Expert Planète

Lucien Montaggioni

Sédimentologue

Classé sous :géologie
La vulgarisation scientifique est une exigence. Tout chercheur confirmé, en particulier, ceux voyant s'achever leur carrière, ont, à mon avis, la contrainte morale d'informer l'amateur éclairé, comme le grand public, des avancées scientifiques. Un certain nombre de revues françaises, disponibles dans tous les kiosques à journaux, sert depuis de nombreuses années de relais aux scientifiques pour présenter les connaissances nouvellement acquises. A l'ère de l'Informatique, la transmission des connaissances se devait de reposer, en partie, sur l'outil Internet. Le site Futura-Sciences occupe, sur le Réseau Français, une position de choix, de par la diversité et la qualité des sujets qu'il propose au public. Je ne peux que souhaiter que ce site se développe, qu'il s'enrichisse de thèmes relevant plus directement de questions d'actualité. Le climat et ses perturbations est l'une de ces questions.
Lucien Montaggioni, Sédimentologue

Biographie

1 - Parcours Professionnel

- Doctorat de Spécialité (Sédimentologie), Marseille, 1968. Titre : Recherches de Géologie Marine et Littorale dans l'archipel de Madère (Océan Atlantique).

- Doctorat d'Etat Es-Sciences Naturelles, Marseille, 1978. Titre : Recherches géologiques sur les complexes récifaux de l'Archipel des Mascareignes (Océan Indien Occidental).

- 1967-1971 : Assistant au Centre Universitaire de la Réunion (DOM).

-1971-1987 : Maître-Assistant, puis Maître de Conférence à l'Université de la Réunion.

- 1987-1989 : Professeur à l'Université de la Réunion.

- 1987 - Nommé Expert auprès de l'United Nation Environmental Program (UNEP)

- Depuis Septembre 1989, Professeur à l'Université de Provence.

-1992-1995 : Directeur-Adjoint de l'Unité de Recherche Associée au CNRS 1208 « Dynamique des Plates-Formes Carbonatées » , Université de Provence.

- 1994- 1997- Coordinateur Général du Projet TESTREEF (Temporal and Spatial variability of Western Indian Ocean Reefs : Climatic and Environmental Record), Programme « Environnement » de la Communauté Européenne.

- 1996- 2003 : Directeur de l'Unité Mixte de Recherche-CNRS 6019 « Dynamique des Récifs et des Plates-Formes Carbonatées », Université de Provence.

- 1996 - 1999 : Directeur de l'Ecole Doctorale « Sciences de l'Environnement » (Universités d'Aix- Marseille et du Var).

- 2001- 2004 : Membre élu au Comité Exécutif de la Société Internationale d'Etude des Récifs (International Society for Reef Studies).

- 2000-2006: Directeur du Département des Sciences de la Terre et de l'Environnement de l'Homme, Université de Provence.

- Actuellement, Professeur de Classe Exceptionnelle, Membre de l'Unité de Recherche-CNRS 2761 « Géologie des Systèmes Carbonatés », Université de Provence.

2 - Distinctions honorifiques.

- Officier des Palmes Académiques (1997)

- Lauréat du Prix Scientifique « Edmond Albius », Conseil Général de la Réunion(1985

3 - Bibliographie succinte

- H.DALMASSO, L. MONTAGGIONI, D. BOSENCE, M. FLOQUET, - 2001. Numerical modelling of carbonate platforms and reefs : approaches and opportunities. Energy, Exploration and Exploitation, 19 (4) : 315-345.

- C.J.R. BRAITHWAITE, H.DALMASSO, M.A. GILMOUR. D.D.HARKNESS, G.M.HENDERSON , R.L.F. KAY., D.KROON , L. MONTAGGIONI., P.A.WILSON - 2004- The Great Barrier Reef : the chronological record from a new borehole. Journal of Sedimentary Research, 74 : 298-310.

- G.CAMOIN, L.F.MONTAGGIONI, C.R.J.BRAITHWAITE- 2004 - Late glacial to post-glacial sea levels in the Western Indian Ocean. Marine Geology, 206 : 119-146.

- L. MONTAGGIONI - 2005- History of Indo-Pacific coral reef systems since the last glaciation : development patterns and controlling factors. Earth-Science Reviews, 71 : 1-75.

- L.MONTAGGIONI, F. LE CORNEC, Th.CORREGE, G.CABIOCH - 2006 - Coral Barium/Calcium record of mid-Holocene upwelling activity in New-Caledonia, South-west Pacific Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology, 237, 2-4 : 436-455

- L.MONTAGGIONI. Coraux et Récifs, Archives du Climat. Editions Vuibert, Paris

Métier

La vocation de Naturaliste et d'Historien m'est venue, vers ma sixième année, avec les premières promenades de vacances, en compagnie de mon grand-père, dans les collines du fameux massif de la Sainte-Victoire, surplombant le pays d'Aix. Là, j'ai découvert, les plantes méditerranéennes odoriférantes (thym, romarin), mais aussi ces pierres si blanches (déjà , les roches carbonatées !), renfermant quelques empreintes fossilifères. Lors des vacances, les cailloux, les plantes et les gros coléoptères s'entassaient dans ma chambre, sur le rebord de ma fenêtre. C'était décidé : je serai biologiste ou je raconterai l'histoire des pierres.

