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Curriculum Vitae biologique de la tortue étoilée

Dossier - La tortue étoilée de Madagascar
DossierClassé sous :zoologie , tortue étoilée

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Cette espèce est actuellement protégée par la convention de Washington car elle est sévèrement menacée à cause de la destruction de son habitat naturel dans la Grande Ile et de son exploitation dans le marché des animaux de compagnie.

  
DossiersLa tortue étoilée de Madagascar
 

La carapace de notre tortue Malgache est caractéristique avec ses lignes jaunes dessinant comme des rayons à l'intérieur de chaque écaille noire, irradiant vers l'extérieur, d'où son nom de tortue étoilée ou tortue rayonnée. La variation morphologique des carapaces (donc des dessins) est considérable dans la Nature.

© Philippe Mespoulhé - Tous droits de reproduction interdit.

Les tortues terrestres appartiennent à la grande famille des testudinidés.

  • Phylum : cordés
  • Embranchement : vertébrés
  • Sous-embranchement : gnathostomes
  • Super classe : tétrapodes
  • Classe : reptiles
  • Ordre : chéloniens
  • Sous-ordre : cryptodires
  • Famille : testunidés
  • Genre : geochelone
  • Espèce : radiata

Nom vernaculaire : Tortue étoilée de Madagascar

Comme je le précisais en introduction, la tortue étoilée, ou rayonnée, est une espèce protégée inscrite à l'Annexe I (espèces les plus menacées) de la Convention de Washington (voir CITES).Cette espèce est aussi inscrite dans le Livre Rouge de l'IUCN.

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C'est une espèce que l'on trouve à l'état sauvage au sud et au sud-ouest de Madagascar mais aussi à la Réunion et à Maurice où elle a été introduite par l'homme depuis très longtemps. Les gens, à La Réunion, leur confèrent un pouvoir médical contre l'asthme et un apport d'ondes positives dans les maisons. Avoir une tortue terrestre dans son jardin est gage de « bon climat » social et relationnel. Autre catégorie, les « chélonophiles », dont je fais partie, apprécie tout simplement leur compagnie. La tortue est un des rares organismes communs à toutes les religions et toutes les cultures. Symbole de sagesse et de force tranquille, on la représente pour ces qualités majeures.

- Zoologie fonctionnelle simplifiée de la tortue Malagache

Morphologie … primitive

Parce que leur carapace bombée et les grosses écailles recouvrant leurs membres leur offrent une protection efficace, les tortues terrestres, dont notre radiata, sont généralement pacifiques. Stratégie sage et efficace d'autodéfense... Cette carapace est également propice à l'emmagasinement de chaleur et une réponse aux changements brutaux de température.

© Philippe Mespoulhé - Tous droits de reproduction interdit.

Leurs pattes avant sont particulièrement bien adaptées pour ébaucher des trous plus ou moins profonds où elles se réfugient en cas de forte chaleur. Les pattes arrières des femelles leur servent à creuser des nids pour y déposer leurs œufs.

Il existe un dimorphisme sexuel marqué , plus facile à faire chez les animaux adultes ou subadultes. Les individus mâles sont en général plus gros que les individus femelles. La taille maximale : 35 à 40 cm de long pour les mâles et 28 à32 cm pour les femelle. Le poids adulte varie de 15 à 20 kg pour les mâles et de 10 à 15 kg pour les femelles.

Chez le mâle, le pastron est creux (ce qui facilite l'accouplement) alors qu'il ne l'est pas chez la femelle. L'espace au bas du plastron au niveau de la queue est aussi plus grand chez le mâle. La queue du mâle est aussi plus longue et plus épaisse à sa base que celle de la femelle.

Système circulatoire… limité en efficacité.

Le cœur, organe propulseur, de la tortue possède deux oreillettes et un seul ventricule partiellement cloisonné. Tout le sang veineux parvient jusqu'au cœur à travers deux veines caves supérieures et une veine cave inférieure, et passe ensuite dans l'oreillette droite avant de pénétrer dans le côté droit du ventricule ; au moment de la contraction , il est chassé dans l'artère pulmonaire et la crosse aortique gauche. Puis le sang atteint les poumons, où il est oxygéné, et retourne au cœur par les veines pulmonaires et l'oreillette gauche. Schéma classique des animaux supérieurs.

