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Activer les plaquettes pour bloquer le VIH

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Nous pourrions disposer d'une ligne de défense innée contre le VIH : les plaquettes. Lorsqu'elles s'activent, elles libèrent des molécules qui empêchent le virus du Sida de pénétrer dans les cellules qu'il cible. Voilà peut-être un moyen de limiter l'expansion du VIH chez les patients infectés ou d'orienter la recherche vers le développement de nouvelles thérapies.

Les plaquettes (ici représentées en vert sous cette vue au microscope électronique à transmission) sont les plus petits composants du sang. Elles sont issues de la fragmentation d'une grosse cellule appelée mégacaryocyte, et ne sont donc pas des cellules à proprement parler. Elles sont d'une taille inférieure aux globules rouges, que l'on peut voir à côté. © University of Edinburgh, Wellcome Images, cc by nc nd 2.0

Peu à peu, le VIH dévoile ses secrets. La recherche contre le Sida avance à grands pas, à tel point que certains scientifiques osent parler de « guérison » pour les années à venir. D'ailleurs, un patient, Timothy Brown, aurait été complètement libéré du virus, tandis que d'autres seraient dans une sorte de rémission que les spécialistes appellent guérison fonctionnelle. Chez eux, le VIH n'a pas été complètement exterminé mais il réside à des taux si faibles qu'il ne peut plus infecter, ce qui permet à ces personnes de mener une vie normale, sans avoir à prendre toute une batterie de médicaments.

L'an passé, une étude parue dans les Pnas révélait l'efficacité d'une molécule nommée CXCL4 pour bloquer l'entrée du VIH dans les cellules. Celle-ci est produite par les plaquettes, ces éléments figurés du sang connus notamment pour leur rôle dans la coagulation. Restait à savoir si ces fragments cellulaires pouvaient réellement constituer une ligne de défense contre le virus du Sida.

Voilà ce que des scientifiques allemands du German Primate Center (Göttingen) ont voulu vérifier. Leurs résultats, parus dans Retrovirology, confirment cette intuition : dans un milieu riche en plaquettes, le VIH connaît des difficultés pour infester les lymphocytes T CD4+ (LT4), ses cibles privilégiées.

Des plaquettes activées, un VIH bloqué

L'expérience s'est déroulée in vitro. Des plaquettes ont été placées dans un environnement contenant des LT4. Le VIH a été inoculé et les auteurs ont regardé s'il y avait infection. Sans traitement complémentaire, les thrombocytes (autre nom des plaquettes) semblaient inhiber l'action du virus, avec une efficacité dépendante de la concentration.

Le VIH, ici représenté par les particules bleues, cible principalement les lymphocytes T CD4+ (en doré). Souvent, l'infection par le virus du Sida a été également associée à une thrombocytopénie, nom barbare signifiant un nombre particulièrement bas de plaquettes. Or, on ne savait pas exactement pourquoi. © R. Dourmashkin, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Dans une autre phase de l'expérience, les chercheurs ont montré que c'était bien l'activation des plaquettes qui provoquait la réponse immunitaire. En les stimulant artificiellement par l'ajout d'une protéine homologue à celle qui, naturellement, déclenche les processus de coagulation, la réaction a été identique.

Ils ont donc cherché à comprendre si c'était le relargage du contenu des thrombocytes qui était impliqué. En récoltant le surnageant obtenu après activation des plaquettes et libération de leur contenu, l'effet était identique contre le VIH-1, la forme la plus commune à l'origine du Sida. En revanche, le VIH-2 et le VIS, occasionnant le Sida des singes, semblaient insensibles.

Des implications dans le traitement du Sida ?

Enfin, la dernière phase consistait à ne récupérer que la protéine CXCL4 du surnageant issu des thrombocytes. Une fois encore, le VIH-1 ne peut pénétrer dans les cellules, l'entrée lui étant rendue impossible, puisque c'est à ce niveau qu'agit la molécule.

Il reste encore de nombreuses questions sans réponses à la suite de ce travail, mais celles-ci devraient faire l'objet d'investigations approfondies à l'avenir. Comment le VIH peut-il activer les plaquettes ? On l'ignore, mais on sait déjà que des adénovirus en sont capables par simple contact. À voir si le virus du Sida interagit de la même façon.

D'autre part, reste à cerner comment utiliser cette découverte dans un but thérapeutique. Dans un premier temps, les auteurs espèrent utiliser ces propriétés pour ralentir l'expansion du virus à l'intérieur d'un organisme affecté. À terme, cela pourrait également déboucher sur la mise au point d'un composé homologue à CXCL4 permettant de traiter l’infection.