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Un papillon bleu : Maculinea, l’Azuré

Dossier - La couleur bleue sous tous ses angles
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On fait souvent référence au ciel bleu de Provence, oui, mais lequel ? Bleu d’Égypte, bleu de Samarcande, bleu pastel ou indigo ? Bleu minéral ou colorant végétal ? Violet, indigo, bleu de l’arc-en-ciel ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la couleur bleue sans oser le demander !

  
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La biologie de ce papillon bleu est compliquée et le constat de la disparition de Maculinea arion, l'azuré du serpolet, en Angleterre n'a pas permis de prendre les mesures adéquates avant cette fin inéluctable.

Le papillon pond sur le thym ou le serpolet, même l'origan. Les chenilles s'y développent et, à un certain moment, elles secrètent une substance odorante irrésistible pour certaine fourmi particulière et, adoptée par la colonie passera donc l'hiver « au chaud » !

Certains azurés se contentent de la nourriture que les fourmis donnent à leurs larves et d'autres, carnivores, mangent les larves de fourmis, exploitation qui n'est pas rare mais qui induit une dépendance et complique donc le cycle de vie de ce papillon.

Évidemment lorsque l'agriculture développe de la prairie pour l'engraissement du bétail, il n'y a plus d'herbes rases, ni de fourmis et le paillon disparaît. En France, d'après l'OPIE (Office pour les insectes et leurs environnement), quelques stations de ce papillon sont sous surveillance dans les zones protégées de la Loire, de l'Anjou et de la Touraine.

Un magnifique papillon bleu appelé Azuré de la bugrane. © Christian Konig - Tous droits réservés

La pelouse y reste rase et la surveillance des colonies constante, ce qui permet d'espérer une conservation de cette espèce sur notre territoire. Une angoisse tout de même : on a trouvé des zones où l'herbe est rase, les fourmis présentes mais pas l'azuré et on ne sait pas pourquoi ! Mystère à résoudre pour aller plus loin dans la connaissance de ce papillon.

Le demi argus est également un papillon bleu. © Christian Konig - Tous droits réservés

Les Lépidoptères protégés

Voici le résumé du rapport d'étude de l'OPIE extrait du texte intitulé « Biologie, écologie et répartition de quatre espèces de Lépidoptères Rhopalocères protégés (Lycaenidae, Satyridae) dans l'ouest de la France » et écrit par Jacques Lhonoré, du laboratoire de biosystématique des insectes, à l'université du Maine (Le Mans). Le texte est disponible en intégralité ici. Les espèces citées dans ce rapport, à savoir Lycaena dispar, Maculinea alcon, M. teleius et Coenonympha oedippus, sont des insectes protégés en France par arrêté ministériel :

« Quatre espèces de Lépidoptères protégés, dont les populations sont réduites et isolées, ont été étudiées aux plans biologique et écologique. Il s'agit de trois Lycènes (Lycaena dispar, Maculinea alcon et M. teleius) et un Satyride (Coenonympha oedippus). Ces quatre espèces dépendent de milieux humides, souvent relictuels dont la moitié des stations actuelles seront éteintes en 2005 ! Les deux taxons du genre Maculinea manifestent une myrrnécophilie larvaire obligatoire et de longue durée (11 mois) ; cette particularité biologique constitue un paramètre de fragilité qui s'ajoute à celui de la dépendance d'une plante-hôte unique pour les trois premiers stades larvaires. Les deux problèmes majeurs de ces insectes sont la dégradation de leurs biotopes (principalement par assèchement) et l'isolement génétique consécutif à l'insularisme des colonies qui induit et accélère la dérive conduisant progressivement à l'extinction.

Les exigences écologiques ainsi que la répartition géographique en France ont été précisées pour chaque taxon. En outre l'évolution des effectifs a été suivie sur plusieurs parcelles expérimentales durant quatre années consécutives. Coenonympha oedippus (le Fadet des Laîches), espèce très sédentaire, apparait comme une espèce gravement menacée dans la plupart des stations françaises. Plusieurs sous-espèces de l'ouest de la France sont éteintes depuis une vingtaine d'années, les populations des parcelles expérimentales de la Sarthe sont considérées comme "sub-éteintes". Ce ne sont probablement pas les seules. Les populations des Landes, encore en continuité les unes avec les autres semblent rester à l'équilibre pour l'instant malgré la fragilité des biotopes (Ericion-tetralicis, Molinion) soumis à diverses menaces (incendies, travaux d'aménagement, drainage, etc.) bien qu'en principe leur gestion ne pose pas de problème particulier car elle repose sur un fauchage périodique, par tiers ou quart tous les ans ou tous les deux ans.