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Système respiratoire… Hyperfonctionnel !!

L'appareil respiratoire de la tortue est l'un des plus évolués parmi les reptiles. Il se compose d'une glotte qui s'ouvre afin de laisser passer l'air inspiré par les narines dans le pharynx, et de l'envoyer vers le larynx et la trachée, composée d'anneaux cartilagineux ; cette dernière se divise en deux bronches reliées chacune à un poumon. Les poumons sont sacciformes avec de nombreux replis internes. Ils sont situés juste sous la dossière, c'est pourquoi une tortue retournée peut mourir étouffée.

Système digestif… Pourquoi faire compliqué ?

L'appareil digestif est représenté par un oesophage, un estomac, un intestin; et possède les différentes glandes digestives (foie volumineux, vésicule biliaire, pancréas). Il se termine par un cloaque (chambre cylindrique) où se déverse le contenu de la vessie, des oviductes et du gros intestin..

Système excréteur… Simple à l'extrême.

L'excrétion est permise par deux reins. Il peut y avoir stockage d'urine dans la vessie avant le rejet. Des déchets azotés toxiques sont éliminés sous forme de concrétions blanches d'acide urique mélangées aux excréments.

L'appareil reproducteur… Classique.

L'appareil génital femelle se compose de deux ovaires, chacun relié à un oviducte qui se jette séparément dans le cloaque. Il possède aussi un réceptacle (pavillons ciliés) permettant de conserver pendant un certain temps les gamètes mâles.

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L'appareil génital mâle se compose de deux testicules reliés chacun à un spermiducte, de glandes annexes, et d'un pénis, organe copulateur interne invaginé habituellement qui est en fait un épaississement du plancher du cloaque.

Le pouvoir de régénération

Nos Radiata peuvent, en cas de blessures ou de brûlures, régénérer en partie leur carapaces, phénomène de cicatrisation incroyable chez des reptiles. Phénomènes d'adaptation pouvant expliquer, notamment, leur succès évolutif depuis des millions d'années.

Les organes des sens … tout ce qu'il faut !!

Les tortues ne possèdent pas d'oreilles externes. Les tympans sont parfaitement visibles et assurent une audition efficace, elles perçoivent donc très bien les vibrations répercutées par le sol.

Sa vue est bonne. Son odorat est particulièrement développé, ce qui lui permet de choisir sa nourriture.

Bon nombre de personnes pensent que la carapace est insensible, la tortue perçoit parfaitement bien les caresses où l'eau de la douche, moment de bonheur absolu.

La régulation thermique

Comme nous le disions en introduction, ce sont des animaux poïkilothermes, leur température corporelle se rapprochant de celle de l'environnement lorsque l'animal est endormi ou au repos. Le métabolisme basal a besoin d'une température minimale pour assurer pleinement les fonctions vitales de l'animal. Quotidiennement, au réveil, les tortues s'exposent au soleil, toutes pattes dehors, ces « bains de soleil » servant à augmenter leur température interne. A l'inverse, quand le soleil est au zénith, elles affectionnent les coins ombragés en attendant les fin d'après-midi, où la température sera plus clémente.

Le régime alimentaire

Véritable omnivore en captivité, elles font mentir l'adage qui stipule que les tortues terrestres sont essentiellement végétariennes. Elles se nourrissent de fruits, de feuilles, d'herbes, de cactées mais aussi de riz, de croquettes pour chats et des déchets alimentaires ménagers.

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Croissance et longévité

La croissance des Radiata est lente jusqu'à la maturité sexuelle et diminue encore en vieillissant. Mais elle grandit toute sa vie. Il est évident que la disponibilité de nourriture, dans la nature, joue un rôle considérable dans cette croissance. La température du milieu est également importante puisqu'elle agit sur le métabolisme générale. Au sein d'une population, il existe aussi une variation de taille liée au facteur génétique intrinsèque aux individus. Sur les écailles composant la carapace, des stries concentriques partant de l'aréole centrale, sont visibles. Elles nous permettent de visualiser la croissance annuelle (comme sur les coupes d'un tronc d'arbres).

