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Les bactéries intestinales nous donnent-elles faim ?

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Les bactéries de la flore intestinale pourraient nous réserver de nouvelles surprises. Selon une équipe de chercheurs rouennais, si elles sont capables de capter et d'interpréter les messages qui circulent entre le cerveau et le tractus digestif, elles pourraient aussi y participer activement et contribuer à déterminer notre appétit. Voilà pour les gourmands de quoi rejeter la faute sur d'autres !

Ceci n'est pas une pâte. Il s'agit de la bactérie intestinale Campylobacter jejuni, connue depuis 2007 pour engendrer l'anxiété chez la souris. Or, on sait que chez certains, l'humeur interfère beaucoup avec l'appétit, dans un sens comme dans l'autre... © P. Fields, C. Fitzgerald, CDC, DP

Et s'il fallait réécrire les livres de biologie ? À la lumière des découvertes récentes, de nombreux chercheurs voient dans la flore intestinale, composée d'un ensemble de bactéries symbiotiques, un nouvel organe qui serait pleinement intégré à l'organisme, qu'il soit humain ou d'un autre animal.

En effet, ces communautés microbiennes semblent étroitement corrélées à notre vie. Si parfois elles sont passives et ne deviennent qu'un reflet de notre alimentation et se transforment sous l'action des antibiotiques ou de notre mode de vie, des études montrent leur implication au quotidien sur notre vie. Elles joueraient un rôle sur notre comportement alimentaire, probablement parce qu'elles sont capables de contrôler (en partie au moins) notre cerveau et de faire varier notre humeur. Entre autres.

Des bactéries intestinales qui donnent ou coupent l’appétit

Dans ce domaine qui cristallise l'attention des chercheurs depuis peu de temps, les lacunes sont encore importantes et les révélations fréquentes. Cela explique aussi pourquoi les hypothèses vont bon train : les scientifiques proposent des solutions qu'ils s'apprêtent à tester afin d'essayer d'en découvrir davantage.

L'une des dernières en date vient de Victor Norris et ses collègues de l'université de Rouen, et est développée dans les colonnes du Journal of Bacteriology. Pour résumer leur théorie : les bactéries intestinales contrôleraient notre appétit. Une idée qui aurait pu paraître folle voilà quelques années, mais qui aujourd'hui ne manque pas de pertinence.

Si cette image vous met en appétit, prenez-vous-en à vos bactéries. C'est (peut-être) un tout petit peu de leur faute... © Yulia, StockFreeImages.com

La réflexion des chercheurs est née de la lecture attentive des travaux de recherche dans le domaine. Ceux-ci montrent par exemple que ces communautés microbiennes, regroupées sous le terme de microbiote, sont sensibles aux nutriments ingérés et sont en mesure de reconnaître mais aussi de synthétiser des hormones neuroendocrines, capables d'agir sur le système nerveux.

Une communication à double sens avec les bactéries intestinales

Si ces bactéries sont en mesure de capter le message envoyé par le cerveau vers le tractus digestif, pourquoi l'inverse ne serait-il pas vrai, alors qu'elles en ont le potentiel ? Les auteurs suggèrent en effet que la communication serait à double sens, et qu'elle s'établirait du système nerveux entérique (une sorte de second cerveau entourant les viscères, 200 fois plus petit que celui qu'on a dans la tête) vers le microbiote aussi bien qu'en sens inverse.

Capables de produire des neurotransmetteurs tels que le Gaba, ou des acides aminés comme la tyrosine ou le tryptophane (précurseurs respectivement de la dopamine et de la sérotonine, les hormones de l'humeur), ces micro-organismes sont en effet bien pourvus pour donner des consignes au système nerveux.

Ainsi, comme l'alimentation façonne la flore intestinale, cette dernière peut, en cas de communication à double sens, jouer aussi sur notre appétit. C'est ce que les chercheurs essaieront de démontrer par la mise au point d'expérimentations diverses. L'une d'elles devrait consister à chercher un lien entre les métabolites bactériens et l'activité de certaines régions du cerveau consacrées à la prise alimentaire. Et peut-être verrons-nous que notre faim dépend en partie d'un organe entièrement composé de cellules non-humaines...