Le virus Zika est transmis par la piqûre de moustiques. © nechaevkon, Shutterstock

Santé

Le virus Zika associé au syndrome de Guillain-Barré en Polynésie

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Marie-Céline Jacquier, Futura-Sciences

Des chercheurs français ont confirmé l'association entre l'infection par le virus Zika et le syndrome de Guillain-Barré en se basant sur les données de 2013-2014 en Polynésie française. Une perspective inquiétante au vu de l’ampleur de l’épidémie qui touche actuellement l’Amérique latine.

Craint pour le risque de microcéphalie qu'il ferait courir aux fœtus plus que pour ses symptômes légers, le virus Zika pourrait aussi menacer les adultes en provoquant une maladie neurologique : le syndrome de Guillain-Barré. C'est ce qu'affirme une étude française parue dans la revue The Lancet.

Arbovirus du genre des flavivirus, Zika a été isolé pour la première fois en 1947 chez un macaque Rhesus de la forêt Zika en Ouganda. Les symptômes de l'infection chez l'Homme sont une fièvre légère, des rougeurs, des douleurs musculaires et articulaires, des maux de tête. L'infection peut aussi être asymptomatique. Entre octobre 2013 et avril 2014, la Polynésie française a connu une épidémie de Zika, avec environ 32.000 personnes infectées ; 42 cas de syndrome de Guillain-Barré ont aussi été recensés, alors qu'ils étaient au nombre de 5, 10, 3 et 3 dans les années 2009, 2010, 2011 et 2012.

Le syndrome de Guillain-Barré correspond à une pathologie qui peut apparaître après une infection virale ou bactérienne. Les patients développent une faiblesse musculaire et une paralysie des membres. La plupart se rétablissent mais 30 % peuvent conserver une faiblesse musculaire des années plus tard. Parfois, sans des cas sévères, une respiration artificielle doit être mise en place. Le risque de Guillain-Barré augmente avec l'âge, et les hommes sont plus souvent touchés que les femmes. Pour expliquer ce syndrome, l'hypothèse de l'auto-immunité est souvent avancée : le système immunitaire qui doit combattre une infection finit par s'attaquer aux cellules nerveuses, provoquant la paralysie.

Des milliers de cas de microcéphalies ont été signalés au Brésil depuis novembre 2015. © idé

Le syndrome est lié au virus Zika mais pas à la dengue en Polynésie

Les virus connus pour causer le syndrome de Guillain-Barré sont par exemple le chikungunya, l'influenza, le cytomégalovirus ou le virus Epstein-Barr. Les infections par les bactéries Campylobacter (responsables de gastro-entérites) sont aussi associées à ce syndrome. La coïncidence entre l'infection par le Zika et l'augmentation des cas de Guillain-Barré en Polynésie française, ainsi que la circulation de la dengue à la même période, ont suggéré aux chercheurs un possible lien entre ces évènements. L'objectif de cette étude était donc de tester le rôle du Zika, mais aussi de la dengue, dans l'augmentation du nombre de cas de Guillain-Barré en Polynésie française.

Pour cela, les chercheurs ont analysé les échantillons sanguins des 42 patients diagnostiqués avec un syndrome de Guillain-Barré au centre hospitalier de Polynésie française de Papeete (Tahiti) pendant l'épidémie de Zika de 2013-2014. 41 patients portaient des anticorps suggérant qu'ils avaient été en contact récent avec le Zika. 88 % des patients ont également affirmé avoir eu des symptômes évoquant le Zika comme des rougeurs et de la fièvre, une semaine avant que le syndrome de Guillain-Barré se déclare. Aucun des patients n'est décédé. Par rapport aux autres virus qui causent des Guillain-Barré, le syndrome de Guillain-Barré causé par le Zika semble se déclarer plus tôt, puisqu'il faut généralement plusieurs semaines avec d'autres virus.

Concernant le virus de la dengue qui circulait en même temps que l'épidémie de Zika, les chercheurs n'ont pas pu prouver un lien entre le virus de la dengue et les syndromes de Guillain-Barré de Polynésie française.

Dans le cas de la Polynésie française, la fréquence du syndrome s'établit à 24 cas de Guillain-Barré pour 100.000 personnes infectées. Les pays d'Amérique latine qui connaissent l'épidémie de Zika actuelle commencent à signaler également une augmentation des cas de Guillain-Barré. Ainsi, au Brésil, il y a eu 19 % de cas en plus en 2015 par rapport à 2014. En raison de l'ampleur de l'épidémie en Amérique latine, les chercheurs suggèrent que les services de santé se préparent à accueillir des patients dans les hôpitaux pour des soins intensifs.

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