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Les anticorps dirigés contre l'organisme seraient utiles

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Lors d'une maladie auto-immune, notre système immunitaire se dérègle et produit des anticorps dirigés contre le « soi » (les tissus normaux de l'organisme), appelés autoanticorps. Une étude suggère qu'ils seraient en réalité nombreux chez les individus sains et pourraient avoir un rôle clé dans l'immunité.

Un anticorps est une protéine complexe qui détecte et neutralise les agents pathogènes de manière spécifique. Il contient un domaine constant, une séquence d’acides aminés plus ou moins commune à tous les anticorps, et un domaine variable, constitué par des molécules spécifiques en fonction du pathogène ciblé. Les autoanticorps eux, à l’inverse, sont dirigés contre le « soi », autrement dit les tissus normaux qui appartiennent à l'organisme. © Je at uwo, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Bactéries, poussières, virus, pollution... Notre organisme doit faire face à de nombreuses agressions chaque jour. Pour cela, il possède une machinerie très performante : le système immunitaire. Ce dernier est capable de différencier le « soi » (qui appartient à l'organisme) du « non-soi » (étranger à l'organisme), et de nous défendre contre les pathogènes et les cellules cancéreuses. Cependant, il peut parfois se dérégler et conduire à des pathologies appelées maladies auto-immunes. Elles sont dues à une hyperactivité du système immunitaire à l'encontre des tissus normalement présents dans l'organisme. Parmi ces maladies, on trouve la sclérose en plaquele diabète de type 1 et la maladie de Crohn.

Lors d'une maladie auto-immune, notre organisme produit des autoanticorps, c'est-à-dire des anticorps ciblant le soi à la place du non-soi. Dans une étude récente, des scientifiques du New Jersey montrent que ces autoanticorps sont en réalité nombreux dans le sang des personnes saines. Ces résultats ont été publiés dans la revue Plos One

Scanner de l'estomac d'un patient atteint de la maladie de Crohn, une maladie inflammatoire chronique intestinale de nature auto-immune. © Samir, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Pour étudier le rôle des autoanticorps, les chercheurs ont comparé les profils protéiques sanguins de 166 personnes d'âges différents. Parmi elles, certaines étaient atteintes d'Alzheimer, de Parkinson, de sclérose en plaques ou de cancer du sein. Leurs résultats sont les suivants :

  • La majorité des individus possède plus de 1.000 autoanticorps différents dans le sang.
  • Les femmes ont plus d'autoanticorps que les hommes, ce qui pourrait expliquer pourquoi elles sont plus souvent victimes de maladies auto-immunes.
  • Le nombre d'autoanticorps augmente avec les années.
  • Les personnes souffrant de maladies ont moins d'autoanticorps.

Les autoanticorps seraient-ils nécessaires ?

Les autoanticorps auraient-ils un rôle physiologique clé ? C'est en tout cas ce que suggère cette étude. Il est en effet difficile d'imaginer que l'organisme produit par erreur un si grand nombre de ces protéines. Les auteurs avancent qu'ils pourraient avoir un rôle bénéfique dans le nettoyage des débris cellulaires résultant d'une maladie. L'étude montre également que les patients malades présentent une diminution du nombre d'autoanticorps : l'observation de cette composante permettrait de diagnostiquer des maladies en observant le profil protéique d'un individu.

La manière dont ces autoanticorps sont produits, leur rôle précis, et la raison pour laquelle ils diminuent chez les individus atteints de certaines maladies, sont autant de questions qui restent encore en suspens. Y répondre aiderait à mieux comprendre le fonctionnement de notre immunité afin de développer de nouveaux moyens de lutte thérapeutique.