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Le plateau de Millevaches

Dossier - Promenade en Limousin
DossierClassé sous :géographie , tourbière , milieux humides

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Le Limousin est une vieille province. César, déjà, dans « la guerre des Gaules » parle de ce territoire. Trois départements la compose : la Corrèze, la Creuse, et la Haute-Vienne. Au travers de ce dossier, nous ne verrons qu'une partie de leur richesse.

  
DossiersPromenade en Limousin
 

Les surfaces naturelles occupent en Limousin environ 3 500 ha. La protection des paysages et des milieux naturels, richesses et atouts de la région, est une des préoccupations de l'ensemble des acteurs locaux. 

A - 2 réserves naturelles nationales.

 
-- La Tourbière des Dauges sur la commune de Saint-Léger-la-Montagne en Haute-Vienne (200 ha).
-- L'étang des Landes superficie d'environ 166 ha, a été créée en décembre 2004. Cet étang très ancien, 1684, est situé sur la commune de Lussat dans la partie sud-est de la plaine sédimentaire de Gouzon en Creuse.


Etang des Landes © Diren

B - 6 réserves naturelles régionales :

4 en Corrèze, 2 en Haute-Vienne

C - 37 sites classés existent s'étendant sur 2 176 ha. Les plus connus sont les Orgues de Bort-les-Orgues, les Cascades de Gimel...

D - 2 parcs naturels régionaux  :

- Parc Naturel Régional Périgord Limousin partagé entre l'Aquitaine et le Limousin.
- Parc Naturel Régional  Plateau de Millevaches qui compte 113 communes (dont 34 en Creuse, 63 en Corrèze et 16 Haute-Vienne) sur une surface de 314 294 ha..


Vaches limousines  © Corrèze.org

Dans le cadre Natura 2000, 3 zones de protection des oiseaux ont été définies en Limousin : vallée de la Dordogne, Etang des Landes et Plateau de Millevaches.

Nous allons découvrir plus en détails, le Parc naturel régional des Millevaches.


Carte des Millevaches

Millevaches en Limousin, sur les contreforts du Massif Central, au cœur de la Montagne Limousine, couvre 3150 km², répartis sur les départements de Corrèze, Creuse et Haute-Vienne, s'étendant ainsi des portes de Limoges aux confins de l'Auvergne.

Milieux naturels remarquables :

-- Des tourbières : Tourbière de la Mazure - communes de Saint Pierre Bellevue et Royére de Vassiviére (23) - Conservatoire du Limousin
Tourbière de Rebière Niègre - commune de Peyrelevade (19) - Conservatoire du Limousin
-- Landes de Giat - commune de Peyrelevade (19) - Conservatoire du Limousin
landes sèches à bruyères,
-- Forêts de feuillus
-- Forêts de pente
-- Prairies.


Loutre © C. König - Tous droits réservés

Il abrite des espèces animales sensibles : loutre, moule perlière, papillons rares, linottes, circaète, truite fario... et constitue une terre d'étape des oiseaux migrateurs.


Moule perlière Dessin de Jeane Montano-Meunier, extrait de Inventaire de la faune menacée en France, Nathan-MNHN, Paris, 1994. Natura2000.environnement.gouv.fr


Linotte mélodieuse © C. König - Tous droits réservés

Le plateau de Millevaches est situé à plus de 900 mètres d'altitude, c'est l'un des reliefs les plus anciens et le plus élevé du Limousin. La plus ancienne mention connue du nom date de 1048, sous la forme Millevaccas ; une forme dialectale est attestée au XVIIe siècle : Miauvatsas (même sens de « mille vaches »). Il évoquerait donc un immense pâturage.

Des rivières y prennent la source comme la Vienne, la Creuse, la Corrèze ou la Vézère toutes affluents directs ou indirects de la Loire d'où sa gestion par

L'étude géomorphologique rend compte d'une organisation dominante autour de l'alvéole. Deux grands types d'alvéoles sont identifiés :

l'alvéole dégagée à fond tourbeux (cœur du Plateau sur un axe Nord-Sud et à la pointe est),
l'alvéole inégalement dégagée (Plateau de La Courtine de Clairavaux à Eygurande).

Les bordures Nord, Sud et Ouest sur le plan de la géomorphologie se rattachent à des plateaux intermédiaires (Combrailles, Plateaux Corréziens).


Alvéoles Millevaches

Les alvéoles sont des cuvettes à fonds plats, aux contours lobés, séparées par des versants plus ou moins raides, formés de croupes convexes jointives. La bordure de l'alvéole donne des versants convexo-concaves à pente forte. Son centre, pratiquement plat et mal drainé par les ruisseaux est un milieu favorable au développement des tourbières. Entre ces deux éléments, des replats doucement inclinés. Ce territoire s'analyse comme une succession de formations alvéolaires dont les inégalités proviennent de l'érosion différentielle (dureté des roches et fracturation).

L'alvéole est l'unité qui structure le paysage et permet d'identifier les différents secteurs du Plateau.

