Expert Planète

Pierre-Olivier Antoine

Paléontologue

Classé sous :paléontologie
La conservation de la biodiversité est une priorité absolue du 21ème siècle, au même titre que l'amélioration des conditions de vie de l'humanité tout entière. Et si l'on veut éviter que des milliers d'espèces animales et végétales ne disparaissent du globe dans les prochaines décennies, il est fondamental de mieux connaître la diversité des organismes du passé : au cours des temps géologiques, des millions d'espèces ont subi de plein fouet des vagues d'extinction comparables à celle qui nous guette aujourd'hui à cause des méfaits de l'homme. Les paléontologues ont évidemment un rôle crucial à jouer dans cette enquête au long cours. Le bassin amazonien abrite la plus vaste forêt tropicale terrestre actuelle, dotée d'une biodiversité unique. C'est également l'une des régions du globe les moins explorées pour ce qui est des sciences de l'univers (géologie, paléontologie). Et pourtant les fossiles ne manquent pas dans ces milieux hostiles ! En relayant les activités des scientifiques (paléontologues, géologues) qui y explorent la biodiversité fossile et les environnements du passé, Futura Sciences éveille en nous cette fierté d'être citoyens du monde, responsables de l'avenir de la planète…
Pierre-Olivier Antoine, Paléontologue

Biographie

1972 - Naissance à L'Union (banlieue toulousaine),

1989 - Baccalauréat scientifique (« Bac C »), mention passable, à Toulouse (Lycée Bellevue),

1992 - DEUGS de Géologie à l'Université Paul Sabatier de Toulouse, mention passable (après un redoublement en 1ère année),

1993 - Licence de Géologie à l'Université Paul Sabatier de Toulouse, mention bien. Major de la promotion,

1994 - Maîtrise de Géologie à l'Université Paul Sabatier de Toulouse, mention bien. Major de la promotion,

1995 - Diplôme d'Études Approfondies « Paléontologie et Sédimentologie », Lyon-Dijon-Marseille-Toulouse, mention bien. Major de la promotion,

1995-1997 - Service national comme objecteur de conscience au Muséum d'Histoire Naturelle de Toulouse (inventaire des collections paléontologiques),

1997 - Première participation à une expédition paléontologique, au Balouchistan (Pakistan), avec Jean-Loup Welcomme et le Pr. Léonard Ginsburg,

1997 - Parution des premiers articles scientifiques,

1997-2000 - Doctorat en paléontologie des vertébrés, Muséum National d'Histoire Naturelle, Paris. « Origine et différenciation des Elasmotheriina parmi les Rhinocerotidae (Mammalia, Perissodactyla) : Analyse cladistique et implications biostratigraphiques et paléobiogéographiques ». Mention très honorable avec les félicitations du Jury,

2000-2001 - Attaché Temporaire d'Enseignement et de Recherche à l'Université Paul Sabatier de Toulouse,

2001-2003 - Post-doctorat à l'Institut des Sciences de l'Évolution de Montpellier. Évolution des grands mammifères cénozoïques d'Eurasie,

2002 - Parution du premier livre, « Phylogénie et évolution des Elasmotheriina (Mammalia, Rhinocerotidae) », aux Mémoires du Muséum,

2002-2003 - Attaché Temporaire d'Enseignement et de Recherche à l'Université Paul Sabatier de Toulouse,

2003 - Maître de conférences en géologie et paléontologie à l'Université Paul Sabatier de Toulouse,

2004 - Coordinateur du programme ECLIPSE II « Néogène d'Amazonie occidentale » (30 chercheurs de 8 pays impliqués),

2005 - Coordinateur de l'équipe paléontologique de l'expédition Fitzcarrald 2005, en Amazonie péruvienne, à la recherche d'un caïman fossile géant.

2008 - Coordinateur du programme « écoSystèmes Paléogènes d'AMazonie » (SPAM) : découverte des premiers sites paléogènes amazoniens à Contamana, Pérou.

2009 - Habilitation à Diriger les Recherches, Université Paul-Sabatier, Toulouse. « Évolution des mégaherbivores cénozoïques en relation avec les grands orogènes : Alpes, Himalayas et Andes ».