Leur longévité est exceptionnelle, de 60 à 100 ans. Le record s'établissant pour notre Radiata à 137 ans. Il existe des exemples, chez d'autres espèces de tortues terrestres, dépassant les 150 ans.

La reproduction

La maturité sexuelle se situe vers l'âge de 13-15 ans. En règle générale, les mâles sont plus précoces que les femelles.

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A la fin de l'hiver, généralement au début de l'été austral, la femelle émet des odeurs qui attirent les mâles. Les mâles, attirés par les effluves de la femelle, se mettent alors à entreprendre la femelle en lui donnant des coups de carapace et en la percutant pour tenter de la lever, sûrement pour prouver sa force et ses qualités de bon géniteur. Systématiquement, la femelle n'est pas consentante au début et c'est après moult tentatives qu'un des mâles parvient à lui monter sur le dos. Il n'y a pas forcement pénétration mais le mâle commence à s'agiter, mimant l'acte sexuel.

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Son plastron creux lui permet de rester en équilibre sur la carapace de la femelle, exercice périlleux car les autres mâles éconduits continuent à bousculer les « amoureux ». Lors des coïts, le mâle émet des sons gutturaux, plutôt bruyants, le cou tendu à l'extrême. Le mâle possède un long pénis, organe copulateur, et transmet sa semence dans le cloaque de la femelle au bout de quelques minutes. Il y a fécondation interne. La femelle peut parfois stocker les produits mâles dans un réceptacle de son appareil génital et conserver cette semence pendant un certain temps (pouvant féconder des pontes différentes*).

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Après fécondation, l'œuf s'entoure d'enveloppes secondaires qui vont former la coquille et les réserves pour le développement de la future tortue. Aux beaux jours, les accouplements sont fréquents avec plusieurs mâles sur toute la période chaude.

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Lorsque la femelle est prête à pondre, elle recherche un endroit où elle n'a pas encore pondu (une femelle ne creuse jamais au même endroit) et creuse un trou assez profond (20 cm) à l'aide de ses pattes arrières munies de griffes. Il arrive que pour des raisons obscures, la femelle commence à creuser puis abandonne ce site après quelques minutes.

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Une fois le lieu choisi, elle dépose ses 6 ou 7 œufs, un par un. Une fois la ponte terminée, elle rebouche le trou en urinant abondamment (cela laisse peut-être une odeur caractéristique qui l'empêche de recreuser au même endroit). Une fois le trou rebouché, si on n'a pas vu la tortue pondre, il est impossible de deviner qu'elle y a déposé ses œufs. Stratégie adaptative remarquable, quelque soit le terrain. La radiata peut pondre jusqu'à 3 fois par saison. Mère peu attentionnée, les radiata femelles ne prennent pas soin de leur ponte, et encore moins de leur futurs bébés.

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La durée d'incubation des œufs dépend des facteurs abiotiques, notamment de la température. Des durées de 10 mois sont données pour des tortues en captivité mais à La Réunion, le mystère perdure... Il faut compter au moins un an, voire plus, jusqu'à 16 mois (observation personnelle)

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Les petits, indépendants dès l'éclosion, ont des rayures caractéristiques de leur espèce qui n'apparaîtront que lorsqu'ils grandiront. A la saison des pluies, les juvéniles éclosent et creusent avec leur patte pour atteindre la surface. Dotés d'une énergie extraordinaire, elles rentrent de plein pied dans leur nouvel univers avec comme leitmotiv de survivre face à tous les dangers menaçants.

Rôle de la température sur la différenciation sexuelle.

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Lorsque les températures d'incubations sont élevées, le résultat des naissances va tendre à une majorité de femelle (voire 100%) et inversement, avec un plus fort pourcentage de mâles aux températures d'incubation plus faibles. A une température intermédiaire, qualifiée de critique, il y aura un sex-ratio équilibré.


*Ce dernier point a été trouvé dans la littérature peu importante sur les tortues terrestres. Je le mentionne pour compléter la partie « Reproduction ».