Santé

Fête de la science : la biologie synthétique s’invite dans les garages

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Par Janlou Chaput, Futura

À l’occasion de la Fête de la science, Futura-Sciences revient sur les contributions des amateurs à la recherche des connaissances. Focus aujourd’hui sur le DIYbio, ou comment fabriquer des « machines vivantes » à l’aide de la biologie synthétique, bien au chaud dans sa cave. Un concept, né en 2008, qui prend de l’ampleur...

Ce biofilm bactérien programmable par la lumière est l'œuvre de scientifiques ayant participé en 2004 à l'iGEM, une compétition internationale de machines vivantes génétiquement modifiées organisées par le célèbre MIT. Ce genre de concours stimule la créativité et favorise le développement de la biologie synthétique qui inspire tant le mouvement DIYbio. © Endy, Wikipédia, cc by 2.5

« La science est une affaire trop importante pour la laisser entre les mains des seuls scientifiques » pourrait s'écrier aujourd'hui Georges Clemenceau (qui avait employé cette phrase pour la guerre et les militaires). À tel point que les citoyens, éclairés ou non, contribuent au développement de la recherche. Parfois sollicités par les savants, les amateurs se lancent aussi de manière indépendante à la quête de la connaissance.

La biologie n'échappe pas à ces règles. Il faut dire que les techniques ultrasophistiquées des débuts des années 2000 deviennent peu à peu accessibles au quidam moyen désireux de créer un laboratoire dans sa cave. S'il a fallu presque 15 ans et 3 milliards de dollars pour le Projet génome humain (1990-2003) qui consistait à séquencer intégralement l'ADN de l'Homme, 9 ans après son terme, il en coûte quelques milliers voire quelques centaines d'euros pour une réponse en quelques jours.

Une telle mode n'est pas sans rappeler celle des années 1970, quand des curieux avides de nouvelles technologies assemblaient dans leur garage des pièces informatiques devenues bon marché. On connaît l'essor du domaine dans les décennies suivantes... Désormais, le DYIbio (Do It Yoursel biology, ou la biologie à faire soi-même) commence à se développer. Les communautés d'amateurs se regroupent et il existe 28 laboratoires (appelés biohacklabs) répartis dans 13 pays du monde, dont La Paillasse, le seul qui représente la France et donne rendez-vous à ses membres tous les jeudis à Vitry-sur-Seine pour monter ateliers et projets.

Du programme informatique au programme biologique

Comme leurs prédécesseurs dans l'informatique, ces hommes et ces femmes veulent créer une machine vivante à partir des bases de la vie : c'est la biologie synthétique. Ces bio-ingénieurs d'un genre particulier désirent en réalité construire un programme biologique, où les 0 et les 1 du binaire sont remplacés par les bases A, C, G et T qui composent l'ADN.

L'ADN est perçu comme étant l'ensemble des briques du vivant. En les disposant unes à unes comme il faut, les biohackers essaient de conférer aux bactéries des propriétés qui ne leurs sont pas intrinsèques et qui peuvent être utiles à l'Homme ou son environnement. Mais toujours pour faire le bien. © Peter Artimyuk, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Les modèles de choix, ce sont les bactéries, organismes aux génomes les plus petits et les plus manipulables. L'idée consiste à en faire des systèmes biologiques utiles à l'Homme ou à son environnement. Ainsi, on les rend capables de dépolluer des milieux, de fabriquer des substances d'intérêt (thérapeutiques, industriels, biocarburants, etc.) voire de constituer une alternative à la pollution génétique de certains OGM.

Le DIYbio, ou l’universalité de la connaissance

Les biohacklabs sont financés par leurs membres eux-mêmes, et parfois leurs infrastructures rivalisent parfaitement avec les laboratoires conventionnels. Chacun, qu'il soit débutant ou initié, peut venir avec son projet et dispose de moyens technologiques pour essayer de le mener à terme. Si l'équipement n'est pas disponible, on le fabrique soi-même et surtout, on précise à tout le monde comment refaire la même chose à la maison. Pas besoin des sous d'un État, d'une entreprise, d'une association ou d'un mécène pour l'utiliser dans un but bien précis. Ici, personnel diplômé ou non, toute idée est la bienvenue tant qu'elle respecte la charte éthique.

Car bien conscients des problèmes moraux que de tels projets impliquent, le DIYbio a mis en place un code que tous ses membres se doivent de suivre et respecter. Concept de base : la transparence. Tous les documents ou les informations sur les projets en cours doivent être indiqués et mis en ligne à la disposition de chacun, afin que quiconque puisse en juger l'innocuité. Et bien sûr, œuvrer pour le bien de tous. C'est dans une idée de partage des connaissances et des savoirs, et donc d'universalité, que ces biohackers agissent. 

Pour l'heure, aucun industriel ne s'est encore rapproché de ces groupes d'amateurs qui fourmillent d'idées, mais cette heure-là viendra peut-être. Ou alors les plus brillants cerveaux créateurs fonderont eux-mêmes leur entreprise et deviendront peut-être à la biologie synthétique ce que Bill Gates ou Steve Jobs sont à l'informatique...

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