Santé

Chronique du futur : y aura-t-il des médicaments dans les textiles ?

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Des vêtements intelligents, qui suivent le rythme cardiaque ou diffusent des médicaments, nous sont promis depuis quelques années. La cosmétique en fait grand cas à coups de campagnes marketing mais dans le domaine de la santé, les « texticaments » tardent à se banaliser. Demain, sans doute...

Les combinaisons spatiales, comme ce modèle Biosuit porté par l'astronaute Dava Newman, avec leurs fibres savamment conçues, évoluent grâce aux textiles techniques. Un jour, ce genre de vêtement nous soignera peut-être. © Volker Steger, Science Photo Library

Des collants qui amincissent, des chaussettes qui absorbent les odeurs, un oreiller qui endort et un autre qui stimule, le tee-shirt pour bronzer à l'ombre ou encore un manchon anti-tennis elbow : les vêtements de l'ère de la technologie multiplient les propositions incongrues. L'habitude est de distinguer trois catégories, les shapewears, les cosmétotextiles et les texticaments. Les premiers ne sont rien d'autre que les gaines des temps jadis réinventées grâce à des fibres élastiques qui compriment le corps. S'ils peuvent affiner la silhouette, ils n'ont pas d'effet actif sur le corps (si ce n'est, parfois, maintenir une pression trop forte sur le ventre, à l'instar des corsets quand ils empêchaient les femmes de respirer convenablement).

Les cosmétotextiles, eux, contiennent des produits cosmétiques, tandis que les texticaments embarquent des médicaments. On sait en effet enfermer des principes actifs dans de minuscules sphères, ou microcapsules, de taille variable, le plus souvent entre 5 à 50 micromètres de diamètre, faites de polymères, de gélatine ou de silicone. Au fil des frottements, ces coquilles se brisent et libèrent leur contenu.

Pour leur fabrication, différentes techniques sont employées. S'il le produit actif est insoluble dans l'eau, il peut être placé dans une solution à deux phases, eau et huile par exemple. L'une des méthodes consiste à créer une émulsion, le produit actif étant alors en solution dans les gouttelettes hydrophobes. Celles-ci sont rapidement recouvertes par un film de polymère qui y adhère par son côté hydrophile. Il reste à solidifier ces membranes par un moyen physique (polymérisation par la chaleur) ou chimique et à récupérer les microcapsules.

Scientifiques et ingénieurs ont mis au point différentes méthodes pour fabriquer ces microcapsules, que l'on voit ici au microscope électronique à balayage. Mesurant quelques microns ou quelques dizaines de microns, elle peuvent retenir des produits actifs qui seront relâchés quand ces petits sphères se briseront sous l'effet du frottement des fibres du textile. © Cheng et al., 2008

Des texticaments contre le tennis elbow

De même, plusieurs méthodes sont utilisées pour imprégner le tissu de ces microcapsules qui adhèrent aux fibres grâce à un liant (acrylique par exemple) : immersion du tissu, enduction, impression... Les quantités de produits actifs vont ainsi de 20 à 100 g par kg de tissu et finissent par disparaître complètement. Quelques dizaines de lavages, au plus, auront raison de ces petites quantités. Les industriels, planchant sur la question, ont cependant trouvé une parade. L'un d'entre eux (Skin'up) propose des brumisateurs diffusant le produit actif mêlé à un tensio-actif.

C'est l'industrie cosmétique qui s'est actuellement emparée de ces méthodes, emballant dans ces microcapsules des produits divers et variés déjà connus pour hydrater la peau (corps gras), préparer au bronzage (la tyrosine, un acide aminé précurseur de la mélanine) ou amincir (la caféine). Voici donc les pyjamas bronzants et les strings amincissants.

Ces produits parviennent aujourd'hui aux limites de la médecine, avec par exemple des anti-inflammatoires pour des manchons apaisants, qu'utilisent peut-être certains joueurs au tournoi de Roland-Garros pour réduire les risques de tennis elbow. Comme on le prévoit notamment au Ceti (Centre européen des textiles innovants), qui vient d'organiser une « Journée cosmétotextiles », les texticaments sont peut-être à nos portes. La dermatologie est logiquement la première étape. En France, Dooderm vend des vêtements, à base d'argent, censés soulager les démangeaisons dues au psoriasis et à l'eczéma atopique.

Pour autant, les productions s'arrêtent désormais là, au seuil de la médecine, en attendant que la réglementation s'adapte, et permettent des procédures de certification. Comme le soulignait Jean Freney (Institut des sciences pharmaceutiques et biologiques de Lyon), « ces textiles agiraient comme d'immenses patchs recouvrant un membre entier par exemple », soulignant que des brevets existent, pour diffuser des antibiotiques, des hormones ou même des antidotes pour des vêtements militaires. Après les pansements antibactériens, il est possible que des T-shirts vendus un jour en pharmacie nous soignent à domicile...