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Les galets bleus de Cayeux

Dossier - Découvertes en Baie de Somme
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Pour éviter une dégradation irréversible des paysages et de sa biodiversité, la Baie de Somme bénéficie aujourd'hui de toutes les mesures de protection applicables à un espace littoral. Voici une « promenade » dans la région de la baie, laissant l’arrière pays pour une autre occasion.

  
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Les galets proviennent du démantèlement des falaises du Pays de Caux. Dans l'eau, ils sont roulés, érodés s'arrondissent et sont emportés vers le nord.

Cayeux Sur Mer. © Matt Perron, Flickr CC by-nc 2.0


Rognon de silex

(A lire le dossier "Au coeur de la silice..... du silex au wafer")

Les ramasser à la main était, dès 1840, l'une des activités du littoral ; les journaliers remontaient chaque jour sur l'épaule, dans des mannes, jusqu'à une tonne chacun. Les galets ronds étaient alors utilisés comme broyeurs pour les ciments et les minerais d'or et d'argentLa taille, la forme, la couleur avaient leur importance et si le galet rond était le plus noble, le noir servait à la fabrication d'un type de porcelaine anglaise très prisé.


Galets ronds

Une ressource minière : « C'est un gisement unique en Europe. Le taux de silice de ces galets est pratiquement pur (98,3 %). Ils sont totalement résistants aux acides, bases, sels et hydrocarbures. Leurs qualités physico-chimiques concernent des domaines très variés. D'où l'existence d'un véritable pôle industriel du galet à Cayeux-sur-Mer et au Hourdel », explique Ludovic Legay, directeur du secteur Baie de Somme du groupe GSM. Ces qualités font du galet une ressource exceptionnelle. On l'utilise après calcination et broyage, pour les routes, les bâtiments, mais aussi pour le mobilier sanitaire, les peintures, les cosmétiques, les prothèses dentaires.


Orage à Cayeux d'après Yon

L'exploitation sur l'estran a pu se poursuivre tant que le démantèlement des falaises fournissait la matière première le cordon. Cela n'est plus le cas en raison d' installations côtières normandes qui empêchent la remontée des galets : centrales nucléaires de Paluel et de Penly, port off-shore de Dieppe et différentes jetées.  En 1990, une rupture du cordon et une inondation des Bas-Champs ont amené les pouvoirs publics à renforcer continuellement le cordon et à réaménager le Hâble en faisant progressivement réapparaître des zones humidesLes zones de galets constituent des habitats pionniers rares en Europe.

A - L’exploitation des galets

Plusieurs entreprises de la région vivent du galet. Les galets de l'estran sont d'une qualité  bien supérieure à celle des galets des carrières arrière-littorales, ils ne sont pas altérés, n'ont pas subi de glaciations et ne sont donc pas sujets à fractures, c'est pourquoi les galets ronds destinés au broyeurs sont issus de prélèvements dans des cordons récents (entreprise Delarue) alors que les galets prélevés en mer n'ont subi aucune altération de surface et sont utilisés par Silmer pour la calcination.

Aujourd'hui, leur qualité exceptionnelle fait que ces galets ont toujours une réputation internationale dans les milieux industriels et leur extraction représente une réalité sociale : à Cayeux, un foyer sur 6 est concerné par le galet.
Actuellement, 10 établissements se partagent leur exploitation qui va de l'extraction à la transformation en passant par le ramassage à la main, le concassage ou le broyage ou encore la cuisson, le tamisage...


Vue aérienne site d'exploitation

L'extraction des galets sur le site du Hourdel, entreprise GSM, filiale de Italcementi, est réalisée dans des conditions très contrôlées. C'est une petite extraction  de 220 000 tonnes par an, ce qui est très peu par rapport à la consommation de granulats française de 350 millions de tonnes par an, le produit le plus consommé dans notre pays après l'air et l'eau. L'essentiel du chiffre est fait avec l'industrie du galet soit 60% .

Il faut savoir qu'un pavillon ordinaire nécessite 300 tonnes de granulats et que un seul kilomètre d'autoroute en nécessite 30 000 tonnes. Pensez-y quand vous faites construire votre maison individuelle et/ou que vous roulez sur la route des vacances. L'entreprise exploitant des galets récents d'un dépôt de 4500 ans en bord de mer doit limiter son extraction à 4 m de profondeur en bord de mer et 8 mètres à l'intérieur. (Voir aussi ce qui concerne la norme ISO 14001 ci-dessous).

Plusieurs types de produits en découlent :

  • Les galets ronds, ce produit rare trié et conditionné par l'entreprise Delarue, seront alors principalement commercialisés en tant que charges broyantes pour l'industrie céramique et du broyage de minéraux industriels tels que feldspath, silice, zircon...
  • La silice calcinée. L'entreprise Silmer procède à la calcination des galets. Anciennement l'entreprise ne calcinait que les galets bleus plus riches en silice.

« C'est la plus forte valorisation apportée aux galets, précise Bertrand Sannac, directeur de l'usine Silmer à Cayeux-sur-Mer. Calcinés à 1.600 °C, ces galets produisent de la cristobalite blanc neige utilisée comme matière première de la faïence anglaise...» Vendue plus de 200 euros à la tonne, la cristobalite de haute température sert aussi au polissage des métaux fins et aux enduits de préfabrication.


