La calvitie masculine serait liée à différents gènes, dont certains présents sur le chromosome X. © schankz, Fotolia

Santé

Génétique : la calvitie est bel et bien héréditaire

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Une étude portant sur 52.000 hommes au Royaume-Uni a identifié plus de 200 marqueurs génétiques de la calvitie. Beaucoup de gènes étaient impliqués dans le développement du cheveu et une partie d'entre eux se trouvaient sur le chromosome X, hérité de la mère.

La calvitie n'est pas toujours bien vécue par ces messieurs. À l'âge de 80 ans, environ 80 % des hommes seraient chauves. Mais ce n'est pas qu'un problème esthétique : des études ont également suggéré un lien entre la calvitie et un risque accru de développer certaines pathologies, comme le cancer de la prostate ou des maladies cardiovasculaires.

La calvitie est en partie héréditaire. Jusqu'à présent, une poignée de gènes liés à cette affection étaient connus. Des chercheurs de l'université d'Édimbourg ont voulu savoir s'il y avait d'autres régions génétiques impliquées. Ils ont donc analysé les données de plus de 52.000 hommes âgés de 40 à 69 ans, faisant partie de la base de données UK Biobank, afin de trouver des associations entre des marqueurs génétiques et la calvitie.

D'après leurs résultats parus dans la revue PLOS Genetics, ils ont ainsi mis en évidence 287 régions génétiques liées à la calvitie : 247 sur des chromosomes autosomes, correspondant à 112 gènes, et 40 sites génétiques sur le chromosome X, correspondant à 13 gènes. Or ce chromosome sexuel, chez les hommes, est hérité de leur mère.

Chez l’homme, les chromosomes sexuels sont X et Y. Le X provient de la mère et le Y du père. © freshidea, Fotolia

Des gènes impliqués dans le développement du cheveu

Beaucoup des gènes identifiés étaient liés à la structure du cheveu et à son développement. Par exemple, parmi les gènes présents sur des chromosomes autosomes, FGF5 est impliqué dans la croissance du poil chez la souris. Sur le chromosome X, le récepteur des androgènes était lui aussi associé à la calvitie, de même que deux autres gènes proches : EDA2R (impliqué dans le maintien des cheveux) et OPHN1.

Dans leur discussion, les auteurs expliquent que les gènes du chromosome X semblent plus influencer la calvitie précoce que la perte de cheveux tardive.

Pour Riccardo Marioni,  un des auteurs de ces travaux, « les résultats ouvrent la voie à une meilleure compréhension des causes génétiques de la perte de cheveux. » Tous les gènes identifiés pourraient aussi constituer des cibles pour trouver de futurs traitements

Dans une deuxième partie de leur recherche, les auteurs ont créé un algorithme pour distinguer, à partir de variantes génétiques, les hommes qui ne perdraient pas leurs cheveux de ceux qui auraient une perte importante. Les résultats ont ainsi permis d'identifier les personnes les plus à risque de calvitie.

Pour en savoir plus

Calvitie : de nouveaux gènes identifiés

Article de Jean Etienne, paru le 15/10/2008

Un tiers des hommes seront atteints de calvitie avant l'âge de 45 ans, un phénomène héréditaire dont l'origine était mal connue car dépendant d'une conjonction de facteurs. L'un d'eux vient d'être identifié.

Généralement due à un déséquilibre des taux d'hormones mâles (androgènes) dans le sang, la calvitie androgénétique (ou androgénique), dont le caractère héréditaire est reconnu dans 80 % des cas, n'entraîne directement aucune altération de la santé du tiers des hommes qui en sont atteints avant l'âge de 45 ans. Pourtant, les répercussions sociales et économiques en sont considérables.

Au niveau planétaire, la vente de produits pharmaceutiques et cosmétiques visant à la combattre ou en atténuer les effets génère un revenu de 405 millions de dollars, tandis que les seuls Américains ont dépensé durant l'année 2007 plus de 115 millions de dollars en transplantations capillaires. On comprend dès lors que toute recherche dans ce domaine est susceptible d'intéresser un grand nombre de scientifiques, mais aussi l'industrie pharmaceutique pressée de mettre au point des traitements contre la calvitie de plus en plus sollicités par la patientèle.

Une meilleure connaissance des causes de calvitie

Vincent Mooser, de GlaxoSmithKline, Brent Richards, de la Faculté de médecine de l'Université McGill et de l'Hôpital général juif affilié à McGill, ainsi que Tim Spector, du King's College, se sont récemment engagés dans cette voie de recherche, en collaboration avec d'autres scientifiques d'Islande, de Suisse et des Pays-Bas. Leurs résultats viennent d'être publiés dans Nature Genetics.

La science connaissait déjà de longue date l'influence d'une variante génétique frappant le chromosome X sur l'apparition de la calvitie androgénétique, signe, selon les chercheurs, que la transmission de ce caractère héréditaire était transmis par la mère. Mais il était aussi admis que plusieurs gènes étaient responsables de sa survenue.

L'idée de l'équipe de recherche a été de procéder à une étude d'association au niveau du génome parmi un échantillonnage de 1.125 hommes chez lesquels ce type d'affection avait été diagnostiqué. Deux nouvelles variantes génétiques, dont le lien n'était autrefois pas apparu avec la calvitie androgénétique, ont ainsi été identifiées sur le chromosome 20. Les scientifiques ont ensuite confirmé ces observations auprès d'un second échantillon de 1.650 hommes sélectionnés selon les mêmes critères, établissant que ces variantes augmentaient de façon déterminante le risque de calvitie.

Encore trop tôt pour un traitement

Les chercheurs tiennent toutefois à tempérer leur découverte. Si elle permet, pour la première fois, d'établir un lien formel entre une conjonction de variantes génétiques et l'apparition de la calvitie androgénétique, elle est à considérer comme une percée scientifique et non comme le préliminaire à une nouvelle forme de traitement. Car il s'agit là de recherche fondamentale visant à déterminer la cause d'un problème, étape à la fois préliminaire et indispensable à l'élaboration de toute action curative.

« Nous avons seulement déterminé l'une des causes. Le traitement de la calvitie androgénétique nécessitera davantage de recherches. Toutefois, il va sans dire que la première étape vers la découverte d'un traitement, dans la plupart des cas, consiste tout d'abord à déterminer la cause du problème », rappelle Brent Richards, un des dirigeants de l'équipe de recherche.

« Nous savons maintenant que si un homme présente à la fois les variantes génétiques que nous avons découvertes sur le chromosome 20 ainsi que la variante indépendante déjà connue sur le chromosome X, son risque d'être atteint de calvitie est sept fois plus élevé, conclut le chercheur. Plus effarant encore, un homme sur sept présente ces deux types de variantes de risque, soit 14 pour cent de l'ensemble de la population ! ».

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