L'OMS demande une réduction des antibiotiques en ce qui concerne l'alimentation animale. Les élevages intensifs favorisent la transmission des infections, et donc l’usage des traitements antibiotiques. © phb.me, Fotolia

Santé

Alimentation animale : l'OMS demande une réduction des antibiotiques

ActualitéClassé sous :médecine , antibiotique , résistance aux antibiotiques

L'OMS recommande de ne plus utiliser d'antibiotiques chez les animaux d'élevage en bonne santé. De telles pratiques, qui visent à favoriser la croissance et à éviter des maladies chez des animaux, favorisent l'antibiorésistance.

  • Mieux vaut ne pas utiliser d'antibiotiques pour les animaux sains, estime l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
  • L'usage excessif d'antibiotiques dans les élevages accroît les résistances chez les bactéries.
  • Les éleveurs et les consommateurs de viande mal cuite risquent d'acquérir des bactéries résistantes.

Pour préserver l'efficacité des antibiotiques en médecine humaine, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) demande que leur usage soit restreint aussi chez les animaux. Car, comme l'explique Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, dans un communiqué« un manque d'antibiotiques efficaces est une menace pour la sécurité sanitaire aussi grave qu'une flambée soudaine d'une maladie mortelle ». En effet, selon certaines prévisions, en 2050, il pourrait y avoir 50 millions de morts par an dans le monde à cause de la résistance aux antimicrobiens.

Le volume d’antibiotiques utilisés chez les animaux continue de croître partout dans le monde.

Dans certains pays, 80 % des antibiotiques sont consommés par des animaux. Kazuaki Miyagishima, directeur du département Sécurité sanitaire des aliments, zoonoses et maladies d'origine alimentaire à l'OMS, explique : « Le volume d'antibiotiques utilisés chez les animaux continue de croître partout dans le monde, sous l'effet de la demande grandissante en aliments d'origine animale, provenant souvent d'élevages intensifs ».

Or, cette surconsommation contribue à la montée de l'antibiorésistance en médecine vétérinaire et humaine. En effet, les antibiotiques donnés aux animaux sont proches de ceux utilisés chez l'Homme. Les bactéries résistantes peuvent passer de l'animal à l'Homme par la consommation de viande non cuite, par contact étroit entre l'Homme et l'animal ou encore par de l'eau contaminée.

Une recherche parue dans The Lancet Planetary Health a directement inspiré ces nouvelles recommandations de l'OMS. Cette revue d'articles basée sur 81 études a trouvé que des interventions limitant l'usage des antibiotiques dans les élevages réduisaient la résistance des bactéries.

Les bactéries peuvent acquérir des résistances par mutation. Souvent, les gènes de résistance se trouvent sur des plasmides (des ADN circulaires) qui peuvent s’échanger entre bactéries. © psdesign1, Fotolia

Les bactéries résistantes passent de l'animal à l'Homme

En rassemblant tous les résultats, les auteurs ont trouvé que la restriction des antibiotiques réduisait la prévalence de l'antibiorésistance chez les animaux de 10 à 15 % en moyenne (allant de 0 à 39 %). Cela dépendait de la classe d'antibiotiques et des bactéries. Pour les bactéries multirésistantes, la restriction des antibiotiques diminuait de 24 à 32 % la prévalence de ces bactéries chez les animaux. Les scientifiques ont aussi regardé si la réduction des antibiotiques dans les élevages diminuait la prévalence des résistances chez les bactéries de l'Homme. Ils ont trouvé que la résistance aux antibiotiques diminuait de 24 %, mais surtout chez les personnes en contact direct avec les animaux.

Pour ces raisons, l'OMS recommande donc une réduction générale de l'usage des antibiotiques dans l'élevage. Les animaux en bonne santé ne devraient en recevoir que pour prévenir des maladies déjà détectées dans le même élevage. De préférence, les animaux malades devraient être testés pour sélectionner le traitement antibiotique approprié. Les alternatives aux antibiotiques sont une meilleure hygiène, la vaccination et l'amélioration des conditions d'élevage.