Un galet cru et un galet cuit

Un galet gris non calciné et un galet de même taille calciné.

Silmer effectue aussi une calcination à moins haute température, environ 900 degrés qui donne un produit de qualité différente, moins cher, pour des utilisations différentes : peintures par exemple.
Les minigrains inférieurs à 3 mm sont utilisés comme charges minérales dans les peintures routières, les matériaux composites, les enduits, les colles et mastics, les sols industriels. L'entreprise peut prélever jusqu'à 35 000 tonnes de galets par an mais doit en remettre autant (prélevés dans le terrain) dans la mer en aval...pour remplacer les prélèvements.


Diagramme d'état du quartz

  • Les farines servent de charges dans la faïencerie et la céramique, les peintures, la fonderie, les produits réfractaires, les produits d'entretien, certains dérivés de la silice (silicates, silicones),
  • Les granulats clairs, ils sont destinés aux bétons, à la faïencerie, aux applications routières (granulat blanc antidérapant et rétro réfléchissant incorporé dans les couches de roulement; produit de marquage de la signalisation horizontale )
  • La silice crue broyée, spécialité de l'entreprise Châtelet, permet de fabriquer plus d'une trentaine de produits dont la granulométrie varie de 120 microns à 20 mm et que l'on retrouve dans de nombreux secteurs industriels :
    -- Filtration des eaux potables, résiduaires ou industrielles,
    -- Sablage par voie humide, décapage, dépolissage,
    -- Bétons spéciaux à haute résistance et sols industriels,
    -- Régénération des eaux de piscines,
    -- Epuration des liquides,
    -- Graviers d'alimentation pour l'aviculture,
    -- Production de toiles et papiers abrasifs.
  • Les granulats et graviers ordinaires faits à partir des refus des autres catégories

Les autorisations sont aujourd'hui draconiennes et des garanties financières sont demandées de façon à assurer la mise en état des sites. Des plans d'eau aménagés en respectant l'écosystème particulier à la baie, prendront alors une vocation essentiellement ornithologique...


Gambier, digue du Hourdel

B - La norme ISO 14001

La norme ISO 14001 est la plus utilisée des normes de la série des normes ISO 14000 qui concernent le management environnemental. Elle a été réalisée par l'organisation internationale de normalisation, désignée internationalement sous son sigle d'origine ISO (International Organization for Standardization) qui est systématiquement repris dans la dénomination des normes.

Une organisation peut faire certifier son système de management environnemental suivant cette norme par des organismes tiers accrédités comme l'Association française pour l'assurance de la qualité, par exemple.

La norme ISO 14001 constitue le référentiel de base pour la certification. Il représente au total 18 exigences dont :

- Les exigences générales (intentions en terme d'environnement).
- La politique environnementale (objectifs).
- La planification.
- La mise en œuvre (surveillance).
-Les contrôles, les actions correctives et l' interprétation des résultats
- La revue de direction.
- Exigence d'engagement de la direction.
- Obligation de conformité avec la législation.
- Respect du principe d'amélioration continue.

L'attribution de l'ISO 14001 se fait suite à un audit réalisé par un organisme agréé. En France ces organismes sont accrédités par le COFRAC (comité français d'accréditation) L'auditeur porte ensuite son rapport devant une commission décide de la certification ou non. La certification se déroule par cycle de 3 ans. 

Avantage de la démarche :  Cette démarche est engagée soit volontairement, soit à la suite de la demande d'un donneur d'ordre ou d'une direction de groupe. Le premier avantage est une meilleure maîtrise des questions environnementales. Elle donne un outil de pour intégrer ces questions dans le management global au même titre que la qualité, la sécurité. Elle oblige à structurer le fonctionnement et donne une meilleure maîtrise financière de cette problématique.

Critique de la démarche : Elle ne mentionne pas une obligation de développement durable. Un point important : si une entreprise est certifiée ISO 14001, cela ne signifie pas qu'elle ne pollue pas, mais qu'elle respecte les principes de la norme : respect de la réglementation, engagement d'un progrès continu, engagement de la prévention de la pollution. Ce point n'est pas toujours très clair et l'entreprise n'a pas obligation de communiquer ses résultats à l'extérieur contrairement au référentiel européen EMAS.

Pour la carrière du Hourdel - et selon l’entreprise - cette certification a permis par exemple :

-- De sensibiliser tous les intervenants et les travailleurs de l'entreprise aux problèmes de l'environnement
-- De former le personnel de manière spécifique à chaque poste.
-- De développer le tri et le retraitement des déchets, dans ce cas particulier 17 produits sont retraités, par exemple, les bandes en caoutchouc des convoyeurs.
-- De réduire les émissions de poussières par installation d'un système de dépoussiérage sur les concasseurs.
-- De stocker les fûts et cuves sur une aire étanche.
-- De mettre des kits de produits absorbants à des endroits statégiques.
-- De mettre en place l'utilisation de plus en plus systématique d'huiles biodégradables pour les moteurs.
-- De finaliser le plan de réaménagement du site .
-- D'informer de manière objective et volontaires les parties intéressées, en particulier les élus, les riverains, les administrations...
-- Un bon début donc, vers une industrie soucieuse de la protection de l'environnement .

(Informations obtenues lors de la visite du site d'extraction du Hourdel et complétées par le site : www.baiedesomme.org)