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Du cannabis thérapeutique à New York

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AFP - New-York

Depuis hier, jeudi 7 janvier 2016, des patients peuvent se procurer du cannabis à usage médical dans l’État de New York. Un centre de production a même été implanté dans le quartier du Queens.

Le cannabis à usage thérapeutique sera proposé sous forme de pilules, huiles ou gouttes dans l'État de New York. © Jan Mika, Shutterstock

Vu de l'extérieur, ce n'est qu'un entrepôt aux murs fatigués, dont les entrées ont été obstruées à l'aide de parpaings de béton et les fenêtres par des panneaux en bois. Pas d'agent de sécurité ni de policier en vue. Au milieu d'autres entrepôts, sous une autoroute aérienne, ce bâtiment situé dans le quartier du Queens, à New York, abrite pourtant 23.000 mètres carrés dédiés à la culture du cannabis. Il est loué par Bloomfield Industries, l'une des cinq sociétés autorisées à cultiver la marijuana à des fins thérapeutiques dans l'État de New York, et la seule implantée dans « Big Apple ». Les autres ont établi leurs sites de production dans des lieux moins onéreux et surtout moins exposés, dans le nord de l'État.

Des cultures légales existent déjà à Denver (Colorado, centre) ou San Francisco (Californie, ouest), mais il s'agit d'une première aux États-Unis pour une ville de plus d'un million d'habitants. « Nous estimions que nous pourrions constituer la meilleure équipe d'horticulteurs, de scientifiques, de pharmaciens, si nous installions notre site à New York », explique un porte-parole de Bloomfield, qui loue cet espace jusqu'ici vacant et y emploie une centaine de personnes.

Bien que le Parlement de New York ait adopté le texte il y a 18 mois, Bloomfield et les quatre autres sociétés choisies n'ont été officiellement désignées que fin juillet. Elles ont depuis mis les bouchées doubles pour être en mesure de proposer leurs produits à la vente dans les temps.

Jeudi, les 20 dispensaires prévus dans l'État ne seront pas tous ouverts. Le démarrage devrait de toute façon être progressif car les patients ne peuvent s'inscrire que depuis le 23 décembre. Seules sont éligibles les personnes atteintes de maladies graves, notamment le cancer, Parkinson, la sclérose en plaques et certaines formes d'épilepsie. Elles ne pourront pas acheter du cannabis à fumer mais uniquement des produits transformés, essentiellement des pilules, des huiles ou des gouttes.

Ce bâtiment, dans le quartier du Queens, est loué par Bloomfield Industries, une des cinq sociétés autorisées à cultiver la marijuana à des fins thérapeutiques dans l'État de New York. © Kena Betancur, AFP photo

Un traitement à la charge du patient

Selon Nicholas Vita, directeur général de Columbia Care, une autre société retenue, entre 0,5 % et 1,5 % de la population de l'État de New York pourrait être éligible, soit entre 100.000 et 300.000 personnes. Le docteur Stephen Dahmer, responsable médical de Vireo Health (autre laboratoire autorisé) pour l'État de New York, incite à la prudence quant aux prévisions. Il cite l'exemple du Minnesota, où Vireo est présent et où la consommation a été moindre qu'anticipé.

Aucune des trois sociétés contactées par l'AFP n'a communiqué ses tarifs mais il devrait en coûter au moins 200 dollars (184 euros au cours actuel) par mois et par malade, selon une source proche du dossier. La somme sera à la charge intégrale du patient car aucun assureur de santé américain ne prend en charge ce traitement. Nicholas Vita assure que des remises seront accordées à des patients qui ne disposeraient pas des ressources suffisantes pour acquérir ces produits.

Vingt ans après la légalisation du cannabis à usage thérapeutique par la Californie, 23 États et la capitale fédérale Washington ont franchi le pas. « Les choses bougent dans la bonne direction », estime Stephen Dahmer, tout en observant : « Il y a toujours beaucoup de tabous autour du cannabis ».

Le cannabis et ses produits dérivés ne sont pas soumis au contrôle de l'Agence américaine des médicaments et de l'alimentation (FDA) et les études scientifiques concluantes manquent. « Beaucoup [d'études, NDLR] concernaient jusqu'ici les addictions ou les conséquences négatives [de la consommation, NDLR], mais nous commençons à voir davantage d'études sur les effets positifs », se félicite Stephen Dahmer. Selon un sondage réalisé en mai par l'institut Harris, 81 % des Américains se disent favorables à la légalisation de la marijuana à usage médical.

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