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Fourmis : la division du travail entre les différentes ouvrières

Dossier - Fourmi : les secrets de la fourmilière
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Elles sont plusieurs millions de milliards et ont colonisé presque toutes les régions de la planète : les fourmis, avec leur organisation similaire aux sociétés humaines, montrent que l'union fait la force. Découvrez tous les secrets de ces insectes sociaux.

  
DossiersFourmi : les secrets de la fourmilière
 

Une caractéristique fondamentale des sociétés de fourmis est l'existence d'une division du travail qui ne s'arrête pas à la fonction reproductrice. Les ouvrières elles-mêmes accomplissent des tâches particulières. La division du travail se fait soit par un polymorphisme déterminant, soit par l'âge.

Portrait d'une fourmi rouge solenopsis invicta. © Insects Unlocked - Domaine public
Un soldat de fourmi magnan et une ouvrière média. Illustration du polymorphisme des fourmis légionnaires. © W.-H. Gotwald Jr

Cette parcellisation des tâches apparaît clairement quand les ouvrières sont polymorphes. On parle alors d'une division du travail ou d'un polyéthisme de caste.

La division du travail selon le polymorphisme

  • Les ouvrières minors et médias

D'une manière générale les ouvrières les plus petites, les minors, s'occupent des tâches domestiques intérieures au nid : soins aux immatures, en particulier le nourrissage des larves. Elles lèchent aussi ces larves pour les maintenir dans un parfait état de propreté. Ces mêmes ouvrières nourrissent la ou les reines.

Les ouvrières médias sont chargées de la récolte alimentaire dans le monde extérieur. Elles transmettent la nourriture aux ouvrières minors.

  • Les ouvrières majors

Quant aux ouvrières majors, leur grande taille et leurs puissantes mandibules les prédisposent aux fonctions guerrières. Chez les fourmis nomades d'Amérique ou d'Afrique les ouvrières majors deviennent de véritables soldats armés de redoutables mandibules acérées.

Disposées le long des colonnes de chasse, elles protègent efficacement les ouvrières pourvoyeuses. Leurs mandibules peuvent percer la peau des petits vertébrés et éventuellement mordre cruellement des animaux de plus grande taille, Homme compris.

Les Messor sont des fourmis granivores. © Macropoulos / Flickr - Licence Creative Common (by-nc-sa 2.0)

Chez les Messor d'Europe ou les Pogonomyrmex d'Amérique qui sont des espèces granivores, les ouvrières majors possèdent des mandibules puissantes qui spécialisent leurs propriétaires dans la tâche d'écraser les graines ramenées au nid. Les fantaisies morphologiques peuvent affecter la forme de la tête. Les Camponotus truncatus de nos régions sont des fourmis arboricoles. Leurs nids creusés dans le bois, s'ouvrent à l'extérieur par un petit orifice cylindrique. Les soldats possèdent une tête aplatie en forme de disque qui vient s'ajuster dans le trou d'accès exactement comme un bouchon ferme le col d'une bouteille. Ces « portiers » s'effacent quand une ouvrière pourvoyeuse de leur société revient au nid.

Les fourmis « portiers » obturent le trou d’accès du nid avec leur tête aplatie en forme de disque. © D. Gourdin

La division du travail selon les âges

Toutes les espèces de fourmis n'ont pas des ouvrières de tailles différentes.

L’absence de polymorphisme chez les ouvrières de Leptothorax recedens entraîne l’existence d’un polyéthisme basé sur l’âge des individus. © G. Le Masne

Quand elles sont monomorphes, la division du travail est liée à l'âge de l'individu, conduisant à un polyéthisme d'âge. La règle générale veut que les ouvrières les plus jeunes restent dans le nid. Ces spécialistes des fonctions domestiques alimentent la reine et les larves. Ce sont des ouvrières nourrices. En prenant de l'âge, elles s'éloignent du centre du nid pour occuper des fonctions de gardiennes aux ouvertures. Ce n'est qu'à la fin de leur vie, qu'elles sortent de la fourmilière et prennent en charge les fonctions de pourvoyeuses. Ce sont aussi ces ouvrières âgées qui essaient d'étendre le périmètre des ressources alimentaires. À cette occasion, les combats sont fréquents contres d'autres fourmilières et les pertes importantes.

On notera que ce sont donc ces vieilles ouvrières qui sont le plus exposées à des dangers divers : combats, action des prédateurs, perte des repères pour retrouver le nid... Mais ces individus sont en fin de vie. Ils ont déjà rendu à leur société beaucoup de services quand dans leur jeunesse ils travaillaient à l'intérieur du nid. Leur perte est donc négligeable pour la société.

Fourmi champignonniste Atta colombica. © Brian Gratwicke / Flickr - Licence Creative Common (by-nc-sa 2.0)

Les fourmis champignonnistes

La division du travail atteint un degré maximal de sophistication chez les espèces évoluées dont les sociétés comptent des milliers ou des dizaines de milliers d'individus. C'est le cas chez les fourmis champignonnistes d'Amérique du Sud qui se nourrissent d'un champignon qu'elles cultivent. Cette activité sur laquelle nous reviendront n'exige pas moins de 29 tâches différentes confiées à autant de catégories d'ouvrières mêlant morphologie particulière et âge.

Pour ne donner qu'un seul exemple, le traitement des déchets générés par la culture du champignon est confié à des ouvrières médias et âgées. Ces ouvrières sont de véritables éboueurs. Elles gèrent des chambres dans lesquelles s'entassent les ordures. Dans ces « poubelles », les bactéries prolifèrent. Il est essentiel de ne pas contaminer l'ensemble des ouvrières. Aussi les fourmis éboueuses, une fois rentrées dans ces chambres n'en sortent plus. Elles y meurent victimes de maladies bactériennes. Là encore, il s'agit d'ouvrières âgées, déjà en fin de vie, dont la disparition n'affecte pas le devenir de la société.

Tapinoma erraticum. © April Nobile Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license.

La division du travail chez les fourmis autorise une certaine flexibilité surtout quand elle concerne le polyéthisme d'âge. C'est particulièrement vrai lorsque l'environnement social se modifie ou que des besoins nouveaux apparaissent. Si l'on supprime les ouvrières fourrageuses de la fourmi Tapinoma erraticum, les plus vieilles des ouvrières nourrices deviennent des fourrageuses de telle sorte que l'approvisionnement de la société n'est pas interrompu. Le processus de maturation est accéléré, permettant de passer d'une tâche à une autre.