Nature et Artificialisation dans la baie du Mont Saint-Michel à partir de 2 images de SPOT

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Chacun sait aujourd'hui que le Mont Saint-Michel, autrefois une île, aujourd'hui presqu'île, est menacé par l'envasement qui détruirait le caractère exceptionnel du site. Pourtant, le colmatage de la baie du Mont-Saint-Michel s'inscrit dans l'évolution naturelle. Les sédiments s'y sont déposés depuis quelques millénaires, formant le marais de Dol. L'ancien îlot du Mont-Dol, une vingtaine de km à l'ouest, fut ainsi fossilisé à l'intérieur des terres.

  
DossiersNature et Artificialisation dans la baie du Mont Saint-Michel à partir de 2 images de SPOT
 

Le Mont saint-Michel menacé d'envasement.


Chacun sait aujourd'hui que le Mont Saint-Michel, autrefois une île, aujourd'hui presqu'île, est menacé par l'envasement qui détruirait le caractère exceptionnel du site.

Pourtant, le colmatage de la baie du Mont-Saint-Michel s'inscrit dans l'évolution naturelle. Les sédiments s'y sont déposés depuis quelques millénaires, formant le marais de Dol. L'ancien îlot du Mont-Dol, une vingtaine de km à l'ouest, fut ainsi fossilisé à l'intérieur des terres.

1 - Les interventions humaines ont accéléré l'envasement

Le colmatage de la baie du Mont-Saint-Michel s'inscrit dans la continuité géomorphologique de l'évolution naturelle. Les sédiments - sables, tangues faites de débris coquilliers finement amenuisés et vases - s'y sont déposés depuis quelques millénaires, formant le marais de Dol. L'ancien îlot du Mont-Dol, qui a eu pendant une phase du colmatage une situation assez comparable à celle du Mont-Saint-Michel aujourd'hui, fut ainsi fossilisé à l'intérieur des terres.
Le mouvement naturel fut d'ailleurs artificiellement accéléré pendant les deux siècles qui s'étendent de la concession de 2500 ha à charge d'endigage accordée à Quinette de La Hogue en 1769 à l'achèvement du barrage du Couesnon en 1969. Ces deux siècles virent toute une succession de travaux destinés à accroître les terres agricoles et favorisant la sédimentation :

  • Conquête éphémère de polders par Quinette de La Hogue
  • Conquête de polders assez géométriques par la compagnie Moselmann qui se succèdent jusqu'en 1934 sur la rive gauche du Couesnon

La concession primitive accordée à la compagnie Moselmann était limitée vers le nord à une ligne droite unissant la chapelle Sainte-Anne à l'extrémité septentrionale du Mont, à l'ouest du Couesnon, et à une ligne droite unissant la roche Torin à l'extrémité septentrionale du Mont, à l'est du Couesnon. A l'ouest, les étendues que ne balayait plus le Couesnon après sa canalisation furent progressivement transformés en polders. A l'est, la construction d'une chaîne de pierre à partir de la roche Torin fut édifiée entre le Mont et le continent en 1860 et les petits cours d'eau de la Guintre et du Pont-Landais furent détournés en 1879 et 1884, le premier vers l'estuaire de la Sélune, en amont de la roche Torin, et le second dans le Couesnon. Tous ces travaux avaient pour objectifs de favoriser les atterrissements pour en préparer l'endiguement.

A ces travaux destinés à conquérir de nouvelles terres, s'ajouta en 1878-1879 la construction d'une digue insubmersible longue de près de deux kilomètres, afin d'unir le Mont-Saint-Michel et le continent pour permettre l'accès au Mont, même lors des pleines mers de vives-eaux, et de faciliter la navigation dans le Couesnon.

Enfin, un barrage fut construit sur le Couesnon en 1968-1969. Ce barrage de la Caserne avait pour objet de favoriser le drainage des marais riverains du Couesnon, de soustraire à la submersion saline les terrains de l'anse de Moidrey, de créer un plan d'eau de loisirs nautiques et enfin d'effectuer des chasses dans la baie.

