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Une cure de sommeil contre Alzheimer ?

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Une nouvelle étude fait le lien entre le sommeil et la formation de plaques séniles, des structures présentes en quantité abondante dans le cerveau de personnes souffrant d'Alzheimer. Ces résultats pourraient conduire à des thérapies visant à améliorer la qualité des nuits pour limiter le développement de la maladie.

L’Homme passe en moyenne un tiers de sa vie à dormir. Le sommeil est indispensable à la santé et pourrait même limiter le risque de développer la maladie d’Alzheimer. © adwriter, Flickr, cc by nc 2.0

La maladie d’Alzheimer est une forme de démence qui s'accompagne d'un déclin progressif des fonctions cognitives. Les personnes touchées perdent peu à peu la mémoire et ont des difficultés d'apprentissage. Elles ne sont plus capables d'affronter la vie quotidienne et ont généralement besoin d'une assistance médicale. Selon l'Inserm, 860.000 Français étaient touchés par cette pathologie en 2010. Ce chiffre ne cesse d'augmenter et devrait atteindre les deux millions en 2020.

Le vieillissement de la population fait de la maladie d’Alzheimer une priorité de santé publique dans tous les pays développés. Selon le CépiDC (Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès), la maladie d’Alzheimer et les autres démences (MAAD) seraient la quatrième cause de décès en France. © Travishenderson, Flickr, cc by nc sa 2.0

La première description de la maladie fut réalisée en 1906 par le médecin allemand Aloïs Alzheimer qui observa des plaques suspectes dans le cerveau d'une de ses patientes décédées. Ces structures ont ensuite été appelées plaques séniles, ou amyloïdes, car elles découlent de l'accumulation d'une protéine, la bêta-amyloïde, entre les neurones. Ces amas apparaissent naturellement avec le vieillissement, mais s'agglutinent en beaucoup plus forte quantité chez les patients atteints d'Alzheimer. L'origine de cet entassement accéléré des bêta-amyloïdes reste cependant mystérieuse et fait l'objet de nombreuses recherches.

Qui dort bien protège son cerveau

Des chercheurs de l'université Johns-Hopkins à Baltimore viennent de progresser sur ce sujet. En épluchant un corpus d'informations, ils se sont rendu compte que les personnes atteintes d'Alzheimer dormaient généralement moins longtemps et moins bien que les autres. Ils se sont alors interrogés sur le lien entre le sommeil et le développement des plaques séniles. Ils avaient vu juste : leur étude, publiée dans la revue Jama Neurology, confirme cette association.

Pour cette étude, les scientifiques ont sélectionné 70 candidats en bonne santé et âgés en moyenne de 76 ans. Dans un premier temps, ils les ont questionnés sur leurs habitudes concernant le sommeil : temps d'endormissement, nombre de réveils nocturnes, difficulté à trouver le sommeil, réveil anticipé, etc. À partir de plusieurs technologies d'imagerie médicale, ils ont ensuite observé la répartition et la quantité de plaques amyloïdes dans leur cerveau.

Une thérapie par le sommeil ?

En compilant ces données, les auteurs ont montré un lien entre l'accumulation de plaques séniles, la durée et la qualité des nuits. Cependant, le nombre de réveils nocturnes ne semble pas influencer la formation de ces amas dans le cerveau. Ces résultats vont dans le même sens qu'une étude récente montrant que le cerveau se débarrassait de ses détritus et toxines à un débit élevé durant l'endormissement. Ces chercheurs avaient en particulier montré que les bêta-amyloïdes étaient éliminées deux fois plus rapidement pendant le sommeil, chez des souris.

L'ensemble de ces résultats renforce l'idée qu'il est important de ménager son sommeil pour conserver un bon équilibre de vie. Et la maladie d'Alzheimer n'est pas l'unique raison. Des travaux ont également montré un lien entre un manque de sommeil et d'autres maladies comme le diabète, les problèmes cardiovasculaires, l'obésité, les troubles dépressifs et la maladie de Parkinson. Dormir favoriserait également la production de myéline dans le cerveau et pourrait diminuer la progression de la sclérose en plaques« On pourrait développer des thérapies pour améliorer le sommeil et diminuer le risque de la maladie d'Alzheimer, et d'autres pathologies associées au manque de sommeil », conclut Adam Spira, principal auteur de l'étude.