Un biologiste en plongée sur le récif corallien de l'atoll de Bikini. © Stephen Palumbi

Santé

Les coraux de Bikini, l'atoll des tests nucléaires, une arme contre le cancer ?

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Les cratères laissés par les tests nucléaires de l'atoll de Bikini sont contaminés par la radioactivité et pourtant des coraux y prospèrent sans problème. Des biologistes marins veulent percer le secret de cette résistance en espérant y trouver de nouvelles armes contre le cancer.

  • Les radiations augmentent les risques de développement d'un cancer mais certains animaux semblent plus résistants que les autres : c'est le cas des bâtisseurs de récifs sur l'atoll de Bikini, où des tests nucléaires importants ont eu lieu, rendant l'endroit inhabitable.
  • Des biologistes ont entrepris d'étudier les gènes de ces coraux et d'autres animaux de cet atoll.
  • Ces coraux détiennent peut-être de nouvelles molécules précieuses pour la chimiothérapie.

Plusieurs des armes dont dispose la médecine pour lutter contre le cancer par chimiothérapie ont été trouvées en étudiant les plantes tropicales. C'est le cas, par exemple, de la vinblastine et de la vincristine, les premiers vinca-alcaloïdes, isolés à partir des feuilles de la pervenche de Madagascar. Leurs propriétés antidiabétiques étaient connues depuis longtemps mais à la fin des années 1950, on a découvert qu'ils constituaient un traitement souvent efficace contre la leucémie infantile.

À bien des égards, les barrières coralliennes, comme celle de l'Australie qui a été étudiée par le Catlin Seaview Survey, sont des équivalents des grandes forêts tropicales et il n'est pas absurde d'imaginer que certaines des molécules présentes chez les plantes ou les animaux qui y vivent pourraient également être de bons médicaments. C'est le raisonnement que tient Stephen Palumbi, un spécialiste de la biologie et de l'écologie marine à l'université de Stanford et qui travaille sur les coraux.

Avec son étudiante Elora López, Palumbi a donc décidé de prospecter l'écosystème d'un atoll bien particulier des îles Marshall, dans l'océan Pacifique : l'atoll de Bikini.

Une vidéo montrant l'un des premiers tests atomiques, baptisé Baker, sur l'atoll de Bikini. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © YouTube

À Bikini, des crabes mangent de noix de coco radioactives

Inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, cet atoll est tristement célèbre comme un des symboles de l'entrée de l'humanité dans l'âge du nucléaire. C'est là que les États-Unis, de 1946 à 1958, ont conduit 23 essais nucléaires atmosphériques avant que ces essais ne soient bannis par un moratoire en 1958 signé par la Grande-Bretagne, l'URSS et les États-Unis, prélude au Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires de 1963. C'est cependant dans un autre atoll des îles Marshall qu'a explosé en 1952 la première bombe H baptisée Ivy Mike : l'atoll d'Eniwetok.

Mais c'est bien à Bikini qu'a eu lieu l'essai de la bombe H la plus puissante jamais testée par les États-Unis. L'énergie de l'explosion a atteint 15 mégatonnes, ce qui représente mille fois plus que chacune des deux bombes atomiques larguées sur le Japon. Le nom de cette opération, Castle Bravo, est tragiquement entré dans l'histoire parce que des êtres humains ont été frappés par les retombées radioactives de l'explosion. L'atoll de Bikini lui-même est devenu si pollué par les retombées des tests nucléaires que sa population n'a pu y revenir.

Pourtant, les coraux ont recolonisé l'atoll sans problème et semblent donc avoir mis en place des mécanismes biologiques pour résister aux dommages des radiations, qui peuvent provoquer des cancers. Stephen Palumbi a entrepris d'étudier la génétique des coraux qui se trouvent aujourd'hui dans les cratères laissés par les explosions nucléaires. Elora López s'occupe également des crabes qui mangent des noix de coco emplies d'un isotope radioactif provenant des eaux souterraines. López et Palumbi compareront également leurs échantillons avec des spécimens recueillis sur Bikini par des chercheurs de la Smithsonian Institution juste avant les essais atomiques.