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Indigo, indigotier, indigotine et indican : tout sur l'indigo

Dossier - La couleur bleue sous tous ses angles
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On fait souvent référence au ciel bleu de Provence, oui, mais lequel ? Bleu d’Égypte, bleu de Samarcande, bleu pastel ou indigo ? Bleu minéral ou colorant végétal ? Violet, indigo, bleu de l’arc-en-ciel ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la couleur bleue sans oser le demander !

  
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L'indigotier, Indigofera tinctoria, est un arbuste pouvant atteindre 1.20 m, de la famille des Fabacées (Fabaceae). Il ne faut pas le confondre avec Indigofera gerardiana (syn. : Indigofera heterantha), appelé lui aussi indigotier, mais aussi faux indigo. En fait il y a plusieurs centaines de plantes à indigo dont bien une dizaine peuvent être utilisées pour la teinture et les plantes orientales ou américaines sont généralement bien plus riches en principe colorant que les plantes européennes.

Il existe un exemplaire d'indigotier au Jardin des plantes à Paris. Il fut cultivé dans le Midi lors du blocus continental déclenché par Napoléon I au début du XIXe. La famille botanique comprend environ 300 espèces d'arbres donnant du bleu !

L'indigotier et l'indigotine

Comme la guède, que nous verrons dans le chapitre suivant, l'indigotier fournit de l'indigotine, mais sous une autre forme chimique, et surtout, beaucoup plus concentrée que sa rivale. Moins chère que la teinture indigène, cet indigo véritable remplacera le colorant médiéval du pastel tout au long des XVII-XVIIIe siècles.

On suppose que c'est en Inde que les artisans commencèrent à extraire l'indigotine pour la conserver et lui donner une forme soluble à l'eau qui permettrait ensuite la teinture. Ils plaçaient les végétaux dans de l'eau, les y laissaient fermenter. Par le brassage du bain on y introduisait le plus possible d'oxygène et l'indigo se déposait au fond. Le liquide était filtré, bouilli pour être réduit, puis pressé en blocs.

Fleur d'indigo. © Kurt Stueber, GFDL

Dès l'Antiquité, les Romains importaient la fécule d'indigo d'orient, compactée sous forme de pains même s'ils en ignoraient la véritable origine. Connu dès le XIIe en Italie et dès le XIIIe en France il n'était utilisé que par les peintres.

La route du Cap fournit l'indigo de manière régulière dès 1563 et il fut d'abord rejeté parce qu'il faisait concurrence au pastel dont nous parlons aux pages 5, 6 et 7 de ce dossier.

La médecine traditionnelle utilisait les feuilles et les racines. On lui prêtait des vertus émétiques. En Chine, on l'utilise comme antipyrétique (contre la fièvre), hépatique et dépuratif (purifie le sang en éliminant des déchets). En Afrique du Sud, la racine broyée sert d'antalgique contre les rages de dents.

Teinture à l'indigo

Comme la pourpre, l'indigo n'est pas soluble à l'eau, il faut, pour pouvoir teindre, les dissoudre à l'aide de produits chimiques réducteurs et d'alcali. L'indigo est alors une solution jaunâtre appelée indigo blanc utilisable sur les fibres naturelles. Après la teinture, on rend à l'indigo son insolubilité, on régénère la couleur par oxydation, en l'exposant à l'air. Les tissus, jaunes au sortir de la cuve, deviennent verts puis bleus.

Bidon de pâte d'indigo. © DR

La quasi-totalité de la teinture est alors fixée aux fibres, l'excèdent éliminé par lavage. La teinture à l'indigo est solide sur les lainages, elle résiste médiocrement à la lumière et aux frottements sur le coton et le lin. Mais ce n'est qu'au XVe que les teinturiers européens apprirent à réduire l'indigo. Après 1700, fut mise en pratique la méthode à la chaux et au sulfate de fer, utilisable à froid, alors que les procédés employés jusque-là requéraient une température située entre 40 et 70 °C. Ces nouvelles méthodes permirent l'impression des textiles par réserve, à l'exemple des batiks. De nos jours, dans la teinture artisanale à l'indigo, c'est généralement le dithionite de soude qu'on utilise comme réducteur et l'ammoniaque ou la soude caustique comme alcali.

