Grande dame de la génétique des bactéries, Esther M. Zimmer Lederberg (18 décembre 1922 - 11 novembre 2006) a plusieurs découvertes à son actif, notamment la transduction, cette transmission de gènes entre bactéries par l'intermédiaire d'un virus. © DR

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Esther Lederberg, pionnière méconnue de la génétique bactérienne

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Esther Lederberg a, entre autres, découvert le virus bactériophage lambda et les échanges de gènes entre bactéries. Travaillant avec son mari, elle a aussi mis au point la technique de réplique de colonies bactériennes par tampon de velours, toujours utilisée aujourd'hui. C'est cependant son époux qui décrochera seul le prix Nobel de médecine en 1958. De la difficulté d'être une femme en science...

Le nom d'Esther Lederberg a souvent figuré sur les listes de femmes nobélisables. Pourtant, ses travaux ne sont pas connus en dehors de la sphère scientifique, bien que ses découvertes aient considérablement fait avancer la biologie moléculaire, l'organisation du matériel génétique et constitué « un outil fondamental pour de nombreux lauréats du prix Nobel », selon Richard Novick, de l'université de New York.

Esther Lederberg est surtout célèbre pour les travaux qu'elle a menés avec son premier mari, Joshua Lederberg, seul récompensé par un prix Nobel de médecine en 1958 pour leurs recherches communes et leurs découvertes sur l'accouplement des bactéries. Pourtant, comme le fait remarquer un communiqué de presse de l'université de Stanford (Californie, États-Unis), « elle a fait un travail tout aussi remarquable et a ouvert la voie aux femmes scientifiques à Stanford, et dans la société en général ».

Esther Lederberg a obtenu sa maîtrise à Stanford en 1946 et soutenu sa thèse à l'université du Wisconsin. Avec son premier mari, Joshua Lederberg, elle a développé la réplique sur plaque, une technique déconcertante de simplicité encore utilisée aujourd'hui dans les laboratoires de génétique, qui leur a permis de démontrer le « caractère spontané des mutations bactériennes ».

« Génie de laboratoire », Esther Lederberg a décroché un poste... de vacataire

En 1951, au cours d'une expérience différente, Esther Lederberg a découvert un virus qu'elle a appelé le phage lambda dans la souche K-12 d'Escherichia coli. Après exposition aux rayons ultraviolets, elle a remarqué que les bords de la souche étaient comme grignotés. Elle s'est alors rendu compte que, si ce virus ne produisait pas de dommages immédiats sur E. coli, il pouvait néanmoins « se transmettre au cours de l'accouplement bactérien et dans le matériel génétique ordinaire » et rester en sommeil ou s'activer et détruire son hôte dans certaines circonstances. Cette découverte a aidé les chercheurs à comprendre les phénomènes d'hérédité génétique dans les bactéries et dans les virus plus complexes.

Esther Zimmer Lederberg dans son laboratoire en 1977. © Domaine public, collection Stanford University archive, site : http://www.estherlederberg.com/

Stanley Falkow, PhD, professeur spécialisé dans la recherche contre le cancer à l'université de Stanford, reconnaît en elle « une des grandes pionnières de la génétique bactérienne ». Cependant, comme c'est souvent le cas pour les grandes scientifiques, elle a rencontré de nombreux obstacles en raison de son sexe. Elle a été ignorée lors de l'attribution du prix Nobel de médecine en 1958 pour ses travaux avec son mari et a dû se battre pour obtenir un poste d'enseignant-chercheur à Stanford. Pour y accéder, elle a persuadé le doyen de la faculté de médecine en lui proposant de commencer à un poste de vacataire (alors qu'elle était nettement surqualifiée). Son parcours illustre les difficultés qu'ont connues les femmes pour s'imposer dans les milieux universitaires à cette époque.

Il va sans dire qu'Esther Lederberg n'est pas la seule femme à avoir été victime de discrimination dans le monde du travail. Cela ne l'a pas freinée pour autant. « Puits de science dans le domaine des bactéries et des souches de phages sur lesquelles elle travaillait », elle était également charmante et pleine d'esprit, capable de captiver son public avec ses histoires.

Elle s'est éteinte en 2006 à l'âge de 83 ans, mais son héritage reste bien vivant. Ses collègues et la communauté scientifique se souviennent d'elle avec tendresse : « Tant sur le plan expérimental que méthodologique, c'était un génie de laboratoire ».