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Peut-on retarder le vieillissement par la mélatonine ?

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Une équipe de scientifiques du laboratoire Arago de Banyuls-sur-mer a mis en évidence une effet étonnant de la mélatonine. Administrée à une musaraigne, elle entraîne un spectaculaire retard de ses premiers signes de sénescence.

Une musaraigne musette. Source Commons

Plus connue sous l'appellation d'hormone du sommeil, la mélatonine, une neurohormone, est produite à partir d'un neurotransmetteur, la sérotonine. Son rôle dans l'organisme est multiple et certains aspects sont toujours en cours d'exploration. Une de ses fonctions essentielles est la régulation du cycle circadien veille-sommeil. Sa sécrétion, dans la glande pinéale, ou épiphyse, est favorisée par l'absence de lumière. Elle constitue ainsi un signal biologique, permettant à l'organisme de se synchroniser avec l'alternance du jour et de la nuit.

Parmi les effets positifs de la mélatonine, on relève des propriétés antioxydantes, antidépressives ainsi qu'une action régulatrice contre les troubles du sommeil. Mais le plus étonnant d'entre tous est sans doute le dernier à avoir été découvert, un recul du vieillissement constaté par l'équipe de recherches conduite par Elodie Magnanou, du CNRS, et qui vient de faire l'objet d'une publication dans PloS One.

Testée sur la musaraigne

Avec ses collaborateurs, la chercheuse a entrepris l'étude des effets de la mélatonine administrée à un petit insectivore nocturne, la musaraigne musette (Crocidura russula). Facile à élever et présentant un cycle de reproduction relativement court, ce petit mammifère est souvent utilisé comme sujet d'expérience. Habituellement, cet animal présente les premiers signes de vieillissement vers l'âge de 12 mois, qui se signalent sous la forme d'une altération des cycles d'activité journalière. Or, il a été constaté que lorsque de la mélatonine était administrée (sous forme d'un implant) peu avant l'apparition de ces premiers signes, ceux-ci ne se manifestaient qu'à partir de 14 à 16 mois, soit un répit de 3 mois en moyenne.

Cette valeur est énorme si on la compare à la durée de vie totale de cette musaraigne, qui est de 12 à 18 mois dans la nature et jusqu'à 30 mois en captivité. Notons cependant que l'âge d'apparition des premiers signes de sénescence est invariablement de 12 mois, dans un cas comme dans l'autre.

La prochaine étape des scientifiques sera de comprendre les mécanismes par lesquels la mélanine entraîne ce résultat, pour éventuellement envisager une application en thérapeutique humaine. Une étude qui s'avère déjà longue et complexe, s'agissant d'organismes très différents, et pouvant être le siège d'effets secondaires imprévisibles pour l'instant.