la population est davantage piscivore.

Aux États-Unis, les champs sont si grands que les pesticides sont pulvérisés par avion. © USDA, domaine public

Pesticides et PCB : des records chez les Français

En ce qui concerne les autres classes de produits recherchés, beaucoup d'entre eux sont retrouvés en quantités plus importantes dans le sang des Français. C'est notamment le cas des PCB (dont la toxicité n'est plus à prouver) et des pesticides pyréthrinoïdes (substances dérivées des chrysanthèmes et largement utilisées en agriculture pour leurs propriétés insecticides).

Si le taux des pesticides organochlorés (dont l'utilisation est aujourd'hui interdite) est globalement faible, la quantité du seul représentant de cette famille encore autorisé (le paradichlorobenzène) est à l'inverse très supérieure chez les habitants de l'hexagone. Cet antimite, aussi trouvé dans les désodorisants, et qui commence à inquiéter, devrait être prochainement remplacé par d'autres substances moins toxiques. D'autres pesticides, les organophosphorés, sont dans la norme, avec des taux situés entre ceux des Allemands et des Américains.

Un bilan pour mieux gérer les risques

Le rapport de l’INVS rappelle que la France est le plus gros utilisateur de pesticides d'Europe et que l'exposition chronique à leurs résidus (présents sur les produits alimentaires ou directement sur les usagers des produits) peut impacter la santé, en provoquant des cancers, des problèmes de développement des fœtus et des enfants, la perturbation des systèmes biologiques (reproducteur, endocrinien, immunitaire ou nerveux central).

Ce bilan constitue un outil de base pour tenter d'identifier précisément les sources d'exposition de la population à ces divers polluants, et pourquoi elles divergent selon les pays analysés. Effectués régulièrement, ces prélèvements permettront alors de suivre l'évolution de l'exposition de la population française à ces substances, au cours du temps, et d'observer leurs impacts sur la santé publique, pour mieux la protéger.