Ces deux derniers objectifs ne furent pas réalisés. Une prise de conscience de l'intérêt de la conservation des étendues intertidales se manifeste au sujet du Mont-Saint-Michel. En effet, dès juin 1883, une commission extra-parlementaire instituée par le Président de la République, alors Jules Grévy, déclare que « la digue permet de gagner quelques centaines d'hectares sur les grèves, rien de mieux ; mais il y une chose que la Commission réclame avec la plus grande énergie, c'est que le Mont-Saint-Michel reste au milieu des grèves. » C'est une prise en considération des espaces intertidaux sous un angle esthétique, même si cette manifestation, nouvelle alors, cherche encore à se concilier avec les convoitises foncières du monde agricole qui s'opposent diamétralement au maintien de l'intégrité des estrans.

Depuis lors, la poursuite jusqu'en 1969 des constructions favorables au colmatage a contribué à favoriser le mouvement naturel de progression des schorres dont l'extension actuelle apparaît bien sur l'image Spot, l'élévation des estrans de tangue autour du Mont. Face à cette évolution, l'opinion demande de façon de plus en plus pressante la sauvegarde du caractère maritime du Mont-Saint-Michel. De nombreux projets furent élaborés sans suite.

2 - Les interventions humaines contre l'envasement

Une première opération concrète de portée limitée a été l'arasement de la digue submersible de la Roche-Torin dont une première pierre a été ôtée par le président Mitterrand en 1983. Les grandes lignes d'un nouveau projet ambitieux de sauvegarde du caractère maritime du Mont-Saint-Michel furent arrêtées par le gouvernement le 28 mars 1995. Ce projet a pour objectif de rétablir et de maintenir un environnement naturel et mouvant d'eaux et de grèves dans un espace suffisant autour du Mont. Pour cela, il faut enrayer la progression des schorres aussi bien à l'ouest qu'à l'est du Couesnon et rendre à la marée l'espace entourant le Mont. Cette opération doit s'accompagner d'une requalification du site lui-même du Mont-Saint-Michel par l'éloignement des parcs de stationnement et par le dégagement des remparts sur lesquels la digue - route actuelle s'appuie. Elle s'accompagne aussi d'une revalorisation de l'approche des visiteurs. Elle justifie le programme actuel de sauvegarde du caractère maritime du Mont-Saint-Michel. Ce programme s'efforce de conserver l'insularité du Mont en retardant le colmatage de la baie.

D'autres opérations ont été étudiées sur modèle réduit, comme le remplacement de la digue - route par un pont - passerelle et l'utilisation du Couesnon pour créer des chasses dans les environs du Mont. On prévoit d'utiliser le cours aval du Couesnon canalisé, comme un bassin de chasse qui utilisera non seulement le débit du fleuve mais encore un certain volume d'eau de mer introduit à marée haute pour provoquer des chasses pouvant atteindre 1,7 million de mètres cubes. Un nouveau barrage remplacera l'ancien et permettra la division du cours intertidal du Couesnon en deux branche qui, enserrant le Mont, lui conserveront son insularité et empêcheront que les schorres ne le rejoignent.

C'est ainsi que, pour le colmatage comme pour le maintien du caractère maritime du Mont-Saint-Michel, l'action de l'homme se combine aux mouvements naturels et qu'une certaine artificialisation, avec des finalités qui peuvent être opposées, apparaît dans les paysages de la baie du Mont-Saint-Michel

3 - Le rôle des images satellitaires

Image SPOT de 1992. © CNES. L'image, prise à marée basse, montre Tombelaine, petit îlot au milieu des tanguaies, le cours canalisé du Couesnon rectiligne et prolongé par le cours sinueux du Couesnon intertidal. Ce cours laisse alors le Mont sur sa rive droite. Les prés salés ont progressé au sud-ouest comme au sud-est du Mont.


Image SPOT de 1999. © CNES. Cette image, prise à marée basse comme la précédente, montre la progression depuis 1992 des schorres à l'ouest du Mont, ainsi que le déplacement important du cours du Couesnon qui entoure alors presque complètement le Mont-Saint-Michel. Par leur répétitivité et leur caractère synoptique, les images satellitaires ont constitué de précieux documents pour la modélisation lors de l'établissement du projet et fourniront un suivi de l'évolution nécessaire à la bonne gestion du nouveau barrage.