L’anthrax conservé sur une carcasse d’un renne mort il y a 75 ans se serait réveillé à cause du réchauffement du pergélisol. © Dmytro Pylypenko, Shutterstock

Santé

Le réchauffement climatique réveille un anthrax en Sibérie

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Des dizaines de personnes ont été hospitalisées, un enfant est décédé, et plus de 2.000 rennes auraient péri à cause de l'anthrax. La cause possible de cette situation d'urgence sanitaire : le réchauffement climatique qui aurait mis au jour un cadavre de renne infecté il y a 75 ans par la bactérie mortelle.

L'anthrax (Bacillus anthracis), ou bacille du charbon, est une bactérie courante dans le monde sauvage mais causant une grave infection chez l'Homme : la maladie du charbon. Les symptômes de l'infection sont cutanés, respiratoires, intestinaux et vasculaires. La forme cutanée est la moins dangereuse mais, sans traitement, environ 20 % des patients en meurent. L'anthrax par inhalation est le plus dangereux et tue la grande majorité des personnes infectées si elles ne sont pas traitées assez tôt. Un vaccin existe, ainsi que des antibiotiques.

Cet été, une grave crise de l'anthrax touche l'ouest de la Sibérie, dans la région de Yamalo-Nenets. D'après le Siberian Times, 72 personnes sont hospitalisées, dont une quarantaine d'enfants. Un garçon de 12 ans est décédé samedi de la forme intestinale de l'anthrax, après avoir consommé de la viande contaminée. En quelques semaines, les populations de rennes ont été décimées et des dizaines de membres de la communauté Nenet ont dû être déplacés. 2.300 rennes environ seraient morts, des estimations revues à la hausse ces derniers jours.

Le climat plus chaud est sans doute à l'origine de ce drame. Une crise de l'anthrax a en effet déjà eu lieu dans la région en 1941, causant de nombreuses morts dans les populations de rennes. L'hypothèse envisagée est qu'un de ces animaux mort dans la toundra à cette époque a été conservé dans le sol gelé durant 75 ans. Or, cet été, une vague de chaleur inhabituelle a touché la toundra, avec des températures de 5,6 °C au-dessus des normales saisonnières. Le dégel du sol en profondeur a dû réveiller la bactérie dormante.

Des spores d’anthrax, une bactérie courante dans la nature mais dangereuse pour l'Homme. © Everett Historical, Shutterstock

Des spores d’anthrax survivent des décennies dans l’environnement

En 2011, des chercheurs russes se sont intéressés aux risques d'anthrax liés au réchauffement du pergélisol, une couche de sol située sous la surface qui ne dégèle jamais. Cette étude, parue dans Global Health Action, avait déjà révélé que l'anthrax pouvait rester dormant dans le pergélisol sibérien pendant de très longues durées : plus de 100 ans ! Comme l'expliquaient les chercheurs russes dans leur étude, à cause de la fonte du pergélisol, « les vecteurs d'infections mortelles des 18e et 19e siècles peuvent revenir, surtout près des cimetières où les victimes de ces infections ont été enterrées ».

Entre les années 1900 et 1980, la température à la surface du pergélisol a augmenté de 2 à 4 °C. Et pour les chercheurs, ce réchauffement peut augmenter le risque de zoonoses. Entre 1897 et 1925, des crises fréquentes d'anthrax ont causé la mort de 1,5 million de rennes dans le nord de la Russie. Mais, comme le rappellent les chercheurs, la vaccination massive des animaux domestiques a montré son efficacité pour lutter contre la maladie.

Rappelons que les spores d'anthrax sont aussi connues comme armes de guerre biologique. En 1916, en Finlande, des rebelles scandinaves s'en sont servi contre les forces russes. L'anthrax a été utilisé par des terroristes en 2001 aux États-Unis après les attentats du 11 septembre. Une vingtaine de personnes avaient été infectées par des enveloppes contaminées envoyées par la poste et cinq en étaient décédées. En 1979, une fuite dans un laboratoire de l'armée soviétique avait conduit à la mort de dizaines de personnes à Iekaterinebourg.

La fonte du pergélisol favorise le réchauffement climatique  Le pergélisol, ou permafrost en anglais, regroupe les sols de notre planète qui sont gelés en permanence. Menacé de fonte définitive par le réchauffement climatique, sa disparition inquiète les scientifiques. Le Cnes nous en dit plus au cours de cette vidéo.