Chez les vertébrés, les prolongements des neurones par lesquels part l'influx nerveux (les axones) sont protégés par une gaine de myéline, une substance composée de protéines et de lipides qui est secrétée par des cellules entourant la fibre. La myéline facilite le passage de l'influx nerveux et en augmente la vitesse de propagation. Des maladies peuvent l'altérer. C'est le cas de la sclérose en plaques qui touche les fibres du système nerveux central (cerveau et moelle épinière). © Leigh Prather, Shutterstock

Santé

Découverte d'un anticorps efficace contre la sclérose en plaques

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Des chercheurs de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) ont testé, chez la souris, une molécule qui protège le cerveau et la moelle épinière contre les attaques auto-immunitaires provoquant la sclérose en plaques, première cause de maladie neurologique chez le jeune adulte. Il reste maintenant à mener de longues et coûteuses campagnes d'essais pour valider un traitement.

Considérée comme une maladie auto-immune, la sclérose en plaques (SEP) est due à la destruction de la gaine de myéline, qui entoure et protège les fibres nerveuses (les axones des neurones), par des cellules du système immunitaire (les lymphocytes). Répandue (environ une personne sur mille, avec une proportion plus forte chez les femmes), la maladie est très invalidante. Évoluant par poussées, elle conduit à des paralysies ou des troubles cognitifs ou sensoriels. Il n'existe pas de traitements, si ce n'est pour en réduire les effets.

Une équipe de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) vient d'annoncer une découverte porteuse d'espoir, dans un article publié par la revue Brain. Un anticorps, baptisé Glunomab, est capable, chez la souris, d'empêcher la destruction de cette gaine de myéline.

La méthode consiste à étanchéifier la barrière qui protège le système nerveux central (cerveau et moelle épinière), interdisant notamment aux cellules immunitaires, qui circulent dans le sang, d'y pénétrer. Il y a en fait deux barrières, l'une entourant le cerveau (la barrière hémato-encéphalique) et l'autre la moelle épinière (barrière hémato-médullaire).

Schéma de l'action de l'anticorps Glunomab. Les pores de la barrière hémato-encéphalique (qui entoure le cerveau) s'ouvrent quand la protéine tPA active les récepteurs NMDA. Les cellules immunitaires peuvent alors pénétrer dans le système nerveux et détruire la gaine de myéline qui entoure les axones des neurones et les protège. La molécule Glunomab, bloquant l'action de tPA, maintient la barrière fermée. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir.) © Fabian Docagne (Inserm), Servier Medical Art

Le Glunomab bloque la progression des troubles moteurs

L'équipe du professeur Denis Vivien a exploité des travaux antérieurs qui montraient le rôle d'un certain récepteur, NMDA (N-méthyl-D-aspartate), présent sur les cellules de ces barrières. Activé par une protéine (tPA), il provoque l'ouverture de pores qui peuvent alors laisser entrer des cellules sanguines. L'anticorps Glunomab vient empêcher cette activation en entravant l'interaction entre tPA et le récepteur NMDA. Le cerveau et la moelle épinière sont ainsi protégés des cellules du système immunitaire.

Chez la souris, l'injection de Glunomab réduit la pénétration des lymphocytes dans le système nerveux central et la démyélinisation est réduite. Les chercheurs constatent que « la progression des troubles moteurs est bloquée », comme l'explique le communiqué de presse de l’Inserm.

Transformer l'action de cet anticorps (pour lequel un brevet a été déposé) en un traitement thérapeutique reste cependant un long chemin. Il faut une série d'essais cliniques pour vérifier l'efficacité et mesurer les effets secondaires de ce blocage des pores des deux barrières protectrices ainsi que ceux de l'action sur le récepteur NMDA, déjà connu pour d'autres effets, notamment les échanges d'ions.

Un neurone vivant en vidéo haute résolution  Les observations en nanoscopie des neurones de souris ont permis de découvrir que les épines dendritiques bougeaient et se modifiaient sur une courte échelle de temps. © MaxPlanckSociety