2010 - Professeur à l'Université Montpellier 2 : intègre l'Institut des Sciences de l'Evolution.

2011 - Quinzième expédition en Amazonie : toujours pas le moindre blessé(e) dans l'équipe !

2011 - Première mission dans l'Altiplano bolivien (4100 m d'altitude). Expédition coordonnée par François Pujos (IANIGLA, Mendoza, Argentine).

Métier

Camp de base de Kumbi (Balouchistan, Pakistan) : un point d'eau au milieu du désert. Mission Paléontologique Franco-balouche au Balouchistan, expédition 2004.


Mardi 2 mars 2004

  • 6h30

. Je m'éveille difficilement. L'aube n'est pas encore là. A côté de moi, dans la tente, Laurent dort encore. Nous sommes encore tous exténués de l'accumulation de fatigue des derniers quinze jours : 20h de voyage depuis la France, transfert en voiture incognito depuis Mohenjodaro jusqu'à Dera Bugti (au travers de deux frontières de provinces, et sous bonne escorte), conseils de guerre chez le Nawab, la dernière semaine passée sur le terrain, sans eau ni ravitaillement (à Paali), la préparation du matériel pour ce deuxième camp, sans compter les conditions d'hygiènes difficiles et le contraste thermique quotidien (un grand écart atteignant parfois 40°). D'ailleurs, il fait 8° dans la tente, ce qui signifie probablement moins de 4° dehors. Tout le monde est frigorifié au moment du petit-déjeuner. Au moins, la température sera-t-elle clémente pendant les premières heures de la journée...

  • 7h30

Une fois avalées les dernières gorgées de thé au lait (« dout pati »), je pars seul lever la coupe au nord du camp. J'ai rempli ma gourde dans le point d'eau, je suis donc autonome pour la matinée. Après quelques centaines de mètres de marche, je découvre un os du talon d'un cousin éteint des hippopotames. Plus haut, je repère un tibia de rhinocéros à l'endroit même où j'avais trouvé une incisive du rhinocéros géant lors de la reconnaissance d'avant-hier. Ce n'est pas la même heure, donc pas les mêmes ombres : on ne voit pas les mêmes choses...

  • 10h30

J'ai levé une centaine de mètres de coupe. J'atteins la limite entre les dépôts d'âge oligocène et la série miocène. Sous mes pieds, les fossiles et les sables qui les contiennent ont environ 23 millions d'années. Il est suffisamment tôt pour que je remonte encore vers le nord avant de devoir revenir au camp pour le repas de midi. Après une longue marche, je gagne une falaise d'argiles rouges où de nombreux restes de vertébrés et d'invertébrés sont conservés. Sur le plateau qui surplombe la falaise, la faune est riche, avec des rhinocéros, des cousins des éléphants, des crocodiles et des tortues. Je relève les coordonnées GPS et je m'aperçois alors avec effroi qu'il est déjà...

  • 12h34

Aïe ! Aïe ! Aïe ! C'est ma première escapade sans escorte armée et je vais rentrer terriblement en retard au camp. Les amis vont être très inquiets, d'autant qu'il reste quatre kilomètres à parcourir et que la température dépasse allègrement les 35°. Dire que j'ai échantillonné pendant toute la matinée, que mon sac à dos est rempli de fossiles et de sédiment et qu'il pèse au bas mot quinze kilos. Le retour va être agréable, tiens ! Je fonce...

  • 13h00

à proximité du camp, je me perds dans un dédale de petites vallées. A quelque chose malheur est bon : je tombe alors sur une énorme concentration de fossiles marins (huîtres, pectens, raies, requins, côtes de lamantins). Nous y reviendrons en équipe après le repas.

  • 13h10

Ils ont déjà fini de manger, mais les copains m'ont laissé de quoi me sustenter. Ils sont tellement contents que je sois revenu sans problème qu'aucun ne me fait la moindre réflexion. Tout en engouffrant les lentilles, le riz et le pain grillé, je leur présente mes excuses et leur annonce les résultats du périple : j'ai levé 160 mètres de coupe et identifié plusieurs niveaux potentiellement très intéressants. Eux sont allés vers le sud pour étudier la base de la série.

