Des moustiques infectés pour stopper certaines maladies, c'est possible ? Une nouvelle stratégie de lutte contre le moustique-tigre consiste à libérer des moustiques mâles porteurs d’une bactérie. © tacio philip, Fotolia

Santé

Contre la dengue ou le zika, des moustiques volontairement infectés

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L'Agence de protection de l'environnement des États-Unis (EPA) va autoriser des lâchers de moustiques porteurs de la bactérie Wolbachia dans 20 États du pays et à Washington. Ces insectes ont été conçus par l'entreprise MosquitoMate pour éliminer le moustique-tigre et ainsi stopper certaines maladies.

D'après un article paru sur le site de Nature, l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis (EPA) a approuvé l'utilisation d'une bactérie pour tuer les moustiques qui transmettent des virus comme la dengue, la fièvre jaune ou le Zika. Cette décision n'a pas été annoncée officiellement mais elle permettra à la start-up MosquitoMate, basée dans le Kentucky, de lâcher ses moustiques dans 20 États et à Washington DC.

Ce nouveau moyen de lutte contre les moustiques a pour avantage de ne pas utiliser de produits chimiques toxiques. Il consiste à se servir de la bactérie Wolbachia pipientis contre le moustique-tigre, Aedes albopictus.

Des moustiques-tigres mâles infectés par la bactérie Wolbachia

L'entreprise MosquitoMate va ainsi élever des moustiques Aedes albopictus infectés par la bactérie Wolbachia dans ses laboratoires ; puis, elle séparera les mâles des femelles. Seuls les mâles (appelés ZAP), qui ne piquent pas, seront relâchés dans les sites à traiter. Ils s'accoupleront avec des femelles et les œufs issus de la fécondation ne pourront pas éclore.

D'après l'entreprise, au fil du temps, plus il y aura de mâles porteurs de Wolbachia relâchés, plus la population de moustiques-tigres va diminuer. Les moustiques seront lâchés dans des régions au climat proche de celui des zones où les moustiques ZAP ont été testés (Kentucky, New York, Californie), mais pas dans le sud-est des États-Unis, où l'entreprise n'a pas fait d'essais. Ce ne sera pas une première dans le monde, puisque des expériences similaires ont déjà eu lieu au Brésil et en Chine.

Pour en savoir plus

Des bactéries pour contrer le paludisme

Article d'Agnès Roux paru le 14 mai 2013

Une nouvelle stratégie ingénieuse vient d'être mise au point pour contrôler l'épidémie de paludisme : infecter les moustiques avec des bactéries capables de bloquer la progression du parasite. En laboratoire, les bactéries se propagent rapidement d'un insecte à l'autre. Qu'en sera-t-il dans la nature ?

Le paludisme touche aujourd'hui près de 220 millions de personnes et en tuent environ 600.000 par an dans le monde, en particulier dans l'Afrique subsaharienne. Afin de limiter son incidence, des équipes de recherche conçoivent des stratégies de contrôle de cette maladie. Le principe consiste à limiter le nombre de moustiques infectieux contenant le parasite Plasmodium pour diminuer le risque de transmission chez l'Homme. Cependant, la réalité n'est pas si simple, et toutes les tactiques mises en place jusqu'ici ont échoué.

La fabrication d'insectes génétiquement modifiés produisant des substances mortelles contre l'agent infectieux était une piste prometteuse. Malheureusement, cette méthode n'a pas connu le succès escompté une fois les insectes relâchés dans l'environnement, car le gène d'intérêt ne s'est pas transmis efficacement aux populations de moustiques.

Une nouvelle approche encourageante vient d'être développée par une équipe américaine de l'université d'État du Michigan. Leurs travaux sont publiés dans la revue Science et montrent comment, en infectant le moustique par des bactéries, on peut empêcher le développement du Plasmodium dans une population de moustiques. Cette étude n'est pas la première du genre, puisqu'une étude similaire a permis de montrer l'efficacité d'une telle technique dans le contrôle de la dengue, une infection virale qui frappe les pays tropicaux.

Le moustique Anopheles stephensi, ici avec l'abdomen empli de sang, est l'un des vecteurs du paludisme. © Hugh Sturrock, Wellcome Images, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

Des bactéries qui dopent la réponse immunitaire du moustique

Les expériences se sont portées sur l'espèce de moustique Anopheles stephensi, qui sévit particulièrement en Asie. Les bactéries utilisées, du genre Wolbachiasont présentes chez de nombreux insectes. Elles possèdent la caractéristique intéressante de pouvoir enrayer le développement de différents parasites, comme le virus de la dengue et l'agent du paludisme.

Au cours de leurs travaux, les scientifiques ont montré que ces micro-organismes bienfaiteurs tuaient les parasites à la fois dans l'intestin et dans les glandes salivaires, par lesquelles ils sont transmis à l'Homme. Selon leur hypothèse, elles agiraient en modifiant la réponse immunitaire de l'hôte. En effet, leur présence induirait la formation de dérivés réactifs de l'oxygène qui, à leur tour, inhiberaient la croissance du Plasmodium.

Propagation bactérienne efficace contre le Plasmodium

Mais l'action tueuse des bactéries ne suffit pas. Les auteurs ont dû s'assurer de la transmission rapide et efficace des Wolbachia aux autres moustiques. Car, une fois libérées dans l'environnement, les bactéries bienfaitrices doivent se propager dans la communauté des moustiques sauvages et limiter la propagation du paludisme.

Pour leur étude, les scientifiques ont injecté des Wolbachia dans le tube digestif d'embryons mâles et femelles. Ils ont ensuite accouplé les moustiques femelles adultes infectés par Wolbachia avec des mâles non infectés. Après 34 générations, les bactéries étaient toujours présentes à l'intérieur des descendants de ces insectes. Une autre expérience a permis de confirmer la diffusion des Wolbachia dans une communauté d'insectes. Les chercheurs ont introduit les bactéries chez 5, 10 ou 20 % d'adultes femelles d'une population. Dans tous les cas, 100 % des moustiques contenaient les microbes protecteurs après huit générations.

Ces résultats sont très encourageants. Néanmoins, comme pour les autres ruses mises en place contre le paludisme, il ne faut pas crier victoire trop vite. En effet, même si cette approche semble prometteuse et marche en laboratoire, les contraintes de l'environnement peuvent modifier la donne. Les chercheurs s'inquiètent également du développement potentiel de résistances aux dérivés réactifs de l'oxygène par le parasite.

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