Hommes et femmes ne sont pas égaux face à certaines infections. © tommaso79, Shutterstock

Santé

Virus : les hommes vraiment plus malades que les femmes

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Des chercheurs suggèrent que les virus ont évolué de façon à toucher les hommes plus sévèrement que les femmes. Elles seraient épargnées car elles transmettent plus souvent des virus, lors d'une grossesse ou de l'allaitement.

Les hommes font-ils de la comédie quand ils sont malades ? D'après un article paru dans Nature Communications, de nombreuses infections causent effectivement des symptômes plus sévères chez les hommes que les femmes. Ainsi, les hommes risquent plus de mourir de la tuberculose que les femmes et les hommes infectés par le virus Epstein-Barr (celui de la mononucléose) développent deux fois plus souvent le lymphome de Hodgkin.

L'hypothèse souvent avancée pour expliquer ce phénomène est que les femmes auraient un système immunitaire plus puissant, grâce à leurs hormones sexuelles qui jouent un rôle dans l'immunité. Mais deux chercheurs de l'université de Londres avancent une nouvelle explication : les femmes sont plus intéressantes en tant qu'hôtes pour les agents infectieux car elles peuvent passer les infections pendant la grossesse, la naissance et l'allaitement. Il y aurait donc une pression évolutive qui favorise les virus plus virulents chez les hommes que les femmes.

Les virus s’adaptent pour être moins virulents chez les femmes

Dans cet article, les chercheurs se sont intéressé au cas du virus HTLV-1 qui peut conduire à une leucémie mortelle. Au Japon, les hommes infectés par HTLV-1 risquent 2 à 3,5 fois plus que les femmes de développer cette leucémie et d'en mourir, alors qu'aux Caraïbes, les deux sexes sont autant atteints. Les chercheurs ont utilisé un modèle mathématique pour montrer que la sélection naturelle semble favoriser les virus qui rendent les femmes moins malades. Dans le cas de HTLV-1, la différence entre le Japon et les Caraïbes serait due au fait que les femmes allaitent leur bébé plus souvent et plus longtemps au Japon.

Mais comment le virus détecte-t-il si l'hôte est de sexe masculin ou féminin ? Peut-être par l'environnement hormonal. Aussi, Vincent Jansen, un des deux auteurs de l'article, suggère une nouvelle piste thérapeutique dans New Scientist : faire croire au virus qu'il est chez une femme et non un homme.

Pour en savoir plus

Grippe : les femmes mieux protégées que les hommes face aux virus

Article de Marie-Céline Jacquier, paru le 15/01/2016

Les œstrogènes ont des effets antiviraux protecteurs contre un virus de la grippe, le virus influenza de type A. Ces hormones féminines, ainsi que d'autres molécules se liant aux mêmes récepteurs, limitent la réplication du virus dans des cellules nasales des femmes mais pas des hommes.

Au cours d'une infection grippale, le virus entre dans les cellules épithéliales respiratoires, où il se réplique. Lorsqu'ils sont libérés par les cellules infectées, les virus peuvent se répandre dans l'organisme. Plus un virus se réplique, plus l'infection est sévère. Chez les femmes, la sévérité de la grippe et d'autres maladies respiratoires varie au cours de la vie et pendant la grossesse, ce qui suggère un rôle des hormones sexuelles comme les œstrogènes.

Pour savoir comment les œstrogènes affectent la réplication du virus de la grippe, des chercheurs de la Johns Hopkins University ont utilisé des cellules épithéliales nasales provenant d'hommes et de femmes adultes. Ces cultures cellulaires ont été exposées à l'œstradiol et à d'autres molécules qui peuvent se lier au récepteur des œstrogènes : le bisphénol A (un perturbateur endocrinien) et des modulateurs sélectifs du récepteur des œstrogènes (SERM). Les cellules ont été infectées avec le virus influenza de type A. Les résultats paraissent dans American Journal of Physiology – Lung Cellular ans Molecular Physiology.

Les chercheurs ont observé que les œstrogènes, le raloxifène (SERM) et le bisphénol A réduisaient la réplication du virus de la grippe dans des cellules nasales de femmes mais pas d'hommes : l'œstradiol et les molécules testées avaient donc des effets antiviraux contre l'infection par le virus influenza de type A. L'effet était spécifique du sexe. D'après Sabra Klein, auteur de cette étude, « d'autres études ont montré que les œstrogènes ont des propriétés antivirales contre le VIH, le virus Ebola et le virus de l'hépatite ».

Les œstrogènes contrôlent le fonctionnement cellulaire de différents types de cellules en se liant à des récepteurs des œstrogènes, comme ERα et ERβ. Ces deux récepteurs sont tous les deux présents dans les voies respiratoires inférieures et supérieures et ils sont nécessaires au développement et au fonctionnement du poumon. Ici, les scientifiques ont constaté que l'effet antiviral nécessitait le récepteur bêta des œstrogènes.

Début janvier 2016, le seuil épidémique de la grippe n’était pas atteint. © Réseau Sentinelles

Les œstrogènes, une protection contre les maladies respiratoires

Cependant les femmes sont-elles vraiment mieux protégées que les hommes vis-à-vis de la grippe ? Ce n'est pas si simple, car les concentrations d'œstrogènes peuvent varier : « Parce que les niveaux d'œstrogène sont cycliques chez les femmes préménopausées, il peut être difficile de voir cet effet protecteur dans la population générale ».

Certaines femmes, comme celles qui suivent une thérapie hormonale, pourraient être mieux protégées pendant les épidémies de grippe saisonnière. « Nous voyons un potentiel clinique dans la découverte que les œstrogènes thérapeutiques utilisés pour traiter l'infertilité et la ménopause peuvent également protéger contre la grippe. »

Ainsi, les maladies respiratoires comme l'asthme et la grippe peuvent finalement être plus sévères chez les femmes que les hommes, mais cela dépend de l'âge et du statut hormonal des femmes. Chez la souris, les jeunes souris femelles ont une infection plus sévère avec le virus de la grippe A, par rapport aux mâles ; cette sévérité serait liée à la réponse inflammatoire dans les poumons. Une exposition continue à l'œstradiol, mais non cyclique, chez des souris femelles prolonge leur survie lors d'une infection avec le virus de la grippe A.

De même, chez les femmes, il existe une forme d'asthme prémenstruel et des contraceptifs oraux contenant de l'œstradiol peuvent réduire l'inflammation allergique dans les voies respiratoires. De manière générale, un maintien des concentrations d'œstradiol est associé à une amélioration des maladies respiratoires comme l'asthme.

Interview : comment lutter contre le virus de la grippe  Le virus de la grippe affectionne particulièrement le froid, qui lui permet de survivre plus longtemps. L’Institut Pasteur nous dévoile, dans cette interview de Vincent Enouf, directeur adjoint du Centre national de référence de la grippe, pourquoi ce virus bien connu revient tous les ans.