  • 13h30

A peine le temps de prendre un bon café (nos dernières réserves apportées de France) et nous repartons, Dario, Laurent, Greg, Jean-Loup et moi. Jean-Loup, fatigué, reste sur le niveau à fossiles marins, cependant que le reste de la troupe suit mes traces matinales.

  • 14h30

A marche forcée, nous rejoignons probablement le niveau 5, découvert il y a sept ans par Jean-Loup et Léonard. En effet, quelques minutes plus tard, un petit tas de restes fossiles attire notre attention. Aucun doute ne subsiste : c'est bien eux qui sont passés par là en 1997. Le niveau est riche ; nous le suivons latéralement vers l'ouest, en récoltant systématiquement tout reste identifiable.

  • 15h30

Une grande falaise nous barre la route vers le nord. Un abri sous roche est repéré, aussitôt exploré par Laurent et Greg. Pendant ce temps, Dario herborise à proximité et je manque marcher sur un crâne éclaté de rhinocéros, dont il ne reste que des esquilles et des fragments des dents. Il est depuis trop longtemps soumis à l'érosion et au soleil. A y regarder de plus près, ce que nous nous empressons de faire, il y a du cochon, de l'antilope, et du chevrotain. Pas mal pour un quart de mètre carré ! Nous fouillons sommairement avant de prélever l'ensemble du sédiment. Et hop ! Trente kilos de plus dans nos sacs à dos...

  • 16h00

L'heure avance. Nous montons encore d'un cran dans les reliefs. Peu d'os. Greg et moi partons en courant (sans les sacs), pour gravir ce grand relief ruiniforme. Laurent et Dario restent sur place pour prospecter les alentours. Si nos cartes de 1910 sont exactes, une fois en haut, nous devrions surplomber la vallée de la Séhaf et repérer la piste de Lahri.

  • 16h30

Elles sont exactes ! Grandiose. Juste le temps de prendre les coordonnées GPS et des photos panoramiques, et nous redescendons en sprintant pour rejoindre nos comparses. Nous sommes à 8 kilomètres du camp (à vol d'oiseau). Il nous faut nous dépêcher si nous voulons aller nous baigner dans la vasque du Zin, comme nous en avions l'intention...

  • 17h40

Arrivés au camp, Greg et moi prenons nos maillots (!) et nos serviettes. Nous commençons illico à gravir ce gigantesque dôme calcaire du Zin, qui surplombe le camp de près de 400 mètres. Un petit ruisseau coule près du sommet, et quelques vasques magnifiques sont accessibles, repérables de loin grâce aux dattiers.

  • 18h10

Baignade dans une eau fraîche et cristalline, au soleil couchant. Inoubliable.

  • 18h30

Retour vers le camp, dans un noir de plus en plus profond. Heureusement, la lune nous éclaire de son ventre rebondi. Et puis, pas fous, nous avions également pensé à prendre nos lampes frontales. Nous ne nous perdons finalement pas. Au camp, les amis ont allumé un grand feu pour nous guider. Il nous fera gagner de précieuses minutes.

  • 19h00

C'est l'heure de manger. Le repas est grandiose, surtout pour nous qui avons parcouru une trentaine de kilomètres dans la journée... Du riz, des lentilles épicées (« dal »), des pommes de terres rissolées, des aubergines en chips, une ratatouille, du pain grillé (« kak ») et un dessert à base de carottes (« carrot halwa »). Rien ne manque, sauf, selon les origines géographiques et les aspirations de chacun, un verre de Gigondas, de Côtes-du-rhône, du Muscadet ou un bon Cahors !!!

  • 20h00

Nous devisons, à la lueur d'un grand feu de branchages. Les grenouilles et autres oiseaux nocturnes s'en donnent à cœur joie...

  • 20h30

Il est temps d'aller se coucher, et de rédiger le compte-rendu de cette journée passée dans ces Collines Bugti où nous nous sentons si bien.