Il y a urgence à agir. Certaines bactéries responsables d'infections chez l'Homme ont déjà développé des résistances à presque tous les traitements disponibles ; il existe relativement peu de nouveaux antibiotiques en test dans les laboratoires pharmaceutiques.

Pour en savoir plus

L’OMS est pessimiste devant les résistances aux antibiotiques

Article de AFP-Relax paru le 6 mai 2014

L'heure est grave : les bactéries s'adaptent aux traitements et les antibiotiques sont de moins en moins efficaces. Dans son dernier rapport sur le sujet, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dresse un bilan plutôt alarmiste.

Les résistances aux antibiotiques s'étendent dangereusement à travers le monde. Pour l'OMS, ce phénomène constitue désormais une grave menace pour la santé publique. Pourra-t-on toujours traiter des infections que l'on combat facilement aujourd'hui avec des antibiotiques ? Dans un rapport publié récemment, l'OMS se montre très pessimiste. Elle révèle en effet que ce péril n'est plus une prévision : de nombreuses bactéries, efficacement combattues jusqu'à présent par des antibiotiques, y sont devenues résistantes. Dans certains cas, les traitements de dernier recours ne fonctionnent plus et les taux de mortalité due à ces microbes très résistants (les superpathogènes) augmentent dans certains pays. Les médecins se retrouvent de plus en plus impuissants face aux infections.

Un exemple est celui de Klebsiella pneumoniae, une bactérie à l'origine de nombreuses infections nosocomiales pouvant conduire à une pneumonie ou une septicémie. Or, cette espèce a développé une résistance aux carbapénèmes, des antibiotiques utilisés pour la combattre. Les conséquences font froid dans le dos : chez plus de la moitié des patients contaminés par Klebsiella pneumoniae, le traitement antibiotique est inefficace. Les auteurs du rapport mettent aussi en avant les résistances aux fluoroquinolones, des antibiotiques très utilisés contre les infections urinaires dues à Escherichia coli.

Comme de nombreuses autres espèces, le staphylocoque doré est de plus en plus résistant aux antibiotiques. Le Sarm, ou Staphylococcus aureus résistant à la méticilline, est responsable d’environ 20.000 décès chaque année aux États-Unis. On peut en apercevoir ici quelques représentants (en jaune), accompagnés d’un neutrophile mort (en rouge). © NIAID, Flickr, CC by 2.0

Vers une ère post-antibiotique ?

La liste des antibiotiques pour lesquels les microbes ont développé des résistances est longue. « Exposés à des bactéries comme Staphylococcus aureus (le staphylocoque doré), les patients sont malades plus longtemps et ont plus de risque de décéder », poursuit l'OMS. « À moins que les nombreux acteurs concernés agissent d'urgence et de manière coordonnée, le monde s'achemine vers une ère post-antibiotique, estime Keiji Fukuda, sous-directeur général de l'OMS pour la sécurité sanitaire. Des infections courantes et des blessures mineures qui sont soignées depuis des décennies pourraient à nouveau tuer. »

Ce constat concerne les 114 pays analysés par ce rapport. Dans certaines régions du monde, le traitement par les antibiotiques classiques est devenu inefficace. « En Afrique, jusqu'à 80 % des infections à staphylocoque doré se sont ainsi avérées résistantes à la méticilline (Sarm). » Pour lutter contre cette évolution dangereuse, l'OMS rappelle quelques recommandations :

  • utilisez les antibiotiques uniquement lorsqu'ils vous sont prescrits par un médecin ;
  • terminez toujours le traitement conformément à l'ordonnance, même si vous vous sentez mieux ;
  • ne partagez jamais des antibiotiques avec d'autres personnes et n'utilisez jamais les médicaments restants d'une ordonnance précédente.

La résistance des bactéries aux antibiotiques, une menace grandissante  Les antibiotiques possèdent la propriété de tuer ou de limiter la propagation des bactéries. Or, certaines ne réagissent plus aux traitements. Dans cet épisode, Patrice Courvalin explique les trois grands mécanismes du processus de résistance.