Les bactériophages sont des virus qui s’attaquent aux bactéries. © evve79, Fotolia

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Fête de la Science 2017 : Félix d’Hérelle découvrait les bactériophages il y a 100 ans

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En 1917, Félix d'Hérelle, chercheur à l'Institut Pasteur de Paris, observa un phénomène étrange : des agents qui détruisaient les bactéries ! Il leur donna le nom de bactériophages, ou « mangeurs de bactéries ». 100 ans plus tard, les bactériophages reviennent dans l'actualité scientifique, à cause de la montée des résistances aux antibiotiques. La phagothérapie, qui consiste à utiliser des phages contre les infections bactériennes, apparaît comme une piste prometteuse contre les superbactéries.

Méconnu du grand public, Félix d’Hérelle (1873-1949) est un scientifique étonnant. Autodidacte, il est à l'origine d'une découverte majeure en microbiologie. C'est en Amérique du sud qu'il apprit les bases de la microbiologie, après avoir déjà connu des expériences professionnelles variées, dans la fabrication du whisky ou du chocolat.

Ses premiers travaux scientifiques visaient à lutter contre les invasions de sauterelles, ce qui lui permit de se faire connaître de la communauté scientifique. Au Mexique, il isola l'agent infectieux de l'entérite des sauterelles. À partir de 1911, il rejoignit l'Institut Pasteur de Paris. Six ans plus tard, en 1917, il montra dans ses tubes que quelque chose pouvait détruire les bactéries. En Angleterre, en 1915, Frederick Twort fit des observations similaires et mit lui aussi en évidence un agent qui dissolvait les bactéries.

Mais c'est bien à Félix d'Hérelle que l'on doit le terme de « bactériophage », pour nommer l'agent qui tuait les bactéries. Il faudra attendre plus de 20 ans pour que les bactériophages soient observés pour la première fois avec un microscope. Le génie de Félix d'Hérelle ne s'arrête pas là. Car il comprit très vite que sa découverte pouvait apporter beaucoup à la médecine pour combattre des infections bactériennes. En 1919, il soigna pour la première fois un patient atteint de dysenterie en utilisant des phages : la phagothérapie était née.

Portrait de Félix d’Hérelle vers 1905, photothèque de l’Institut Pasteur. © Wikipedia, domaine public.

La phagothérapie, une arme contre les bactéries multirésistantes

À l'Institut Pasteur, Félix d'Hérelle ne faisait pas l'unanimité. Il quitta la France et parcourut le monde pour appliquer la phagothérapie sur le terrain, là où sévissaient la peste et le choléra : en Indochine, en Égypte, en Inde... Professeur à l'université de Yale aux États-Unis, il fut plusieurs fois cité au prix Nobel sans jamais l'obtenir.

La vie d'aventurier de Félix d'Hérelle a inspiré un écrivain, Sinclair Lewis, pour son roman Arrowsmith, publié en 1925, et porté à l'écran en 1931 dans le film du même nom. Le héros, Martin Arrowsmith, est un simple médecin qui gravit les échelons pour devenir un chercheur renommé qui combat la peste en Inde.

Avec l'avènement des antibiotiques, la phagothérapie a perdu du terrain. Aujourd'hui, elle n'est pas autorisée en France. Mais de nombreux chercheurs s'y intéressent en raison du nombre croissant de bactéries multirésistantes aux antibiotiques. Récemment, deux patients souffrant d'une infection ostéo-articulaire ont ainsi été soignés par phagothérapie à Lyon. Cette expérimentation avait fait l'objet d'une autorisation temporaire d'utilisation.

La phagothérapie est toujours pratiquée dans certains pays, notamment en Géorgie, à Tbilissi. C'est là que Georgiy Eliava, disciple et ami de Félix d'Hérelle, fonda l'institut de phagothérapie qui est aujourd'hui un centre de référence mondialement reconnu.

  • Félix d'Hérelle a mis en évidence le bactériophage, ce virus mangeur de bactéries, en 1917 à l'Institut Pasteur de Paris.
  • Il soigna pour la première fois un patient en 1919 en utilisant des phages.
  • L'utilisation de phages (phagothérapie) pourrait apporter aujourd'hui une alternative aux antibiotiques.
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Des bactériophages pour contrer les bactéries résistantes aux antibiotiques  Les antibiotiques sont de moins en moins efficaces car les bactéries sont de plus en plus résistantes. L’Institut Pasteur travaille donc au quotidien sur des solutions dont l'une utilise les bactériophages, des virus n'infectant que les bactéries. Laurent Debarbieux, responsable du groupe Interactions bactériophages-bactéries chez l’animal, nous en parle plus en détail durant cette interview.