L'alvéole se détaille en quatre secteurs :

1 - les sommets et les pentes étaient couverts de landes (propriété collective pour la pâture). Les animaux étaient élevés de manière extensive sur cette lande couverte de callune. De temps en temps, elle était cultivée pendant quelques années. Elle était le terrain des ovins et bovins très réputés pour leur laine et leur viande,
2 - le replat des bords d'alvéoles était mis en valeur par les petits paysans polyculteurs. Au bord était construit le village, damier très serré de champs en propriété individuelle. Cultivées de façon intensive c'était les cultures nourricières,
3 - les terrains en pente entre le replat et le fond  étaient des prés de fauche fournissant le fourrage pour 5 à 6 mois par an. Ils étaient irrigués au moyen de rigoles, au printemps pour limiter le gel, en été pour favoriser le regain. Des canaux (lèves ou levades) approvisionnaient ces rigoles et amenaient également l'eau vers des moulins. Au sein de l'alvéole, l'eau faisait l'objet d'une gestion rigoureuse,
4 - les bas-fonds humides pouvaient être drainés pour fournir des pâtures secondaires en propriété collective, avec un éventuel fauchage de litière.

Pour plus d'informations :
http://www.conservatoirelimousin.com/
Conseil général de la Creuse
Conseil général de la Corrèze
Agence de l'eau Loire Bretagne

Les tourbières :

En moyenne montagne, plus de 800 mètres, certains vallons occupés par des zones humides sont des tourbières, paysages remarquables...
Gorgées d'eau, les tourbières abritent une végétation adaptée à des conditions de vie très rigoureuses (humidité, froid, acidité, asphyxie, ...).


Bruyère ciliée © C. König - Tous droits réservés

Les végétaux, en mourant, s'accumulent sur le sol sans se décomposer, et forme une couche épaisse de plusieurs mètres: la tourbe. En quelques milliers d'années ! L'eau est indispensable et il est nécessaire que les apports soient supérieurs aux pertes.

Une tourbière est active si la formation de tourbe est effective. Il faut un bilan excédentaire de matière organique, la production doit l'emporter sur la décomposition. La présence permanente d'eau bloque la décomposition, rend le milieu asphyxiant, réduit la flore microbienne du sol et ralentit les processus de décomposition. A l'engorgement, peuvent s'ajouter les faibles températures et l'acidité du milieu...

Les tourbières constituent un type particulier de zones humides. La tourbe est constituée de résidus végétaux sous différents états de décomposition, accumulés dans des conditions influencées par l'eau. On ne devrait pas utiliser de tourbe naturelle pour jardiner, c'est une déprédation de milieux humides qui sont à protéger sur toute la planète !

Du fait des particularités écologiques des tourbières, on dénombre plus d'une centaine d'espèces végétales qui vivent presque exclusivement dans ces biotopes, en particulier les sphaignes, mousses qui croissent en colonies denses et retiennent l'eau à la manière d'une éponge et qui ne se décomposent jamais totalement, s'accumulant au fil des siècles en couches pour former cette roche fossile qu'est la tourbe.


Sphaignes et mousses

On observe aussi des plantes carnivores appelées Droséras, des orchidées rares, des ponpons de coton, les Linaigrettes...  En Europe, les tourbières se situent au nord du 50° parallèle (excepté la zone arctique). A des latitudes plus basses, les tourbières compensent l'effet latitudinal en se développant en altitude. Si la connaissance de la flore supérieure est assez satisfaisante, les études portant sur les invertébrés fréquentant les tourbières, sont encore fragmentaires...


Tourbe

Les tourbières sont souvent une "grosse éponge". Elles assurent:

- le soutien d'étiage en période sèche
- l'atténuation des crues par stockage d'eau
- le ralentissement des écoulements de surface


L'apport en eau des tourbières se fait de façons diverses : pluie, eaux infiltrées, ruisseau, il est important de considérer les tourbières à l'échelle de leur bassin versant !

On peut distinguer quatre catégories, selon la qualité d'eau présente en surface :

- les radeaux : présence constante de sphaignes sur une épaisseur de tourbe flottante. L'armature en est constituée de rhizomes de trèfle d'eau et de potentille des marais...
- les bas-marais : constitués de grands carex et de sphaignes. La Linaigrette à feuilles étroites en est typique, l'eau y est abondante en toute saison.
- les tourbières bombées : l'eau n'est plus visible bien mais présente sous la végétation. Les plantes se sont accumulées pour que la couche de tourbe surmonte la nappe d'eau permanente. Végétation de sphaignes, de droseras,  canneberge etc.
- les landes tourbeuses s'installent sur les zones tourbeuses subissant un assèchement partiel en été. Les plantes ligneuses peuvent apparaître : callune, bruyère quaternée, myrtille... Les Sphaignes régressent au profit de la molinie bleue.

Pour en savoir plus sur les tourbières en particulier :
http://www.pole-tourbieres.org/generalites.htm

La palynologie

Les tourbières actives collectent les pluies polliniques : les pollens et les spores de la végétation avoisinant vont être conservés dans les tourbes. L'intérêt des tourbières est d'être un milieu où les grains de pollen sont conservés, " fossilisés", et présentant une stratigraphie régulière, rarement bouleversée.

Ainsi, en analysant les pollens et les spores à chaque niveau du gisement tourbeux on peut se faire une idée des différentes formes de végétations qui se sont succédées dans le temps. Chaque tourbière est une archive qui conserve les traces des paysages anciens : on a ainsi reconstituer l'histoire de la couverture végétale au cours des 38000 dernières années (Lac de Lourdes).