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Effet Pinocchio : le nez trahit bien le mensonge !

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L'histoire de Pinocchio ne relève peut-être pas tout à fait de la fiction. Des chercheurs espagnols ont montré grâce à une caméra thermique qu'au moment de mentir, le nez ne s'allonge pas mais gonfle et se réchauffe. Avec le même procédé, ils ont aussi mis en évidence d'autres aspects, comme l'excitation sexuelle.

L'histoire de Pinocchio et de son nez qui s'allonge à chacun de ses mensonges a marqué les esprits de tous les enfants. Le conte pourrait comporter une part de vérité, puisqu'il semble possible de démasquer le mensonge en regardant l'organe de l'odorat avec une caméra thermique. © Beniamin η δωδέκατη, klearchosguidetothegalaxy.blogspot.fr, cc by 3.0

Et si Carlo Collodi avait eu le nez fin ? L'auteur du conte pour enfants Pinocchio imaginait déjà à la fin du XIXe siècle que le nez pouvait trahir le mensonge. Cette idée, issue de son imagination, pourrait bien trouver une réalité scientifique, à en croire des chercheurs espagnols de l'université de Grenade. Ils révèlent dans un communiqué de presse qu'au moment de déformer la vérité, l'organe de l'odorat ne s'allonge pas comme le suggérait l'écrivain italien, mais gonfle légèrement et se réchauffe à sa pointe, sur les côtés et au niveau du muscle orbital, formant le coin avec l'œil.

Ces observations ont été réalisées à l'aide d'une caméra thermique qui filmait des volontaires alors qu'ils étaient amenés à mentir. Cet outil n'a rien de nouveau et s'utilise en biologie humaine aussi bien que dans le bâtiment par exemple, afin de vérifier l'isolation thermique d'une maison. Il voit ce que nos yeux ne peuvent discerner.

Le nez, qui par sa situation est plus frais que le reste du corps, voit sa température augmenter lorsqu'un mensonge est lancé. © université de Grenade

L’insula, responsable de l’effet Pinocchio ?

Pour expliquer ce qu'ils qualifient d' « effet Pinocchio », Emilio Gómez Milán et Elvira Salazar López supposent qu'il découle de la baisse d'activité de l'insula, une région du cerveau impliquée dans plusieurs fonctions, comme la conscience, le système de la récompense mais aussi la détection et la régulation de la température corporelle.

Au moment d'évoquer le réel, cette zone est en pleine activité et assume pleinement son rôle de thermostat. En revanche, lorsqu'un sujet vient à clamer une contre-vérité, elle se fait plus discrète : les températures varient davantage à l'échelle du corps, comme au niveau du nez. On peut mentir à notre interlocuteur, mais pas à notre cerveau !

Le flamenco et l’empathie, ou la chaleur des avant-bras

Les auteurs ne se sont pas focalisés sur la température de l'honnêteté. Ils ont aussi remarqué le même phénomène en situation d'anxiété. Cela n'a rien de surprenant, car l'efficacité des détecteurs de mensonges repose justement sur le stress inconscient qui naît au moment de déformer la vérité. Leur travail, pas encore publié, révèle également que l'effort intellectuel amène à l'effet inverse : il abaisse significativement la température des régions nasales.

Les chercheurs annoncent aussi, toujours grâce à la thermographie, pouvoir détecter la trace thermique d'une danse. Chacune étant différente des autres, elle entraîne des variations de température selon les pas pratiqués. Ainsi, le flamenco se caractérise par exemple par une baisse de la chaleur au niveau des fesses compensée par un réchauffement au niveau des avant-bras. 

L'empathie est également révélée par imagerie thermique. Lorsqu'un patient reçoit un choc électrique dans son avant-bras, cette même région chez un observateur extérieur gagne quelques dixièmes de °C.

Le désir sexuel sous caméra thermique

Enfin, un autre point a été examiné par les scientifiques espagnols : l'excitation sexuelle. Se manifeste-t-elle différemment selon les sexes ? Leur réponse est non. Dans les deux cas, la poitrine et les organes génitaux, zones hautement érogènes, se réchauffent.

En revanche, si les hommes n'ont aucun problème pour ressentir le désir lorsqu'il se manifeste, les femmes déclarent plus souvent ne pas être excitées alors que leur corps en montre pourtant les signes physiologiques. Est-ce parce qu'elles ne ressentent vraiment rien ou parce qu'elles n'assument pas totalement ? Il faudrait regarder leur nez pour avoir le fin mot de l'histoire...