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Un lien entre le papillomavirus et une maladie auto-immune

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Les cellules immunitaires activées lors d'une infection par le virus HPV-16 sont similaires à celles que l'on retrouve dans une maladie auto-immune, le lichen plan érosif muqueux (LPEM). Dans cette maladie de la peau, le système immunitaire réagit anormalement à l'encontre des muqueuses.

Papillomavirus observé au microscope électronique. © Laboratory of Tumor Virus Biology, NIH, DP

Le lichen plan érosif muqueux (LPEM) est une maladie inflammatoire, suspectée d'être auto-immune : elle s'expliquerait par une activation anormale des cellules immunitaires dirigée contre certaines cellules de l'organisme. La maladie touche les muqueuses buccales et génitales et se manifeste par des lésions et la destruction de cellules de la peau appelées kératinocytes. Elle est chronique et récidivante, puisque les traitements actuels ne sont que partiellement efficaces. Bien que rare - elle affecte de 0,1 à 4 % de la population générale -, la maladie du LPEM peut engendrer des complications sévères (douleurs, difficultés à s'alimenter, transformation cancéreuse...).

Les mécanismes biologiques sous-jacents du LPEM étaient jusqu'à présent mal connus. Un article paru dans la revue Journal of Investigative Dermatology, dû aux équipes de Marie-Lise Gougeon (Institut Pasteur), de Nicolas Fazilleau (Inserm, université Toulouse III - Paul Sabatier, CNRS) et de Hervé Bachelez (Sorbonne Paris-Cité, université Paris-Diderot), a mis en évidence que la réaction immunitaire aboutissant à la destruction des cellules des muqueuses impliquait des lymphocytes spécifiques de la réponse contre le papillomavirus humain (HPV). Cela indiquerait un lien entre le LPEM et l'infection par la souche HPV-16, virus déjà connu pour être responsable de verrues génitales et de cancers du col de l'utérus.

Des lymphocytes d'un type particulier

Une première analyse des biopsies des tissus lésés et du sang des patients avait déjà révélé aux chercheurs la présence de lymphocytes cytotoxiques autour des cellules détruites. Les scientifiques ont donc cherché à caractériser précisément le rôle et l'origine de ces lymphocytes. Chez les dix patients étudiés par Manuelle Viguier, l'analyse a mis en évidence une population anormalement abondante de lymphocytes T CD8, de type Vβ3, agissant spécifiquement contre le HPV-16. La proportion de ce type de lymphocytes a été mesurée au cours des différentes phases de la maladie (poussée ou rémission). Les chercheurs ont ainsi démontré que ces cellules sont moins nombreuses pendant les phases de rémission clinique et qu'elles se multiplient pendant les poussées.

Les lymphocytes cytotoxiques activés dans la maladie auto-immune semblent les mêmes que ceux impliqués dans la réaction au virus HPV-16. © National Cancer Institute, DP

Les cellules exprimeraient un auto-antigène rappelant le virus

L'une des hypothèses émises par les chercheurs est que les kératinocytes des patients exprimeraient à leur surface un auto-antigène (molécule propre aux cellules de l'organisme) très semblable à l'antigène de HPV-16. Celui-ci introduirait une confusion chez les lymphocytes T ayant gardé en mémoire une ancienne infection HPV : croyant reconnaître un antigène HPV à la surface des kératinocytes, les lymphocytes des malades déclencheraient une action cytotoxique contre elles.

La conclusion de l'étude est que le LPEM pourrait être une maladie auto-immune impliquant les lymphocytes T CD8 spécifiques du HPV-16. C'est la première fois qu'un lien est établi entre l'infection par ce papillomavirus et une maladie auto-immune.

Ces résultats ouvrent de nouvelles pistes thérapeutiques pour les formes sévères de LPEM. Ces travaux ont fait l'objet d'un dépôt de brevet par l'institut Pasteur dans l'objectif d'étendre au LPEM l'indication d'un vaccin thérapeutique contre le HPV.