Titulaire d'un baccalauréat scientifique, j'ai donc hésité, lors de ma première inscription à l'Université, entre le suivi d'un cursus en Biologie, en Médecine, en Géologie et même en Histoire. J'ai rapidement opté pour ce qu'on appelait encore au début des années 1960, la propédeutique SPCN (Sciences Physiques, Chimiques et Naturelles). Mon choix définitif s'opéra en cours d'année. J'ai eu la chance de bénéficier, pour les Sciences de la Terre, des enseignements d'un excellent professeur, d'un grand pédagogue qui savait rendre vivant, si je puis dire, les roches et leur histoire. D'ailleurs, je deviendrai quelques années plus tard, après l'obtention d'une Licence Es-Sciences Naturelles (l'équivalent du diplôme de Master 1 actuel) l'un de ses élèves, m'orientant vers la Sédimentologie Marine et l'Océanographie, dans le cadre de la préparation d'un doctorat de spécialité au Centre d'Océanographie de Marseille. Suite à une campagne océanographique d'une durée d'un mois à bord du navire « Jean Charcot » dans l'archipel de Madère, j'ai occupé mes journées, pendant les mois suivants à « jouer » au chercheur, c'est-à-dire à étudier les sédiments prélevés jusqu'à 3 000 mètres de profondeur et ainsi à essayer de reconstituer l'histoire du fond océanique au voisinage de ces îles.

Puis, nommé Assistant de Géologie à la Faculté des Sciences de Marseille, détaché au Centre Universitaire de la Réunion (1967), j'ai entrepris la préparation d'une deuxième thèse, LA thèse, celle qui permettait alors de devenir (un jour, peut-être) Professeur des Universités. Le sujet de recherche choisi portait sur les récifs coralliens de l'archipel des Mascareignes (encore des îles !), composé des îles de La Réunion, Maurice et Rodrigues, dans l'Océan Indien. Chercheur, mais aussi enseignant, mes journées étaient réparties entre mes charges pédagogiques (cours, travaux dirigés et pratiques, découverte des volcans de la Réunion) et mon projet de recherche (plongées et échantillonnages sur les récifs de la Réunion). Je profitais des vacances universitaires pour effectuer les travaux en mer à l'île Maurice, puis à l'île Rodrigues. Occasionnellement, j'ai eu la possibilité de présenter les résultats de mes recherches dans divers congrès spécialisés (Cap Town, Paris, Miami) et de rédiger mes premiers articles scientifiques.

Devenu titulaire du doctorat Es-Sciences (1978) et, par là même, « frais » spécialiste de la géologie des récifs coralliens, j'ai été invité à participer, au début des années 1980, à des campagnes françaises sur les récifs et atolls coralliens de Polynésie Française et sur ceux de la Mer Rouge. A partir de l'année 1986, bien que toujours enseignant à l'université de la Réunion, j'ai multiplié mes déplacements dans l'Océan Pacifique (Polynésie, Australie, Nouvelle-Calédonie) dans le cadre de congés sabbatiques de quelques mois, de congrès ou de missions de terrain de quelques semaines, afin d'accroître mon expérience sur les récifs coralliens. Cette expérience s'est concrétisée par la rédaction de nombreux articles en collaboration avec des collègues français et étrangers sur l'histoire de la croissance des récifs et leur signification climatique. J'étais alors devenu l'un des spécialistes « mondiaux » de la géologie des récifs indo-pacifiques. Cette modeste notoriété m'a permis d'être promu Professeur.

Muté à l'université de Provence, en 1988, j'ai rejoint une équipe de recherche, reconnue par le CNRS et focalisée sur l'étude des systèmes sédimentaires marins de mers chaudes, régis par l'activité des organismes à squelettes calcaires. Les récifs coralliens répondent à cette définition. Personnellement spécialiste des récifs actuels et de l'ère Quaternaire, je rejoignais donc une équipe constituée de spécialistes de récifs anciens (ères Secondaire et Tertiaire). A partir principalement de 1995, mon quotidien s'est partagé entre les charges et responsabilités pédagogiques, la gestion administrative à divers niveaux (équipe de recherche, département scientifique, école doctorale, programmes de recherche nationaux et internationaux), diverses missions de recherche dans le cadre de projets d'études nationaux et internationaux (campagnes de forage aux Seychelles, en Australie) et la rédaction d'articles scientifiques.

Depuis 2006, déchargé de la quasi-totalité des responsabilités administratives, je consacre mes journées à la préparation de cours, au suivi d'étudiants inscrits en Master et en Doctorat, à la rédaction d'articles spécialisés et d'ouvrages d'enseignement, dans l'attente d'une prochaine mission dans les îles tropicales ou du prochain congrès sur les récifs coralliens.