Source : http://perso.club-internet.fr/mybev/indi.html.

Indigoterie. © DR

Histoire de l'indigo

Le véritable indigo est théoriquement un bleu sombre et violacé voire rougeâtre extrait de la fécule des feuilles de l'indigofera tinctoria, originaire d'Asie tropicale et acclimaté sur le nouveau continent. Des variétés proches ont été utilisées dans les zones chaudes et irriguées du continent eurasien.

La teinte est en fait variable étant donné le nombre de variétés végétales employées et la diversité des traitements. Il s'agit cependant presque toujours d'un bleu violacé, caractéristique de l'indican.

L'Afrique occidentale présente aussi un rapport particulier avec l'indigo, dans sa mythologie et ses coutumes, comme en atteste notamment l'exemple bien connu des «hommes bleus», les Touaregs.

Les Touaregs, ces habitants du Sahara, sont surnommés les « hommes bleus » à cause de la couleur de leur chèche. © DR

Il est vrai par ailleurs que les hommes en bleu, qu'ils soient de l'Europe celtique, du Sahara ou de l'Indus, semblent avoir inspiré une grande peur chez leurs ennemis, quels qu'ils soient.

L'indican, élément chromatique de l'indigo

L'indican est l'élément chromatique fondamental de l'indigo, un glucoside typique, extrait de fécule. Il fut isolé en 1826 (Unverborden). Cette découverte aurait permit la synthèse de la mauvéine. Le premier indican synthétique fut réalisé en 1880 par Adolph Von Baeyer pour la société Baadische Anilin und Soda Fabrick (BASF).

Formule de l'indican. © DR

Aujourd'hui, les procédés de synthèse se comptent par dizaines. Les implications économiques de la synthèse de l'indigo sont toujours très importantes. Elles s'évaluent intuitivement au nombre de blue-jeans portés par nos contemporains ! Mais il fallu des années de recherche pour trouver une voie de synthèse utilisable industriellement. Notons encore qu'en Inde il y avait 1.700 km carrés de culture d'indigotier en 1896 et soixante ans plus tard il n'en restait que quatre. La production atteignit 13.000 tonnes vers 1980 avant de se stabiliser à quelques milliers de tonnes par an.

Dès le début du XXe siècle les chimistes se sont inspirés de l'indigo pour créer de nombreux colorants de cuve bien plus solides d'ailleurs que l'indigo lui-même : parmi eux citons le fameux Caledon Jade Green découvert en 1920, vert céladon et vert de jade à la fois, fabriqué pour Imperial ChemicalIndustries (ICI) c'est peut-être le colorant de cuve le plus solide.

Le bleu d'indanthrène (C28H14N2O4, anthraquinone) pigment azoté très colorant et semi-opaque, a pratiquement supplanté l'indigo et le pastel.

Anthraquinones formule de base. © DR Anthraquinones bleues et violettes. © Encyclopedia britannica, DR

Le thio-indigo est une autre famille de molécules synthétiques. Son point commun avec les indigos semble restreint à une ressemblance structurelle à l'échelle moléculaire avec l'indican. Chaque groupement N-H de l'indican est remplacé par un atome de soufre. Les thio-indigos sont d'un rouge froid malgré leur nom.

Le violet de Bayeux et le gris argentin : des mélanges contenant de l'indigo

Le violet de Bayeux et le gris argentin sont connus pour avoir contenu un bleu indigo. Il s'agissait, selon toute vraisemblance, de l'indigo occidental, le pastel.

JFL Mérimée a publié en 1830 « De la peinture à l'huile ou des procédés matériels employés dans ce genre de peinture depuis Hubert et Jean Van-Eyck jusqu'à nos jours » traité sur les couleurs de l'artiste qui fait encore autorité aujourd'hui. On y trouve notamment un tableau des principales matières colorantes antiques et modernes d'avant la synthèse chimique.