L'une des solutions pour sauver l'espèce serait de réintroduire des populations génétiquement contrôlées puisque l'élevage au laboratoire de cette espèce ne semble pas poser de problèmes majeurs. Une application à grande échelle pourrait être envisagée dans la perspective de réintroductions pour le renforcement de populations naturelles.

L'Azuré des mouillères (Maculinea alcon) est protégé en France par arrêté ministériel. © PJC&Co, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Lycaena dia.par (le Cuivré des marais) est probablement l'espèce la moins fragile de cette étude. Ses populations aux effectifs en général réduits sur des territoires restreints (parfois un fossé humide de bord de route) manifestent un phénomène de déplacement progressif, d'années en années, qui conduit à la colonisation de nouveaux habitats et renforcé par le bivoltinisme. La sauvegarde de ce taxon repose sur le maintien de stations favorables reliées entre elles par des couloirs (corridors) de communication. Cependant les localités types de la sous-espèce burdigalensis, aux environs de Bordeaux sont gravement menacées par suite de la détérioration des habitats.

Les deux espèces du genre Maculinea présentent une biologie originale puisque les chenilles, après avoir passé trois semaines dans les inflorescences d'un végétal (spermiophagie), sont prises en charge pour les dix à onze mois suivants dans une fourmilière du genre Myrmica. La disparition de la plante-hôte ou de la fourmi entraîne l'extinction du papillon. Les plantes-hôtes, héliophiles de milieux ouverts, sont très fragiles puisqu'un assèchement de leur milieu ou le recouvrement par des arbustes ou arbres (consécutif à un abandon de l'exploitation) induisent sa disparition. De plus, les stations de l'ouest de la France sont tellement séparées les unes des autres que beaucoup de populations de la plante-hôte sont "sénescentes" (pieds plus petits, moins de fleurs et moins de graines, etc.).

Maculinea alccon (l'Azuré des mouillères) est inféodé à la Gentiane pneumonanthe. Ses chenilles sont hébergées principalement par la fourmi Myrmica ruginodis mais selon les régions et un cline du nord vers le sud, M. scabrinodis peut prendre le relais. Après avoir mis au point un type de fourmilière artificielle, une série d'expérimentations d'adoption par les fourmis et des élevages en laboratoire ont été testés avec succès. Les populations de l'ouest de la France, comme celles du taxon suivant, sont trop isolées et donc à la limite de l'extinction (populations Bretonnes notamment). La sauvegarde de ce taxon implique des mesures urgentes de gestion et de restauration des habitats. Des réintroductions seraient à envisager pour plusieurs colonies.

L'entretien des biotopes de l'Azuré des mouillères est simple. Comme il s'agit d'un milieu seminaturel (prairie de fauche = pré à litière), un fauchage périodique régulier, par tiers des surfaces, empêche le recouvrement, comme il l'est pratiqué sur les parcelles expérimentales de la Sarthe. Par contre, pour cette espèce comme pour la suivante, un pâturage supérieur à deux bovins à l'hectare est préjudiciable, de même qu'un assèchement de la couverture superficielle du sol.

Maculinea teleius (l'Azuré de la Sanguisorbe) est inféodé à la Sanguisorbe officinale et à Myrmica scabrinodis. Ses biotopes, comparables à ceux de l'espèce précédente mais moins fréquents, sont encore plus isolés et plus fragiles. La sous-espèce burdigalensis est pratiquement éteinte en raison de l'involution des habitats par abandon et recouvrement végétal. Leur entretien est donc comparable à M. alcon, à savoir : une surveillance régulière accompagnée d'un fauchage périodique.

Les mesures de conservation à prendre doivent l'être conjointement au niveau national et imposées à l'échelon régional ; des moyens nécessaires en hommes (chercheurs notamment) et en équipement sont indispensables. Pourquoi la DDA ou la DDE ne pourraient (devraient)-elles pas collaborer à de tels chantiers de sauvegarde ?

Au niveau de la recherche scientifique, des travaux semblables à ceux que nous menons, intégrant de la systématique, de l'écologie, de la biogéographie, etc., doivent être reconnus à leur juste valeur par les instances nationales (C.N.Il. notamment, D-R-E-D-, etc.). Enfin les "amateurs" qui, au travers de collaborations de haut niveau, donnent de leur temps et de leur budget, ne doivent pas être laissés pour compte, mais associés à des équipes officielles et être rétribués sous forme contractuelle. L'absence actuelle d'un véritable "OBSERVATOIRE", comme il en existe en Allemagne, en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas est profondémment regrettable car c'est le seul moyen de "prendre la température" des milieux naturels qui existent encore. »